Recommandations du Comité québécois d'étude du français médical (Liste des membres du CQEFM)
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Le syntagme accident cérébrovasculaire subit généralement les foudres de tous ceux qui se disent soucieux de respecter la langue française. On peut craindre en effet que l'adjectif cérébrovasculaire ne soit un calque de l'anglais cerebrovascular, l'argument en défaveur de son usage en français étant que les parties constituant un adjectif composé ne peuvent dénoter que des éléments entretenant un rapport d'addition. Aussi, plusieurs auteurs ont proposé que la forme correcte du terme français était accident vasculaire cérébral.
Toutefois, il semble bien que ce terme ne soit pas motivé correctement. En effet, si l'on veut que le sens porté par les éléments du terme rende compte de la notion sous-jacente, il faut savoir que la pathologie en cause est définie dans les dictionnaires médicaux comme une atteinte encéphalique dont l'origine est vasculaire, que les vaisseaux en cause se situent au sein du système nerveux central ou non (l'artère carotide, par exemple, est dans le cou). Par conséquent, il est incorrect de placer l'adjectif vasculaire en deuxième position, puisque cela suggérerait qu'il s'agit d'une atteinte des vaisseaux situés dans le cerveau. En toute logique, il faudrait donc plutôt avoir recours au terme accident cérébral d'origine vasculaire.
L'efficacité médicale accordant une place prépondérante aux formulations concises, peut-on alors accepter l'adjectif cérébrovasculaire? Grevisse (« Le Bon Usage », 1980, 11e édition, Duculot, p. 119) et Thiele (« La formation des mots en français moderne », 1987, p. 128 -131) mentionnent que les parties d'un mot composé peuvent entretenir des rapports de coordination (cardiovasculaire) ou de subordination (gradient alvéolocapillaire). Un autre syntagme dont le sens n'est pas à première vue évident est hypertension rénovasculaire : il s'agit ici d'une hypertension systémique dont la cause est une atteinte de l'artère rénale. Il semble donc difficile de rejeter cérébrovasculaire sur la simple base de la non-additivité du sens de ses composants, alors qu'on admet le syntagme hypertension rénovasculaire, qui désigne une hypertension systémique dont la cause est une atteinte de l'artère rénale.
Par conséquent, et à l'inverse du courant qui s'est dessiné au cours des dernières années, nous plaidons en faveur du terme accident cérébrovasculaire. Dernier détail : faut-il faire usage du trait d'union (cérébro-vasculaire) ou non? La réforme de l'orthographe recommandant son élimination lorsque le préfixe n'est pas autonome et qu'aucune difficulté liée à un hiatus ou à une séquence de voyelles normalement insécables (micro-informatique, et non microinformatique) ne se présente, il est préférable de s'en passer!
Les aléas du financement des soins de santé entraînent dans leur sillage quelques néologismes pas toujours simples à traiter. Ainsi en est-il de catastrophic drug, syntagme apparaissant dans le rapport de Roy Romanow du 28 novembre 20021. L'usage de ce terme est largement répandu non seulement au Canada, mais aussi aux États-Unis2 (plus de 4000 occurrences dans Internet en mars 2004, recherche réalisée avec Google). Le problème soulevé concerne les médicaments permettant de traiter des maladies graves comme le sida, dont le coût élevé soulève un dilemme tant moral que budgétaire. La connotation de l'adjectif anglais catastrophic évoque ainsi le caractère « catastrophique » à la fois pour le système de santé et pour le patient qui pourrait en être privé. La formulation adoptée dans la version française du rapport1, médicaments sur ordonnance dont le coût est exorbitant, explicite le fait, implicite en anglais, qu'il s'agit de médicaments prescrits par le médecin. Toutefois, la plupart des textes écrits en français non seulement au Québec3 et à Santé-Canada4, mais aussi à l'OMS5 et dans d'autres pays francophones aux prises avec le même problème (France6, Belgique7, Suisse8) font usage de l'expression médicaments onéreux (plus de 280 occurrences, dont certaines remontent à 1995) dans ce type de contextes. La question peut se poser de savoir s'il faut conserver la référence à l'idée qu'il s'agit de médicaments prescrits, mais comme il semble peu probable que les gouvernements s'interrogent sur le financement des produits non remboursés, l'usage de ce dernier terme, concis et motivé, est recommandé.
Références (Sites consultés le 24 mars 2004)
pression ou tension artérielle
D'un point de vue strictement physique, la tension (sous-entendu: de la paroi) artérielle diffère de la pression (de la colonne sanguine) artérielle. En clinique, c'est bien la pression artérielle que l'on mesure. Pourtant, l'emploi de tension artérielle s'est imposé. De plus, des termes courants comme hypertension et antihypertenseur, de même que tensiomètre, appartiennent tous à la même famille que tension. En définitive, le comité est d'avis que le syntagme pression artérielle est préférable à tension artérielle, mais que les dérivés courants du mot tension sont tellement bien établis qu'ils sont indélogeables.
La traduction de l'adjectif anglais systemic dans ses emplois médicaux varie selon le contexte. L'adjectif général(e) est celui qui est le plus souvent employé en français : par voie générale (ou sinon par voie intraveineuse), manifestations générales, effets secondaires généraux. La grande circulation ou circulation générale (qui s'oppose à la petite circulation ou circulation pulmonaire) est un cas particulier.
La traduction de systemic disease est plus difficile. On parlait classiquement des maladies générales, voire des maladies de système(s), beaucoup de ces affections étant en fait des collagénoses (ou connectivites). Cependant, sous l'influence de l'anglais, on entend et on lit de plus en plus souvent maladies systémiques. Un ouvrage français très connu de M.-F. Khan et coll., qui s'intitulait à l'origine Maladies dites systémiques, a été réédité sous le titre de Maladies systémiques, puis de Maladies et syndromes systémiques. Dans l'avant-propos de la dernière édition, les auteurs admettent que les maladies inflammatoires diffuses d'origine inconnue dont traite leur ouvrage touchent en fait plusieurs systèmes et appareils, et que systémique veut dire en fait polysystémique. Omicron (Mots & Maux, J.-B.Baillière, Paris 2001) se demande lui aussi si l'on ne devrait pas préférer l'adjectif polysystémique. L'opinion du Comité québécois d'étude du français médical va dans le même sens : nous recommandons l'appellation maladie polysystémique.
L'AMLFC publie périodiquement les conclusions des délibérations du Comité québécois
d'étude du français médical au sujet de termes médicaux souvent mal employés ou mal traduits.