Le stress oxydatif:
cause ou conséquence des maladies cardiovasculaires

Jacques de Champlain, OC, OQ, MD, PhD, FRCPC

Plusieurs observations cliniques et expérimentales ont permis d'associer l'existence d'un stress oxydatif accru à certaines pathologies tels l'hypertension artérielle, le diabète, et l'athérosclérose. Les radicaux libres issus de réactions métaboliques normales sont généralement rapidement inactivés par des mécanismes antioxydants endogènes puissants et efficaces. Une augmentation du stress oxydatif résulte d'un déséquilibre entre la production et l'inactivation des radicaux libres qui ont la propriété d'interagir avec les lipides, les protéines et les glucides en les oxydant. Quoique plusieurs études aient rapporté la présence accrue de radicaux libres ou de leurs produits d'oxydation dans plusieurs pathologies du système cardiovasculaire ainsi que dans le diabète, il n'a jamais été clairement établi si ces anomalies étaient la cause ou la conséquence de ces pathologies. Il a été cependant démontré que les radicaux libres pouvaient favoriser les mécanismes vasoconstricteurs facilitant la mobilisation du calcium intracellulaire et inhiber l'un des plus importants mécanismes vasodilatateurs en inactivant le monoxyde d'azote libéré par les cellules endothéliales. Ces effets cellulaires des radicaux libres permettent donc de postuler l'hypothèse que le stress oxydatif puisse être un agent causal de l'hypertension artérielle et qu'il soit ainsi possible de prévenir l'hypertension en favorisant les mécanismes antioxydants.

Dans nos études, nous avons pu démontrer expérimentalement que le développement de l'hypertension induite par un excès de sel, par un excès de glucose, par une infusion chronique d'angiotensine ou dans un modèle d'hypertension génétique chez le rat, est associé étroitement à une production accrue de radicaux libres et particulièrement de l'anion superoxyde au niveau de la paroi des vaisseaux et dans le muscle cardiaque. Puisque le développement de l'hypertension dans ces divers modèles a pu être prévenue ou significativement atténuée par une thérapie antioxydante chronique, il est donc permis de postuler que le stress oxydatif puisse constituer un important agent causal de l'hypertension artérielle. Par ailleurs, nous avons pu démontrer que l'hypertension induite par excès de glucose était associée au développement d'une résistance à l'insuline en parallèle avec l'augmentation du stress oxydatif. A la suite d'un traitement chronique avec une thérapie antioxydante, nous avons pu observer que non seulement cette thérapie prévenait le développement de l'hypertension mais également le développement de la résistance à l'insuline chez les animaux, ce qui permet de postuler que l'augmentation du stress oxydatif peut également favoriser le développement de la résistance à l'insuline et le diabète de type 2. L'extrapolation de ces observations chez l'homme nécessitera des études additionnelles, car il est beaucoup plus difficile d'évaluer avec précision la nature et l'intensité du stress oxydatif dans les pathologies humaines. D'autre part, puisque l'évaluation de l'efficacité des traitements antioxydants n'a jamais été réalisée chez l'homme, il est difficile de recommander une approche spécifique dans le traitement ou la prévention du stress oxydatif. En effet, l'utilisation isolée de la vitamine C ou de la vitamine E pourrait être délétère ou inefficace chez les patients présentant un stress oxydatif accru puisque ces vitamines ont la propriété de s'oxyder et d'être transformées elles-mêmes en espèces radicalaires cytotoxiques.

Chez l'animal, un blocage efficace du stress oxydatif a pu être obtenu avec l'usage de la mélatonine, de la N-acétylcystéine et de l'acide alpha-lipoique. De plus, nous avons également découvert que l'aspirine pouvait exercer un effet protecteur antioxydant particulièrement efficace qui peut expliquer, du moins en partie, les propriétés cardioprotectrices qui lui ont été reconnues dans de nombreuses études épidémiologiques chez l'homme. Par ailleurs, l'observation que la plupart des médications antihypertensives possèdent aussi des propriétés antioxydantes importantes nous permet de postuler que leur usage pourrait exercer des effets bénéfiques non seulement en abaissant la pression artérielle mais également en prévenant la progression de l'hypertension ou le développement des complications qui sont probablement en grande partie secondaires à l'effet des radicaux libres sur le système cardiovasculaire.

En conclusion, les études réalisées jusqu'à ce jour supportent l'hypothèse d'une participation majeure du stress oxydatif dans le développement de l'hypertension artérielle et de la résistance à l'insuline. Il est possible d'imaginer que le développement futur de nouvelles stratégies thérapeutiques antioxydantes puisse permettre de prévenir et d'atténuer plus efficacement les complications de l'hypertension et du diabète chez l'homme.