Épilepsie en Guadeloupe
Étude d'une population d'épileptiques consultant en libéral entre le 1er janvier 1994 et le 31 décembre 2002


Dr. MA. Hedreville-Tablon neurologue
Dr. J. Deloumeaux
médecin épidémiologiste
DIM SP CHU de Pointe-à-Pitre


Introduction

  • Peu de travaux consacrés à l'épilepsie dans les Antilles françaises:
    • Une étude d'incidence des 1ères crises a été effectuée en Martinique P.Jallon et coll. Rev. Neurol 1998;154:5,408-411).
    • Une synthèse des travaux sur l'Épilepsie en zone tropicale a été faite par P-M Preux et coll.(Neurologies-Mai 2002-Vol 5, 216-220).
      • conclusions , très générales, ne concernant pas nos régions.
  • Les progrès en épileptologie, (recherches fondamentales, imagerie, arsenal thérapeutique, etc.) incitent à faire le point sur cette pathologie en Guadeloupe.

Objectifs

  • Montrer les caractéristiques syndromiques de cette population
  • Rechercher l'impact des nouveaux médicaments antiépileptiques(NMAE)

Matériel et Méthodes

  • Étude rétrospective sur 229 patients
  • Période d'inclusion : du 01/01/1994 au 31/12/2002
  • Critères d'inclusion
  • Patients présentant une épilepsie active durant cette période,
  • âgés de 18 ans et plus
    • Consultant soit spontanément, soit à la demande d'vun confrère
    • Dossiers suffisamment documentés

Diagnostic

  1. Le diagnostic positif a reposé d'abord
    • sur l'interrogatoire: du patient ,ou des témoins des crises
    • Sur des indices cliniques et biologiques séquellaires:
    • Sur l'EEG standard de veille, systématique -sauf pour les épileptiques symptomatiques d'une lésion séquellaire connue.
  2. Le diagnostic étiologique s'est appuyé sur le Scanner cérébral réalisé chez 194 patients et sur L'IRM chez 42 patients
  3. Classification d'après la LICE

Aspects EEG

  • 184 (80.3%) % de tracés positifs :
    • tracés intercritiques le plus souvent
  • paroxysmes à type de pointes, pointes-ondes , polypointes-ondes, ondes lentes à front raide
    • isolés, ou en décharges
    • en foyer, ou bilatéraux, symétriques, synchrones (BSS)dans les épilepsies généralisées idiopathiques
    • une épilepsie partielle peut se manifester par des anomalies BSS

Tracé intercritique, Pointes-ondes bilatérales symétriques synchrones

Absence électrique

Foyer fronto-temporal droit

Même patiente.PO BSS

Imagerie

  • SCANNER
    • 194 (84.7%) des patients ont bénéficié d'un scanner X.
    • 60 (30.9%) ont présenté des anomalies
      • 30 (20.8%) des lésions séquellaires
  • IRM
    • 42 (18.4%) des patients ont eu une IRM
      • 15 (35.7%) présentaient des anomalies confirmant celles du scanner

Types d'anomalies

SCANNER X (N=194/229) IRM (N=42/229)

Cas J.

  • Découverte d'une hétérotopie chez une femme âgée,
    • ayant des antécédents neurologiques datant de la 2ème enfance (hémiplégie gauche, syndrome cérébelleux, myoclonies
  • Suivie en milieu spécialisé depuis 1983(scanner X , IRM répétés, négatifs)

Répartition par âge et par sexe

Durée d'évolution de l'épilepsie + âge à l'inclusion + âge de la 1ère crise

Antécédents Pathologiques personnels

ATCD familiaux

Types de crises

  1. CRISES GENERALISEES n=134 (38%).
    1. La crise GRAND MAL ou généralisée
      tonico-clonique généralisée ++++
    2. MYOCLONIES
    3. ABSENCES type Petit Mal.n= 3

Les Crises PARTIELLES(n=220=62%)

a) Crises PARTIELLES SIMPLES(n=62)

  • avec signes moteurs
    • crises Bravais- Jacksonniennes : rares
    • crise hémicorporelle
    • crises adversive,
      crise giratoire
    • crise phonatoire
  • avec signes sensitifs ou sensoriels
    • paresthésies , picotements, décharge électrique, douleur, localisées , parfois (B-J).
    • Hallucinations et illusions
  • avec signes psychiques
    • perturbation du langage
    • troubles mnésiques
  • Les crises instinctivo-affectives-
  • Les crises de rire (crises gélastiques :3 cas) ou de pleurs (crises dacrystiques : un cas)
  • Les crises partielles simples avec signes végétatifs:
    • généraux douleur, hypersalivation , nausée, vomissements, etc.
    • cardio-vasculaires:palpitations, bradycardie, tachycardie, pâleur, rougeur
    • respiratoire:impression d'étouffement, toux, apnée, etc
    • mydriase- frissons, bouffées de chaleur, sudation
    • envie d'uriner, surtout incontinence urinaire (n=1)

b) Crises partielles COMPLEXES(n=65)

  • suspension de la conscience.
  • + d'activités motrices automatiques:

c) Crises partielles secondairement généralisées(n=82)

3) ETAT de MAL(n=3)

Syndromes épileptiques

Epilepsies partielles symptomatiques

Epilepsies partielles cryptogéniques

Epilepsies généralisées idiopathiques

Les Médicaments AntiEpileptiques (MAE) disponibles pendant cette période

  • 1ère génération(Phénobarbital, Phénytoïne
  • 2ème génération(Valproate chrono Carbamazépine LP(Tégrétol* LP),
  • 3ème génération(Vigabatrin Gabapentin,
  • 4ème génération
  • (Lamotrigine(Lamictal*) Topiramate(Epitomax*), Oxcarbamazépine(Trileptal*)
  • Autres MAE classiques
    • - Clonazépam(Rivotril*)Clobazam(Urbanyl* )
  • Seules les réponses aux traitements des patients suivis jusqu'au terme de cette étude seront présentées.

Réponses au traitement (N=144)

Impact des nouveaux médicaments : NMAE

  • 75 patients sur 144 (52%) ont eu une très bonne réponse (pas de crises depuis au moins 1 an au 31/12/2002)
    • 52 (69.3% équilibrés avec les MAE classiques (Ac. valproïque et carbamazépine)
    • 23 (30.7%) équilibrés avec les NMAE
  • 39 patients sur 144 (27%) patients ont une suppression récente des crises :
    • 30 (77%) équilibrés avec les MAE classiques
  • 21 (14.6%) patients avec une diminution des crises de 50% :
    • 16 (76.2%) récemment équilibrés avec les NMAE
  • 6 (4.2%) patients n'ont été améliorés par aucun MAE

Discussion

  • Epilepsies avec crises grand mal morphéïques pris en compte dans le groupes des épilepsies généralisées idiopathiques,
  • Epilepsies familiales faiblement représentées, surtout au niveau de la fratrie,
  • deux cas de Sclérose Tubéreuse de Bourneville
  • Faiblesse de l'imagerie (pas d'IRM avant sept 2003)
  • Cas de Mme J. (nécessité de répéter des IRM)
  • Limites de l'étude Thérapeutique (disponibilité des NMAE inégale entre les patients)

Conclusion

  • Prédominance des épilepsies partielles notamment les épilepsies cryptogéniques,
  • Une hétérotopie a été découverte chez une femme âgée après des bilans négatifs répétés en milieu spécialisé,
  • une majorité de patients tire un bénéfice complet des MAE de 2ème génération (carbamazépine et Ac. ValproÏque) : intérêt économique ++
  • Un bon impact des NMAE sur des patients antérieurement pharmaco-résistants.

Perspectives

  • Les effectifs de chaque groupe syndromique sont appelés à être modifiés maintenant que l'IRM devient disponible localement.
  • Une étude génétique peut être envisagée avec le consentement des familles.