L'infection au VIH: détection et investigation

Dr Dr Jean-Guy Baril
Clinique Du Quartier Latin & CQCS

À l'issue de cette présentation, le participant sera en mesure de:

  • prescrire de façon adéquate les principaux tests de détection et d'investigation du VIH;
  • interpréter adéquatement les résultats des tests demandés;
  • conseiller le patient sur les ressources disponibles.

Plan

  • L'infection aiguë et chronique
  • L'utilisation de la charge virale plasmatique et de la numération lymphocytaire CD4 dans la gestion de la thérapie antirétrovirale
  • Le bilan de base
  • Les principes de la thérapie antirétrovirale
  • Les tests de résistance virale

L'infection par le VIH - Nouveaux concepts

Évolution générale de l'infection par le VIH

Le cas de Matthieu (19 ans)

  • Consulte pour mal de gorge et fièvre 38.5 0c depuis 8 jours
  • Se plaint de grande fatigue, douleurs musculaires
  • A reçu Pen V depuis 6 jours avec peu d'amélioration
  • À eu des relations sexuelles non protégées il y a 3 semaines avec un homme

Le cas de Matthieu (examen)

  • Érythème pharynx
  • Adénopathies cervicales postérieures
  • T : 37.6 oC

La primo-infection: Statistiques

Les symptômes apparaissent:

  • Chez 30 à 50% des sujets
  • 2 à 4 semaines après l'exposition
  • Durant 1 à 4 semaines

La primo-infection

Fréquence des signes et symptômes rapportés chez plus de 50% des patients (n=218)

Signes et symptômes
N %
%

Fièvre (>38o)

168
77.1

Léthargie

143
65.6

Éruption cutanée

123
56.4

Myalgies

119
54.6

Maux de tête

111
50.9

Tiré de Vanhems et al.CID. 1997.24 (May)

Fréquence des signes et symptômes rapportés chez 20 à 50% des patients (n=218)

Signes et symptômes
N %
%

Maux de gorge

96
44

Adénopathies cervicales

85
39

Arthralgies

67
30.7

Ulcère oral

63
28.9

Odynophagie

61
28

Tiré de Vanhems et al.CID. 1997.24 (May)

Bilan

  • FSC: n: sauf diminution des G.B.
  • Ast/alt: 44/60
  • Monotest: négatif
  • VDRL: négatif
  • Anti-VIH: négatif (élisa)
  • Ag p 24: positif

La primo-infection - Paramètres biologiques

Source: Ministère de l'emploi et de la solidarité, République Française, Diagnostic précoce, traitement antirétroviral après exposition et dépistage de l'infection par le VIH. Rapport du groupe de travail sur le diagnostic précoce de l'infection par le VIH au Directeur général de la santé. Diagnostic précoce, Novembre 1997.

Bilan: 7 jours plus tard

  • Anti-HIV: élisa positif
    • Spécimen envoyé au LSPQ
    • Western-Blot: indéterminé
    • P 24 positif
  • Charge virale VIH arn: 850,000
  • CD4: 400

La primo-infection - Traitements

Étude primo-infection

La primo-infection - Facteurs pronostiques

La période asymptomatique

Dynamique virologique et immunologique
Caractéristiques
cliniques:
  • absence de symptômes

biologiques:

  • réplication virale intense dans le tissu lymphoïde
  • lymphocytes CD4 normaux
  • charge virale plasmatique faible (< 5000 copies/ml)

Matthieu: 12 mois plus tard

  • A décidé de ne pas traiter sa primo-infection
  • N'a pas consulté depuis un an
  • Est asymptomatique
  • Désire que vous assuriez le suivi
  • Quel bilan prescrire?

Le bilan de base

  • FSC
  • ALT et amylase
  • Créatinine
  • Glycémie et bilan lipidique
  • Sérologie pour les hépatites A,B,C
  • Sérologie pour la syphilis
  • Sérologie IgG pour la toxoplasmose et le CMV
  • Typage lymphocytaire
  • Test de la charge virale
  • PPD
  • Radiographie pulmonaire
  • Cytologie cervicale pour les femmes
  • Dépistage MTS

Résultats de Matthieu

  • FSC, Biochimie, PPD, RX poumons: Normal
  • Sérologies:
    • VDRL: négatif
    • HbsAg, Anti-Hbs, HavAc, Anti-Hcv: Négatif
    • Anti-toxo: négatif
    • Anti-CMV: positif
  • Charge virale: 230,0000
  • CD4: 16%: 0.290
  • CD8: 0.956
  • Ratio CD4/CD8: 0.30

Les marqueurs sérologiques: test de la charge virale

  • Mesure la quantité d'ARN du VIH dans le plasma.
  • Donne un aperçu de l'ampleur de la réplication du VIH
  • responsable de la destruction des lymphocytes CD4.
  • Permet de décider quand initier une thérapie ou de la modifier.

La charge virale plasmatique:

  • S'exprime en nombre de copies/ml.
  • Valeur visée (suppression de la réplication): < 50 copies
  • La charge virale doit être mesurée à 2 reprises à au moins 2 semaines d'intervalle avant d'initier ou de modifier une thérapie ARV.
  • La charge virale ne doit pas être mesurée dans le mois suivant une immunisation ou une infection intercurrente

La charge virale s'exprime aussi en logarithme (de la base 10) du nombre de copies d'ARN viral par ml.

Exemple:

=

5.0 log = 105
100,000 copies/ml

4.2 log = 104.2

15,849 copies/ml

3.0 log = 103

1,000 copies/ml

Indication du test de la charge virale chez les adultes infectés par le VIH

Indication clinique
Fréquences
Évaluation initiale d'une personne infectée non traitée
Deux valeurs de base
(quatre à huit semaines)
Personne non traitée
Tous les trois ou quatre mois
Si la situation clinique l'impose
Tous les six mois
Si la situation clinique est stable
Personne nouvellement traitée ou dont la thérapie a été modifiée
Quatre à huit semaines après l'initiation ou la modification de la thérapie
Personne traitée
Tous les trois ou quatre mois ou selon la situation clinique

Les marqueurs sérologiques: typage lymphocytaire

  • Nous donne une idée des dommages déjà présents dans le système immunitaire.
  • CD4 > à 500 cellules/µl est considérée comme une valeur normale.
  • Associé à la mesure de la charge virale, il permet d'évaluer le risque de progression de l'infection vers le sida ou le décès.

Le typage lymphocytaire:

CD4: Valeur absolue normale: > 500 cellules/

Valeur relative normale: > 20%

Valeur normale du ratio CD4/CD8: entre 1.0 et 2.0

Pour calculer la valeur absolue des CD4, multiplier le résultat obtenu par 1,000:

0.436 = 436 cellules/

0.036 = 36 cellules/

0.006 = 6 cellules/

Les CD4 doivent être mesurés à 2 reprises à au moins 2 semaines d'intervalle avant d'initier une thérapie ARV.

Est-ce que j'ai développé le SIDA?

La période symptomatique

Manifestations cliniques les plus fréquentes

  • candidose oropharyngée ou vulvovaginale
  • leucoplasie velue de la langue
  • zona
  • symptômes constitutionnels:
    • asthénie
    • hyperthermie continue ou récidivante
    • sueurs nocturnes
    • diarrhées
    • perte de poids

Le SIDA: maladies indicatrices (i.e. infections opportunistes)

  • Pneumonie à Pneumocystis carinii (PPC)
  • Pneumonies bactériennes récurrentes
  • Candidose oesophagienne
  • Rétinite à cytomégalovirus (CMV)
  • Infections à Mycobactérium avium (MAC)
  • Cancer du col invasif
  • Sarcome de Kaposi
  • Herpès > 1 mois
  • Lymphomes
  • Cryptosporidiose intestinale
  • Syndrôme d'amaigrissement lié au VIH
  • Tuberculose...

Quand initier le traitement?
Traduit de:S Danner. 5th International Congress Drug Therapy in HIV Infection, Glasgow 2000

À considérer

  • Volonté et motivation du patient
  • Importance de l'atteinte de la fonction immunitaire (CD4)
  • Risque de progression de l'infection (charge virale et taux de CD4)
  • Probabilités d'observance du régime thérapeutique après counselling

Risque de progression du SIDA en 3 ans*

*Mellors JW, Munoz A, Giorgi JV, et al: Plasma Viral load and Cd4+ lymphocytes as prognostic markers of HIV-1 infection. Ann Intern Med. June 1997; 126:946-954

Quand débuter un traitement?


symptomatique
asymptomatique

Cd4 > 350

oui
Non sauf dans certains cas

Cd4 < 350 et > 200

oui
Peut-être

Cd4 < 200

oui
Oui

Recommandations chez les asymptomatiques

Quel traitement initial ?

16 molécules

94 associations possibles

Cycle de réplication virale

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Les 3 classes d'antirétroviraux

Principes de la thérapie antirétrovirale

Elle doit:

  • viser la réduction de la charge virale à des niveaux non décelables
  • prendre en compte le niveau d'observance
  • toujours être optimale en tout temps: initier et cesser tous les médicaments en même temps

De plus, toute personne infectée par le VIH doit être considérée comme potentiellement infectieuse indépendamment du résultat de la charge virale


Le choix du premier traitement
est le choix le plus important


Corrélation entre l'observance et la réponse au traitement

Barrières à l'observance

  • Nombre de doses et de pilules
  • Restrictions alimentaires
  • Effets secondaires
  • Usage de droques intraveineuses
  • Jeune âge du patient
  • Maladie moins sévère
  • Médecin moins expérimenté

Matthieu a reçu Combivir et Crixivan depuis 6 mois

  • Il s'est présenté à l'urgence pour colique néphritique
  • Diagnostic: lithiase à l'indinavir
  • Conduite:
    • Hydratation
    • Cesser Crixivan
    • Revoir médecin traitant dans 3 semaines
  • Est-ce la bonne conduite?

Une concentration plasmatique de médicaments inadéquate ou une thérapie sous optimale conduit à l'échec virologique

Principes de la résistance virale

Lorsqu'un traitement est non suppressif, les mutations s'accumulent sur les gènes de la transcriptase inverse et et de la protéase

Il existe souvent une résistance croisée entre les médicaments d'une même classe

Matthieu n'est pas observant

  • Il se sent dépressif et prend du Millepertuis depuis 6 mois
  • Sa charge virale a été indétectable à 3 mois puis a été faiblement détectable depuis 12 mois à 3000 copies/ml
  • Vous demandez un test de résistance

Le traitement

Indications de modifier une thérapie antirétrovirale

  1. Charge virale:
    • Réduction < 1.0 log après quatre à huit semaines
    • Augmentation de 0.5 log (trois fois)
    • Virémie détectable après quatre à six mois
  2. Diminution des lymphocytes CD4+
  3. Progression clinique
  4. Intolérance médicamenteuse
  5. Utilisation d'une thérapie sous-optimale
  6. Inobservance thérapeutique

Le traitement - Quand changer de thérapie

  • Éliminer infection ou vaccination récentes
  • Recontrôler la charge virale
  • Examiner les causes de l'échec:
    1. Les médicaments ne se rendent pas au virus
      • Fidélité au traitement
      • Pharmacologie (absorption, interaction)
    2. Les médicaments se rendent mais n'agissent pas
      • Résistance

Quelques conclusions

  • Le test Anti-VIH peut être négatif en primo-infection
  • L'indication de traiter dépend des symptômes, du nombre de CD4 et de la charge virale
  • Un traitement efficace doit rendre la charge virale indétectable
  • L'observance est un facteur clef du succès de la thérapie
  • La résistance peut résulter de l'inobservance, d'une thérapie sous optimale ou d'interactions défavorables
  • En cas d'échec au traitement, des tests de résistance peuvent aider à choisir une thérapie de secours

Compte tenue de la rapidité avec laquelle les connaissances évoluent dans le domaine de la thérapie antirétrovirale, toute initiation de thérapie ou modification de thérapie devrait être faite de concert

avec un clinicien expérimenté dans le traitement des personnes infectées par le VIH.