L'impact du fait d'être témoins de violence conjugale sur la santé mentale des enfants de 6 à 12 ans. Une réflexion sur l'application des nouvelles connaissances neurobiologiques sur l'impact de l'environnement sur la santé des enfants.

Objectifs de la conference :

  • Avoir une vue d'ensemble sur les nouvelles connaissances qui tendent à intégrer le biopsychosociale, ou les liens opérants pour comprendre l'impact de l'environnement sur la santé.
  • Prendre connaissance des résultats d'une étude sur l'impact d'un environnement particulier sur la santé mentale des enfants.
  • Réfléchir sur une réflexion intégrative tentant de cerner les médidateurs opérant dans ces résultats.

Je commencerai par brosser un décor de fond pour situer la réflexion dans le contexte général des liens environnement social/santé, et de façon plus vaste, le lien nature/environnement.

Depuis longtemps, nous questionnons combien nous devons aux gènes, combien ce que nous sommes ont rapport avec les circonstances dans lesquelles nous avons grandi, et combien est contrôlable par nous et par les autres. Ainsi, lorsque l'on dit de quelqu'un, « elle a un caractère juste comme celui de son père », sommes en train d'affirmer une caractéristique innée ou un comportement appris de l'un des parents?

I_ Reculons un moment pour une courte réflexion sur le lien corps/esprit. De ce point de vue, le pendule est allé aux deux extrêmes. Ainsi, Il y a 1800 ans, il n'y avait aucune distinction entre le corps et l'esprit. Galen attribuait non seulement la santé physique mais aussi le tempérament, le type de personnalité à des influences biologiques, la concentration de ce que l'on appelait alors des « humeurs », tels que le sang et le Phlegm. L'approche Galenique aurait pu s'appeler « holistique », impliquant que les médecins devraient tenter de traiter la personne au complet. Au 17ème siècle, avec la philosophie connue sous le nom de « dualisme », l'intégration du corps et de l'esprit fut mise en question. Les tenants du dualisme étaient cristallisées par René Descartes, qui maintint que l'esprit était un phénomène si éphémère qu'il devait être complètement distinct du corps, et du cerveau.

Depuis quelques décennies, des avancées en neurosciences sont renouvelés l'intégration du cerveau avec l'esprit. La majorité des neuro- scientifiques pensent aujourd'hui que cet organe biologique qui est dans notre crâne est à la fois la source et le dépositaire de notre identité et de toutes les formes de cognition et d'émotions. Des bouleversements de la balance chimique peut déclencher des désordres de l'humeur et des émotions.

De plus, les nouvelles recherches dans la connexion entre le cerveau et le corps renforce l'idée que l'influence se fait dans les deux directions, c'est-à-dire que nos attitudes et émotions, qui furent considérés purement une fonction de « l'esprit », peuvent affecter la santé du corps et vice- versa.

Le lien cerveau/corps qui lien nos émotions et notre santé s'articule sur certaines molécules clés. Les nouvelles connaissances pointent des substances en cause entre le système nerveux et le système immunitaire. Ainsi, lorsque des problèmes émotionnels causent une élévation des hormones du stress ( cortisol) les système immunitaire peut ralentir, causant une susceptibilité aux infections.. Bref, les neurones ont été nommées par le savant espagnol Santiago Ramon, récipiendaire d'un prix Nobel « les papillons de l'âme »

Lien environnement social/santé :

Récemment, ce lien a été étudié à partir de l'impact du statut socio-économique sur la santé des populations. Des données récentes permettent d'affirmer qu'il existe un gradient ( c'est-à-dire une variation progressive) de l'état de santé d'une couche sociale à l'autre, les individus au bas de l'échelle socio-économique ayant tendance à être moins en santé. Ce lien ne peut cependant pas être attribué uniquement au fait que les personnes plus pauvres feraient de mauvais choix ou auraient de mauvaises habitudes de vie (par exemple consommation excessive d'alcool, mauvaises habitudes alimentaires, pratiques sexuelles à risque, etc.). En fait, le lien entre la santé et le statut socio-économique existe pour toutes les sortes de décès, indépendamment des facteurs de risque connus. Certains expliquent cette tendance par le fait que plus on monte dans l'échelle sociale, plus fort sont l'estime de soi, le sentiment de contrôle sur sa vie et la capacité de réagir et de récupérer suite à un stress quelconque.

Lien développement de l'enfant /maladies chroniques

Depuis quelque temps on observe également la présence d'un lien étroit entre la façon dont se développe l'enfant en bas âge et l'apparition de maladies chroniques à l'âge adulte. De nombreuses études dans des domaines aussi variés que la neurologie, la génétique, l'épidémiologie et les sciences sociales etc. démontrent l'étroite relation entre le développement de l'enfant depuis la conception jusqu'à 6 ans et la santé physique et mentale de cet individu à l'âge adulte. Cette période est particulièrement critique puisque c'est à ce moment que le cortex du cerveau est le plus malléable et se développe le plus rapidement. Ce développement rapide et cette malléabilité mettront en place les bases qui affecteront les compétences de l'individu et sa capacité d'adaptation tout au long de sa vie.

Depuis peu, nous commençons à comprendre les facteurs opérant dans ces relations. Par exemple, les travaux incontournables de Barker et ses collègues démontrent la relations entre les condition de développement du foetus in utéro et de l'enfant pendant la très petite enfance, et des maladies apparaissant beaucoup plus tard dans la vie adulte comme les maladies du coeur, la haute pression, le diabète, un système immunitaire déficient et l'obésité. Des expériences conduites sur des animaux confirment un lien entre les retards de développement du foetus, l'hypertension et les désordres métaboliques. Ces études concluent comme Meaney qu'il pourrait y avoir une programmation intra-utérine de l'axe CRH-HPA.

Lien qualité des soins(nurturing)/ développement du cerveau

Non seulement les connaissances que nous avons à l'heure actuelle nous permettent-elles de démontrer les répercussions du développement du cerveau en très bas âge sur la santé physique et mentale de l'individu à l'âge adulte, mais nous savons également que la qualité des soins (nurturing) et les stimuli reçus pendant cette période affecteront de façon substantielle le développement du cerveau. Du côté des études sur les animaux, il est démontré que de jeunes rats mis très tôt en contact avec un environnement enrichi de jouets et dans lequel la mère s'implique, développent davantage de neurones et de circuits et obtiennent un meilleur rendement aux examens de compétences que les rats non stimulés. Il a également été démontré que les jeunes rats qui ont été intensivement léchés par leur mère ont un circuit CRH-HPA mieux régularisé et de ce fait maintienne une meilleure mémoire et des fonctions cognitives supérieures aux autres rats en vieillissant. Du côté des recherche sur les êtres humain, on ne compte plus le nombre d'études démontrant la supériorité de la performance scolaire des enfants ayant reçu un encadrement stimulant pendant les premières années de leur vie sur ceux n'ayant pas reçu cette stimulation, et ce, peu importe le niveau socio-économique des enfants au départ. Nous sommes également à même de démontrer qu'en améliorant les conditions de développement de l'enfants, nous augmentons ses capacités d'apprentissage, son comportement et sa santé à l'âge adulte.

En résumé, nous savons que le développement du cerveau se fait surtout pendant l'enfance. Plusieurs facteurs internes et externes à l'individu contribuent à ce développement de façon positive ou négative et cela a pour conséquence d'affecter le comportement, l'apprentissage, la mémoire et la santé de l'individu pour le reste de sa vie. D'où l'importance d'agir pour le mieux être de l'enfant en bas âge. Une meilleure compréhension de la formation, du fonctionnement et du développement de ces circuits devrait nous permettre de mieux orienter nos interventions en santé de façon à en favoriser le développement positif. Une approche de prévention plutôt que de guérison s'impose.

II Tout ceci est relativement nouveau. Du moins ne m'était que très vaguement familier lorsque nous avons entrepris la recherche sur l'impact du fait témoins de violence conjugale sur la santé mentale des enfants...

Aujourd'hui, je ne pense plus cette recherche de la même façon. Il y aurait eu des mesures biologiques ( telles que le cortisol salivaire ) que j'aurais prises.

Il est bien entendu encore trop tôt pour expliciter les liens biologiques clairs entre les mesures psychologiques que nous avons prises et les circuits biologiques neurologiques et biochimiques qui sont opérant. Toutefois, dans la troisième partie, je me permettrais une amorce d'ouverture sur une hypothèse tentant de lier tout ceci...

Présentation de l'étude : cette partie sera la plus longue. Les trois messages les plus importants :

  1. La santé mentale des enfants varie selon qu'ils soient réellement témoins, selon la mère) ou non de violence physique subie par la mère.
  2. La comparaison de la santé mentale des enfants de famille d'immigration récente et ceux de familles québécoises démontre que dans l'ensemble, les enfants des deux groupes se ressemblent beaucoup.
  3. Plus les comportements de soins augmentent et plus la probabilité d'avoir des problèmes de nature extériorisée diminue.

III_Hypothèse

Le stress et le cerveau : Le cerveau est le maître contrôleur de tout ce dont il a été question plutôt. Il contrôle les hormones qui règlent le métabolisme. Par le système nerveux autonome, il contrôle l'activité du système cardiovasculaire. Il influence le système immunitaire, autant par innervation directe, par stimulation par les nerfs et par les hormones. Le plus important est que le cerveau est l'interprète de ce qui est « stressant »2.La perception du stress est d'importance primordiale, parce que ce qui est peut-être perçu par l'un ne l'est peut-être pas pour un autre. Le cerveau doit gérer u événement et décider si sa présence constitue une menace. Nous savons qu'il existe des différences individuelles dans nos réactions au stress, qui sont basées sur notre constitution génétique, autant que sur notre histoire de développement et nos expériences.

Comment le cerveau participe-t-il à tout cela. Il n'est pas seulement un contrôleur de plusieurs de ces actions, il est aussi , comme l'indique la recherche sur les patients déprimés une cible pour les hormones du stress. À cause de sa plasticité ( la façon dont les connexions neuronales changent avec l'expérience) le cerveau lui- même est vulnérable à l'action des hormones du stress et peut-être endommagée sous des conditions extrêmes.. Deux structures, l'amygdala et l'hippocampus, enfouies profondément dans le lobe temporal sont les joueurs clés dans l'interprétation et la réponse au stress. L'amygdala est la première structure a être activée dans la réaction de peur et elle contribue à la couleur émotionnelle de nos souvenirs. L'hippocampus travaille de concert avec l'amygdala et est impliqué dans notre mémoire des événements et de notre orientation spatiale. L'amygdala est concerné par l'émotion autour de l'événement, l'hippocampus prend soin de la mémoire contextuelle ou épisodique. L'hippocampus lui-même a des sous-systèmes et sous structures appelées le gyrus dentelé. Le gyrus dentelé est impliqué dans une communication à trois avec d'autres parties de l'hippocampe. Cette structure est présentement étudiée en terme de comment elle répond au stress. Ce qui est étonnant est qu'elle continue à produire de nouvelles cellules nerveuses, jusqu'à durant tout le temps de la vie adulte.( du moins dans les chez les souris et les rats)Cependant, il a été découvert que le stress inhibe cette production de nouvelles cellules. Ainsi, les effets de stress répétés sont assez graves sur l'hippocampe, encore que la recherche démontre que ces effets sont réversibles.. Des MRI ont démontré que l'hippocampe est une des première s parties du cerveau à démontrer des changements structurels et une diminution du volume sous des conditions de stress variées.

Liens cortisol salivaire et dépression maternelle : une étude récente de Lupien et Meaney du Douglas à McGill rapporte que le niveau de cortisol salivaire de l'enfant présente une corrélation très significative avec l'étendue de la symptomatologie dépressive de sa mère.

De retour à notre étude. Comme nous le disions plus haut, nous n'avons pas mesuré le cortisol salivaire chez les enfants. Et la corrélation entre les symptômes de l'enfant et la dépression maternelle était certes présente, mais pas aveuglante. Cependant, il faut dire que nous n'avons regardé que la violence physique et non pas la violence psychologique qui est peut-être pire en terme de génération de dépression maternelle.

Comment peut-on expliquer ou comprendre biologiquement cet effet?(c'est-à-dire ce qui fait que l'enfant a des troubles lorsqu'il est dans cet environnement) :

1_ Effet par la peur :

La peur peut être utilisée comme un système « modèle » et a été étudié amplement autant avec des outils comportementaux que des outils de neurobiologie.

En résumé, l'on peut faire l'hypothèse que l'enfant qui a été soumis à la peur en étant témoin de violence conjugale en arrive à la conclusion que l'univers présent est dangereux. Il faut qu'il soit aux aguets, parce qu'il risque de se faire attaquer. Il ne comprend pas. Donc l'univers est un endroit dangereux. Ce système est également un système de survie, bien décrit.« T'as plus de chance de survie si tu as peur. »

.Dans cette situation le HPA avis est drivé au maximum. À long terme cela conduit à la dépression . C'est peut-être cela que nous voyons.. Le lien entre un niveau de cortisol chroniquement haut et la dépression est connu.

2_Effet de la dépression maternelle

Le cortisol détruit les cellules hippocampiques ( le gyrus dentelé de l'hippocampe, essentiel pour la mémorisation), donc des difficultés d'apprentissage.

3 effet du stress prolongé. Cette hypothèse s'apparente à celle développée dans le modèle « peur » avec impact du stress directement sur le cerveau de l'enfant.

Applications santé publique : cortisol salivaire à 1 an, pour identifier tous ceux à risque, intervenir de façon plus serrée. On l'a bien fait pour le PKU!!

En résumé, je crois que nous commençons à avoir les éléments pour enfin effectuer ce dont nous parlons depuis longtemps, l'approche biopsychosociale dans la compréhension des maladies.


Références bibliographiques :

  1. Conlan R., 1999, New discoveries about How Our Brains Make us Who We are, John Wiley and sons, Inc,
  2. Lupien , S. King, S. , Meaney, M. et al.. , 2000, Child's stress hormone levels correlate with mother's socioeconomic status and depressive status. Biological Psychiatry, volune 48, issue 10
  3. Meaney, M. 1996. Early environmental regulation of forebrain glucocorticoid receptor gene expression : implications for adrenocortical responeses to stress. Developmental Neuroscience, v.18