Les troubles de l’éjaculation et de l’orgasme
Diane Brouillette, m.a. sexologie
Différents troubles de l’orgasme chez l’homme
DSM-IV-TR (2003)
- Trouble de l’orgasme chez l’homme : inhibition / retardée F52.3 (302.74)
- Éjaculation précoce F52.4 (302.75)
- Autres « dysfonctions sexuelles non spécifiées », associées à l’orgasme chez l’homme F52.9 (302.70)
- Éjaculation sans plaisir orgasmique : anhédonique
- Orgasme sans éjaculation séminale : sèche, rétrograde
- Orgasme avec écoulement séminal au lieu d’une propulsion éjaculatoire : baveuse
Définition de l’Éjaculation précoce
DSM-IV-TR, code 302.75
- Trouble de l’éjaculation persistant ou répété lors de stimulations sexuelles minimes avant, pendant, ou juste après la pénétration, et avant que le sujet ne souhaite éjaculer. Le clinicien doit tenir compte des facteurs qui modifient la durée de la phase d’excitation sexuelle tels que l’âge, la nouveauté de l’expérience sexuelle ou du partenaire et la fréquence de l’activité sexuelle récente.
- La perturbation est à l’origine d’une souffrance marquée ou de difficultés interpersonnelles.
- L’éjaculation précoce n’est pas due exclusivement aux effets directs d’une substance (p. ex., un sevrage aux opiacés).
Définition du Trouble de l’orgasme
DSM-IV-TR, code 302.74
- Absence ou retard répété ou persistant de l’orgasme après une phase d’excitation sexuelle normale lors d’une activité sexuelle que le clinicien juge adéquate en intensité, en durée et quant à son orientation, compte tenu de l’âge du sujet.
- La perturbation est à l’origine d’une souffrance marquée ou de difficultés interpersonnelles.
- La dysfonction orgasmique n’est pas mieux expliquée par un autre trouble de l’axe 1 (à l’exception d’une autre dysf. sex.), et n’est pas due exclusivement aux effets physiologiques directs d’une substance (c.-à-d. une substance donnant lieu à abus, un médicament) ou d’une affection médicale générale.
Définitions des autres troubles associés à l’orgasme chez l’homme
- Éjaculation anhédonique :
Absence (ou diminution importante) de sensations érotiques subjectives, malgré une excitation et un orgasme normaux.
- Éjaculation rétrograde :
Éjaculation «à sec», orgasme sans éjaculation qui est dû au passage du sperme de l'urètre postérieure vers la vessie à travers le sphincter interne qui est béant.
- Éjaculation baveuse :
Orgasme avec écoulement séminal au lieu d’une propulsion éjaculatoire.
Spécification des types de trouble de l’orgasme chez l’homme
DSM-IV-TR
- De tout temps : primaire
- Acquis : secondaire à un bon fonctionnement
- Généralisé :
- dans tous les types de situations, stimulations ou partenaires
- Situationnel :
- limité à un certain type de situations, stimulations ou partenaires
- Dû à des facteurs psychologiques
- Dû à une combinaison de facteurs
Prévalence des troubles de l’orgasme chez l’homme

Laumann, Gagnon, Michael, Michaels, 1994
(USA, 18-59 ans, N=1346, 12 derniers mois)
Éjaculation Précoce
QUELQUES DONNÉES DE RECHERCHE
Durée des pénétrations vaginales
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Moyenne
Médiane |
= 3.0 min.
= 1.8 min. |
- Non éjaculateurs précoces :
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Moyenne
Médiane |
= 9.15 min.
= 7.3 min. |
| Waldinger 2005 : |
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- Non éjaculateurs précoces :
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Moyenne
Médiane |
= 8.0 min.
= 5.45 min. |
| Althof et al. 2006 : |
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70% des essais
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= 2.00 min. ou
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- Non éjaculateurs précoces :
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Moyenne |
= 8.9 min. |
Impact de É.P.
Santé déficiente : É.P. plus fréquente
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(Laumann et al, 1999) |
- Santé excellente : 24.8%
- Santé déficiente : 40.5
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Extrêmement heureux : 24.6%
Très malheureux : 35.3% |
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Homme : haut niveau de détresse et d’insatisfaction
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(Dean, 2005) |
- Niveau de détresse “acceptable à très haut” : 76%
- Niveau de satisfaction “bas” : 85%
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Femme : haut niveau d’insatisfaction
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(Barnes, 2005) |
- Durée de pénétration (<2min.) problématique : 73%
- Niveau de satisfaction des relations sex.”bas” : 87%
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(Frank et al,1990) |
- Difficulté à communiquer sur É.P.
- Impact sur l’intimité
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Éjaculation Précoce
EVALUATION DES CAUSES FONCTIONNELLES
Recherche de :
- Pensées anxiogènes
- Émotions négatives
- Comportements sexuels inadéquats
Évaluation de l’éjaculation précoce
- Histoire médicale
- Éjaculation précoce globale/situationnelle/permanente ou acquise
- La qualité du désir, de l’érection, de l’orgasme
- L’évaluation par le patient
- du temps de latence éjaculatoire
- du contrôle
- du niveau de détresse ou d’insafisfaction
- de la fréquence de l’activité sexuelle
- L’évaluation par la partenaire
- L’évaluation de la relation de couple
O.M.S., 2003
Le modèle cognitivo-comportemental - L’éjaculation précoce

Exemple : É.P. avec partenaire

Pensées causant l’É.P.
Pensées distrayantes empêchant la concentration sur la montée de l’excitation :
- Désir de performance
- Exigences du partenaire
- Anticipation de l’échec
- Complexe face à la dimension du pénis
- Anticipation du plaisir de l’orgasme
- Peur du vagin/femme…
Brouillette, Courchesne, Alarie, (1991)
Émotions causant l’É.P.
Toutes formes de peurs, anxiété, stress, frustration, colère, gêne, honte, culpabilité…:
- Peur de l’échec
- Peur de perdre son érection
- Crainte des réactions du partenaire
- Frustration face à partenaire
- Hostilité envers les femmes (désir inconscient de la priver de plaisir, se révolter contre un contrôle)…
Brouillette, Courchesne, Alarie, (1991)
Comportements causant l’É.P.
Tension musculaire et hyperactivité :
- Tension musculaire dans le bassin
- Surmenage
- Centré sur le résultat
- Attitude de “gourmand et non de “gourmet”
- Situations où l’orgasme doit se produire rapidement (masturbation, partenaire sans désir/douleur, prostitution…)
- Secondaire à des périodes sans activités sex. …
Brouillette, Courchesne, Alarie, (1991)
Éjaculation Précoce
LE TRAITEMENTSEXOLOGIQUE
- Prémisses de base
- Recommandations thérapeutiques

Une physiologie similaire au contrôle de la miction
Niveau d’excitation sexuelle déclenchant le réflexe éjaculatoire

Une activation du S.N.S. accélère le déclenchement du réflexe éjaculatoire

1* Gérer le stress et les tensions
- Apprentissage de techniques de relaxation
- Gestion du stress personnel, conjugal, sex.
- Restructuration cognitive face aux pensées anxiogènes
- Ressentir des émotions plus positives
- Changement des comportements sexuels rapides
- Centration sur les sensations : seul/partenaire
Brouillette, Diane (2006)
2* Découvrir les sensations pré-éjaculatoires

3* Contrôler le niveau d’excitation
Technique arrêt-départ

Éjaculation Précoce
STRATÉGIES DE PRÉVENTION DES RÉCIDIVES
Prévention des récidives de l’É.P.
- Suivi thérapeutique : 1-3-6 mois
- Au quotidien :
- Conservation des acquis :
- Mieux gérer son stress, éviter les situations à risque, les stimulants, si masturbation : avec contrôle
- Avant une relation sexuelle :
- Être conscient des facteurs de risque potentiel d’ÉP, afin d’éviter attentes irréalistes/déceptions
Brouillette, Diane (2006)
Prévention des récidives
- Lors d’une relation sexuelle:
- Être conscient et modifier les :
- Tensions musculaires, pensées anxiogènes, émotions “-”
- Se centrer sur son plaisir pour le contrôler :
- Préléminaires sans éviter les caresses génit.
- Prévenir partenaire si excitation trop élevée
- Pénétration : positions où l’homme a le moins de tension musculaire, pause, mouvements lents au début, alternance du rythme
- Après une relation avec éjaculation rapide :
- Analyser les causes afin d’éviter le retour de l’anxiété/É.P.
Brouillette, Diane (2006)
Éjaculation Précoce
CONCLUSION
- L’éjaculation précoce est un problème de couple.
- La sexothérapie cognitivo-comportementale est efficace et durable.
- Pour assurer une amélioration à long terme, des stratégies de prévention des récidives peuvent être mises en œuvre.
Trouble de l’orgasme chez l'homme
Critères diagnostiques
Critères diagnostiques du trouble de l’orgasme chez l'homme
- Primaire ou secondaire
- Situationnel : souvent limité à la pénétration vaginale (l’éjaculation restant possible lors de la masturbation)
- La durée de la pénétration : vécue comme longue et nécessitant un déploiement d’efforts sans mener nécessairement à l’éjaculation
Trouble de l’orgasme
ÉVALUATION DES CAUSES FONCTIONNELLES
- Pensées inhibant le plaisir
- Émotions contenues, absence/peu plaisir
- Comportements sexuels rigides
Le modèle cognitivo-comportemental
Trouble de l’orgasme chez l’homme

Exemple : T.O. avec partenaire

Pensées causant un Trouble de l’orgasme chez l’homme
Pensées inhibant le plaisir
- Préoccupation exagérée de bien faire, bien paraître
- Orgasme = perte de maîtrise de soi (personnalité rigide, compulsive)
- Sperme = souillure
- Éducation rigide
- Problématique liée au désir d’enfant dans le couple
- Représentation maternelle de la femme, peur de souiller la partenaire
- Agressivité masculine = violence
- Présence de fantasmes homosexuels ou paraphyliques
Brouillette, Diane (2006)
Émotions causant un Trouble de l’orgasme chez l’homme
Émotions contenues, absence ou peu de plaisir
- Difficulté d’expression des émotions
- Difficulté à prendre du plaisir
- Crainte de ne pas être capable de contrôler ses pulsions destructrices envers les femmes
- État d’inconfort affectif engendré par l’orgasme: tristesse, regret, rage, solitude, impression de vide, mort
- Peur de l’engagement
Brouillette, Diane (2006)
Comportements causant un Trouble de l’orgasme chez l’homme
Comportements rigides
- Manque d’abandon
- Contrôle exagéré de l’éjaculation
- Attitudes rigides dans la sexualité
- Comportements « trop » doux envers la partenaire
- Traumatisme sévère, sexuel ou non: infidélité, abus, passer près de la mort,…
Brouillette, Diane (2006)
Trouble de l’orgasme
LE TRAITEMENT SEXOLOGIQUE
Recommandations thérapeutiques
Le traitement sexologique : trouble de l’orgasme
- Apprentissage à l’abandon et l’affirmation de soi :
- Relaxation; restructuration cognitive; ressentir les émotions et les exprimer; centration sur les sensations…
- Apprentissage au plaisir :
- S’offrir un plaisir / jour; découvrir les plaisirs sensuels, sexuels, génitaux; augmenter les stimulations, préléminaires, l’intensité des émotions et sensations…
- Apprentissage à l’éjaculation :
- Maximiser la stimulation par masturbation; avec partenaire, reproduire les conditions d’éjaculation; intégrer les différente stimulations par la partenaire; prendre un stimulant du S.N.S….
Brouillette, Diane (2006)
Trouble de l’éjaculation
CONCLUSION
- Dysfonctions rares
- Consultation pour infertilité et dyspareunie féminine
- Pronostic du traitement sexologique :
- Secondaire : très bon (70%)
- Primaire : mitigé (50%)
