Parution : juillet-août 2009

Ce mystérieux monde du placement... 

Par L. Conrad Pelletier, M.D., MBA


Constituer un portefeuille de placement
Plusieurs facteurs interviennent dans l’élaboration d’un portefeuille. La plupart sont personnels et varient avec chaque individu, mais nous examinerons d’abord le facteur externe le plus important : la conjoncture économique. En effet, la composition du portefeuille variera selon qu’on est en période d’inflation et de taux d’intérêt élevés, ou de ralentissement économique et de décroissance, ou encore de croissance économique sans inflation.


Le Dr L. Conrad Pelletier
Nous venons de toucher les deux termes majeurs de l’économie : inflation et ralentissement économique. Les gouvernements et les banques centrales essaient de maintenir l’économie entre ces deux pôles, soit bonne croissance et faible niveau d’inflation, dont l’objectif est fixé par les banques centrales. Pour y parvenir, il n’y a que trois outils efficaces : la politique monétaire de la banque centrale (Banque du Canada ou Fed aux États-Unis), la politique fiscale et la politique budgétaire du gouvernement.

La politique monétaire
La banque centrale peut augmenter ou diminuer le taux d’intérêt de base et la masse monétaire en circulation pour stimuler ou encore ralentir l’économie. En effet, diminuer le taux d’intérêt et augmenter la masse monétaire favorisent l’activité économique et sont de bons moyens pour contrer un ralentissement économique, comme c’est le cas dans la crise actuelle. À l’inverse, l’augmentation du taux d’intérêt et la diminution de la masse monétaire vont ralentir une économie en surchauffe qui risque de provoquer de l’inflation.

La politique fiscale
De son côté, le gouvernement peut utiliser sa politique fiscale pour améliorer le niveau d’activités économiques en période de récession ou pour la diminuer en période d’inflation. La politique fiscale comprend aussi deux volets : le niveau des impôts et des taxes à la consommation et les dépenses du gouvernement dans ses différents programmes sociaux et transferts aux gouvernements inférieurs (provinces et municipalités) et aux citoyens. En période de récession, le gouvernement pourra réduire les impôts et augmenter ses dépenses en programmes et transferts pour stimuler l’économie, quitte à s’endetter. Pour réduire le niveau d’inflation, il pourra faire exactement l’inverse et refaire ses réserves financières.

La politique budgétaire
Le gouvernement injecte de l’argent dans l’économie en investissant dans différents programmes, particulièrement celui des infrastructures (construction de routes, ponts, édifices, etc.). C’est l’approche keynésienne qu’on a beaucoup utilisée au Canada entre 1975 et 1995. Malheureusement, on a négligé la contrepartie en période de croissance économique, soit la réduction des dépenses, ce qui a généré nos déficits records et notre dette cumulée de plus de 500 milliards $. Heureusement, depuis une dizaine d’années, le bon sens a prévalu et nous sommes en train de corriger la situation au Canada, avec des surplus budgétaires records et une réduction progressive de notre dette.

J’ai récemment lu la métaphore suivante qui fait bien comprendre ces situations économiques : quelques centaines de professionnels dans une grande ville ont un problème de gardiennage pour leurs enfants. Ils décident donc de former une coopérative et ils s’offriront ce service entre eux. On fabrique sur du papier des billets et on en donne le même nombre à chaque membre. En retour d’un gardiennage d’un soir, on donne un billet au gardien. Mais après un certain temps, des billets sont perdus, d’autres détériorés, de sorte que le nombre de billets devient insuffisant et le système ne fonctionne plus par manque de billets. Le système est en récession. Pour corriger la situation, on décide donc de fabriquer une bonne quantité de nouveaux billets qu’on distribue encore également aux membres. Mais après un certain temps, plusieurs des membres qui utilisent rarement le service ont accumulé un tel nombre de billets qu’un billet de plus ou de moins ne signifie plus grand chose. Alors, pour garder les enfants des collègues, ils exigent maintenant 3, 4 ou même 5 billets au lieu d’un seul. Le système est en inflation, jusqu’à ce qu’un nouvel équilibre soit atteint. Voilà le cours d’économie 101 bien résumé.