Parution : juillet-août 2009

Le 15e CIMAM de l'AMLFC en Argentine 
Des enjeux qui rejoignent l'ensemble du corps médical

Par Claudine Auger



Le Dr Daniel Boucher
Nouvelle formule pour le CIMAM 
Après plus de 11 heures de vol, les membres participant au 15e Colloque international de médecine ambulatoire multidisciplinaire (CIMAM) de l’AMLFC ont été accueillis avec chaleur à Buenos Aires par leurs hôtes argentins et les dignitaires de séance, dont M. Réjean Tessier de l’ambassade du Canada à Buenos Aires. Depuis plusieurs mois, les membres du comité scientifique de ce 15e CIMAM, les Drs Sébastien Toussaint, président de l’AMLFC, Daniel Boucher, Louis Roy et Jan Spacek, tissaient les liens avec l’Institut universitaire de l’Hospital Italiano de Buenos Aires afin d’élaborer un colloque formateur. Le pari, semble-t-il, aura été réussi, en plus de permettre l’ouverture de nouveaux horizons.

« Le programme était ambitieux, confie le Dr Boucher, et pourtant, tout s’est parfaitement déroulé! Nos hôtes argentins ont collaboré à l’organisation avec sérieux et étaient tout aussi honorés de nous recevoir que nous d’aller sur leur propre terrain. Aussi, le Dr Roy, qui passe quelques mois par année en Argentine, s’est avéré un maillon essentiel pour la planification entière de l’événement. »

Pour cette 15e édition, les organisateurs ont favorisé la souplesse, comme l’explique le Dr Toussaint : « Malgré la valeur francophone de notre colloque et contrairement à la tradition lors de tels événements, nous avons accepté que les conférenciers du pays hôte fassent leurs présentations dans une autre langue que le français, ce qui aurait été inacceptable pour l’AMLFC à une autre époque! » Sans contrainte de langue, les conférenciers ont pu offrir des prestations dignes de leur souci d’excellence par rapport au contenu scientifique. Grâce à la traduction simultanée, l’échange s’est avéré riche et convivial. « Cette nouvelle formule a été une révélation », ajoute le Dr Toussaint, qui promet de profiter de cette ouverture pour explorer des territoires dont le bassin de francophones plus restreint avait jusque-là freiné les intentions de l’Association. « La langue ne doit plus être une barrière », conclut le président de l’AMLFC.

Autre nouveauté dans l’approche de formation de ce CIMAM, l’AMLFC a décidé d’orienter les conférenciers par enjeux au lieu de sujets précis et spécialisés. De cette manière, la programmation s’adressait au corps médical en entier, favorisant l’échange des façons de faire et le partage des visions respectives. Les thématiques retenues étaient les suivantes : les dossiers patients et la protection du public, les programmes d’aide aux médecins et les enjeux de santé sous l’angle de la gériatrie.

L’Argentine, lumière et contrastes 
Les participants interrogés ont été séduits : Buenos Aires, ville splendide, métropole grouillante et animée de quatorze millions d’habitants, rappelle la vieille Europe. Ce huitième plus grand pays du monde en superficie, qui partage des similitudes environnementales avec l’Amérique du Nord, étonne pourtant par ses contrastes, comme l’a remarqué le Dr Toussaint : « Nous étions loin d’imaginer un développement aussi avancé au niveau des infrastructures ou de la technologie, par exemple. Pourtant, les disparités sociales frappent rapidement le touriste, entre un luxe impressionnant et une pauvreté démesurée. » Autre préjugé qui se désagrège lors de la découverte des quartiers et des nombreux espaces verts de Buenos Aires : l’étiquette de la violence. Si comme toutes les grandes villes, la capitale argentine connaît ses problématiques, le touriste s’y sent toutefois en sécurité. Certains participants au 15CIMAM racontent même avoir assisté à des manifestations contre la violence. S’ajoute au charme ambiant l’accueil chaleureux d’une population extravertie au tempérament latin palpable.

L’Hospital Italiano, un établissement à la tradition d’excellence
Hôpital privé de cinq cents lits qui reçoit environ deux mille patients par mois, l’Hospital Italiano emploie près de mille cinq cents personnes dont le tiers sont des médecins. C’est la communauté italienne qui est à l’origine de la construction de cet hôpital, les immigrants de l’époque désirant se doter de services en soins de santé dans leur quartier et dans leur langue. Sur un terrain dont le Père José Arata fit don à la communauté, la construction, débutée le 12 mars 1853, fut retardée pendant quelques années pour manque de fonds puis interrompue à maintes reprises pour soigner des soldats brésiliens, faire face à l’épidémie de choléra ou traiter des malades de la fièvre jaune. L’hôpital fut finalement inauguré le 8 décembre 1872 puis déménagé, quelques décennies plus tard, dans un nouvel édifice afin de desservir d’autres communautés d’immigrants.

Aujourd’hui, l’Hospital Italiano est, comme à son origine, géré par une société de bienfaisance qui décide des orientations de l’établissement. Le gouvernement, qui statue uniquement sur l’accessibilité aux soins en dotant la population d’une assurance minimale, n’est en rien impliqué dans la structure de l’hôpital. La communauté elle-même établit les règles du jeu de cet environnement privé qui ne connaît pas de pénurie de médecins, mais plutôt de personnel infirmier.

« La présence de toutes les directions de l’établissement a démontré clairement la fierté de l’Hospital Italiano d’avoir été choisi par l’AMLFC en tant qu’hôpital privé », explique le Dr Toussaint. « Ils étaient honorés de nous recevoir, et curieux de connaître nos façons de faire. La société de bienfaisance qui gère l’Hospital Italiano désire signer avec l’AMLFC une entente de partenariat permettant de réaliser des projets communs selon nos expertises respectives. Leur recherche d’excellence s’inscrit dans la globalité de leur façon de faire. » Un contexte privilégié et prometteur de riches échanges auquel l’Association, semble-t-il, désire se joindre sans hésitation.

Participants au 15e CIMAM de l'AMLFC
Le système argentin à l’avant-garde
La technologie se développe à grande vitesse. Pourtant, au Québec, l’idée d’un dossier patient électronique se heurte à une réflexion qui n’aboutit à aucune solution viable et à des frais exorbitants engloutis par une intégration des systèmes informatiques continuellement à remettre à jour. Tout semble freiner les solutions qui faciliteraient la communication et le partage des données sur les patients.

À la fin des années 1990, la société de bienfaisance gestionnaire de l’Hospital Italiano a décidé, devant des obstacles similaires, d’effectuer un virage informatique en se donnant les moyens de réussir son objectif : créer des dossiers patients informatisés et transparents accessibles au réseau entier, soit l’hôpital lui-même et les nombreuses cliniques externes affiliées. Pour vaincre la résistance au changement du corps médical, les dirigeants de l’Hospital Italiano ont attaqué le problème à sa source par la création d’un programme académique spécialisé s’ajustant à ces nouveaux besoins, une spécialité en médecine interne et informatique médicale. Une astuce ingénieuse qui permettait d’infiltrer le milieu par des agents de changement persuasifs tout en lui assurant des outils adaptés et efficaces. Ces internistes informaticiens, nouveaux médecins hybrides, partagent désormais leur quotidien entre la médecine clinique et la création d’outils informatiques moulés selon les besoins concrets de la communauté médicale.

« L’Hospital Italiano est un modèle d’avant-garde et d’innovation. Imaginez : avec leurs dossiers patients électroniques, nos collègues argentins n’ont plus aucun papiers qui encombrent leur bureau, qu’un seul bloc de prescription! Tout est informatisé, respectant la confidentialité, donnant instantanément accès aux informations complètes sur le patient ainsi qu’aux tests passés, même ceux filmés ! » s’exclame avec enthousiasme le Dr Spacek. Une inspiration pour plusieurs.

La gériatrie, ou l’art de communiquer avec nos aînés
Au Québec, la proportion de personnes âgées de 65 ans et plus devrait atteindre 25 % d’ici environ 15 ans. Avec le vieillissement marqué de la population – ou simplement parce que « nous allons tous vieillir, nous serons invariablement touchés », comme le prophétisait avec sagesse le Dr Spacek – , les présentations sur la clientèle des personnes âgées ont éveillé l’intérêt des participants. Les conférenciers argentins ont présenté l’approche gériatrique de leur région en abordant les principales caractéristiques du système de soins destinés aux personnes âgées en Argentine, l’enseignement de la gériatrie à distance et le programme hospitalier de médecine domiciliaire orienté vers les patients âgés. Dans un angle complémentaire, le psychiatre québécois spécialisé en gériatrie, le Dr Arthur Amyot, s’est penché sur la psychothérapie, une donnée essentielle dans l’approche des soins aux personnes âgées.

Largement touchées par la solitude, alors qu’au Québec près du tiers d’entre elles vivent seules, la majorité des personnes âgées se considèrent en bonne santé. Celle-ci, pourtant, repose sur un environnement favorable, l’entraide et les choix individuels, comme l’expliquait le Dr Amyot. La vieillesse, qui, selon le conférencier, est beaucoup plus un état d’esprit qu’un concept chronologique, se concrétise souvent lors des pertes et des deuils vécus par une personne, minant peu à peu la conscience de soi devant l’évidence de la mort qui s’approche. Les personnes âgées ont énormément à dire et à transmettre, mais, à cause de difficultés liées à leur condition, elles sont parfois freinées dans leur communication. Une approche favorisant la compréhension du langage non verbal permettra souvent de déceler ce qu’elles essaient de nous dire. Selon le Dr Amyot, la médication n’est qu’un des moyens de traiter la vieillesse. Une présence humaine, une communication réelle, souvent, soutiendront sans comparaison les personnes âgées.

Ces médecins qui ont besoin d’aide
Les médecins sont des humains comme les autres : à cause d’événements dans leur vie personnelle ou sous la pression quotidienne des lourdes responsabilités, et malgré le mythe du héros qui leur colle encore à la peau, eux aussi peuvent s’effondrer moralement. Si tous les cas de ce genre n’aboutissent pas à des tragédies qui font la une des médias, le Dr Boucher retient « l’importance de demeurer alerte aux signaux d’alarme, tel le comportement inhabituel d’un confrère, et d’agir en lui parlant ou en le dirigeant vers l’aide appropriée ».

Chez nous, où la pression du travail est décuplée par la pénurie d’effectifs, les médecins en détresse peuvent se tourner vers le Programme d’aide aux médecins du Québec (PAMQ). En Argentine, l’Hospital Italiano s’est doté d’un programme efficace qui offre la possibilité d’hébergement aux médecins en état de crise. En outre, on mise sur la prévention : le vendredi après-midi, le personnel est invité à suivre des cours de tango, à l’initiative d’un médecin passionné de cette danse. Une idée qui a spontanément plu au Dr Boucher : « Quelle danse magnifique ! Et quelle idée intéressante de créer une activité de détente, ou tout autre projet d’art thérapeutique, pour tout le personnel. C’est certain, je vais y penser... » Prêts pour quelques pas de danse ?



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