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Parution : mars-avril 2009
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Deux passions, une vision |
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Par Claudine Auger |
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Au Lac Nominingue, petite communauté située au cœur des Hautes-Laurentides, les Lalande sont nombreux et se sont implantés dans la région depuis quelques générations déjà. S’il y reconnaît ses origines, Raymond Lalande se sent Montréalais dans l’âme. Né à Verdun, il a été pensionnaire au primaire puis au secondaire, au Collège Notre-Dame. Rejoignant sa famille sur la rive Nord de l’île afin de fréquenter le Collège Lionel-Groulx, Raymond Lalande est ensuite revenu à Montréal pour poursuivre ses études. « Je suis un véritable produit de l’Université de Montréal », ajoute en riant celui qui y fera un baccalauréat en biologie, avant d’être accepté en médecine après quatre tentatives d’admission, et de compléter son cursus par une maîtrise en andragogie. S’il a été aussi tenace devant ces refus répétitifs, c’est que Raymond Lalande désirait plus que tout pratiquer la médecine familiale. Sa mère, Cécile Lalande-Dagenais, aurait largement influencé son choix de carrière, confie-t-il : « Infirmière engagée, ma mère s’est consacrée à sa carrière dans la santé. Elle a fondé, en 1957, l’Hôpital Sainte-Rose de Laval. Plus tard, elle occupera le poste de représentante des bénéficiaires sur le Conseil d’administration de la Cité-de-la-Santé et s’impliquera activement dans les travaux de construction du CLSC. Quant à moi, j’ai vécu mon enfance dans cet univers-là, entouré de médecins généralistes. Il faut croire que j’en ai été imprégné. » Une philosophie de l’enseignement Lorsqu’il a amorcé ses études en médecine, Raymond Lalande a été scandalisé par la méthode d’enseignement : « Dans un auditorium bondé, de la théorie de 8 h 30 à 16 h! Du véritable bourrage de crâne, c’était très démotivant! Et nous ne touchions pas à un patient avant la troisième année de médecine... » Le jeune homme, qui avait beaucoup apprécié son parcours en biologie, un programme structuré au quotidien entre la théorie et la pratique, ne retrouvait plus cette confrontation si pertinente des connaissances avec la réalité. Dès cette époque, sa vision de l’enseignement s’est clairement dessinée : mettre l’étudiant devant une problématique en premier lieu, afin d’éveiller sa curiosité, puis lui présenter la théorie. Pas étonnant que dès l’apparition de l’apprentissage par problème (APP), Raymond Lalande en soit devenu un adepte fidèle et convaincu! Si l’approche pédagogique qu’il a connue est de loin révolue dans les Facultés de médecine, le souvenir du Dr Lalande demeure encore vif aujourd’hui : « Lorsque, en quatrième année, j’ai amorcé l’externat, j’avais l’impression de repartir à zéro. Pendant trois ans, j’avais garni un coffre à outils qui ne me servait à rien! J’ai donc largement appris sur le tas. Mais enfin, je trouvais le contact humain! » Une fois son diplôme en poche, n’eut été du flair d’un de ses superviseurs, le jeune Dr Lalande se serait dirigé vers une carrière de clinicien à Laval. Mais, décelant chez le jeune homme des préférences et des talents dont lui-même ignorait encore l’existence, le L’objectif ultime : l’éducation aux patients Rapidement, dès le début de sa pratique, le Dr Lalande a réalisé que les médecins ne possédaient pas de formation adéquate pour éduquer leurs propres patients. Et dans le cas des maladies chroniques, de plus en plus fréquentes, qui exigent habituellement des changements d’habitude de vie incontournables, les médecins peuvent être démunis devant « des patients accoutumés à tendre le bras pour une piqûre » destinée à les sauver, sans plus d’efforts à fournir. Tout à sa réflexion sur l’éducation aux patients, d’ailleurs devenu un de ses champs d’expertise, le Dr Lalande a spontanément été intéressé par le modèle d’intervention SVP Sait-il? Veut-il? Peut-il? développé pour un programme de santé publique par un collègue en santé communautaire, le Dr Alain Rochon. Ensemble, ils ont adapté le modèle SVP, tout aussi pertinent pour la médecine familiale que pour la pédagogie en général. Tout au long de son parcours, le Dr Lalande aura ce souci de lier ses deux passions, la médecine et la pédagogie. Pour cette raison, il demeurera attaché à la Faculté de médecine où, de fil en aiguille, il se verra proposer différentes responsabilités pédagogiques, parallèlement à sa pratique clinique et aux postes de gestion qu’il occupera successivement à la Cité-de-la-Santé de Laval. Notamment, il dirigera le programme de résidence en médecine familiale, « une occasion que je ne pouvais pas manquer malgré le fait que je mettais une croix sur ma carrière de chercheur », un poste qui lui a permis de présider la révision complète du programme. Alors que le rapport de ce projet d’importance devait être déposé quelques mois plus tard, le Dr Lalande s’est vu offrir le poste de vice-doyen aux études médicales de premier cycle, à la formation professionnelle continue et au développement de l’enseignement, un poste qui l’impliquera huit ans durant auprès des étudiants en médecine. Application concrète de pédagogie Un des premiers mandats qu’il s’est vu octroyer dès son entrée en fonction en tant que vice-doyen a été la création d’un programme d’études en sciences biomédicales. Devant la concurrence plus ou moins subtile entre les deux Facultés, celle de médecine et celle des arts et sciences, pour le mérite d’un tel projet, la formation en biologie du Dr Lalande a probablement contribué à apaiser les tensions. Quant à lui, l’essentiel était de travailler de concert pour forger rapidement un programme de qualité, il ne restait que six mois avant la rentrée des classes! Pour Raymond Lalande, la vision pédagogique demeurait tout aussi claire : un savant mélange de réalité pratique et de théorie. En outre, il souhaitait que tous les cours du nouveau programme s’intègrent les uns aux autres, d’où l’importance d’un échange ouvert entre les enseignants afin que les étudiants puissent tisser des liens au long de leur apprentissage. La flexibilité, par ailleurs, restait de mise : le programme s’ajustait au fur et à mesure, selon les commentaires des professeurs et les besoins des étudiants. Délocaliser tout un programme Toujours à l’affût d’initiatives pédagogiques favorisant la formation d’une relève qui peut répondre aux besoins de la population en matière de soins de santé, Raymond Lalande sait reconnaître des occasions dans le hasard des circonstances qui se présentent. Ainsi, en 2003, lorsqu’un médecin de Trois-Rivières l’a contacté pour développer une affiliation universitaire, le vice-doyen de l’Université de Montréal, en visitant les installations de l’endroit, a rapidement compris les possibilités de soutien aux régions, tout comme les bénéfices que l’Université de Montréal pourrait en tirer. L’idée du Dr Lalande était simple : former une cohorte d’étudiants en Mauricie en leur permettant des stages optionnels à Montréal, mais dont toute la formation, du début à la fin, serait délocalisée dans le secteur de Trois-Rivières et de Shawinigan. On espère ainsi créer de l’intérêt pour la médecine en région. Le programme, un succès de collaboration et d’appui des hautes instances, verra ses vingt-quatre premiers étudiants obtenir leur diplôme en juin 2009. Aujourd’hui, le programme accueille une quarantaine de candidats par cohorte et un pavillon de l’Université de Montréal est en construction, annexé à l’Hôpital de Trois-Rivières. Le projet a également mené à l’implantation de deux unités de médecine familiale, une à Trois-Rivières et une à Shawinigan. Fièrement, le Dr Lalande conclut : « La Mauricie est un laboratoire. On fait ça pour les régions! ». Les défis de la procédure d’admission en médecine Alors qu’il était encore vice-doyen, le Dr Lalande a dirigé la révision de la procédure d’admission en médecine. Le processus actuel est le suivant : une première sélection à partir des notes la fameuse cote R et en second lieu, une entrevue, pour les candidats se démarquant par une cote R de 34 et plus, soit une moyenne frôlant la perfection. Le Dr Lalande conclut que la procédure suivie est globalement adéquate, mais des interrogations sur les entrevues individuelles ont mené à proposer l’adoption d’une nouvelle formule, les MEM (mini-entrevues multiples). Cette formule, mise en place originellement à l’Université McMaster (en Ontario), est actuellement à l’étude dans toutes les Facultés québécoises. Devant la montée fulgurante des femmes en médecine, et tout en reconnaissant les compétences et l’approche différente qu’elles apportent et dont bénéficient tant les patients que les collègues, il est légitime de s’interroger sur les causes de la féminisation de la profession. On le sait, les filles performent mieux que les garçons dans un système scolaire auquel elles semblent mieux adaptées puisque déjà, lors des études collégiales, les garçons s’orientent davantage vers les techniques. En outre, les statistiques le soulignent depuis des années : les garçons sont les plus nombreux candidats au décrochage... Ainsi, avec leur dossier scolaire impeccable, les filles sont davantage convoquées en entrevue lors du processus d’admission en médecine, entrevues où, là encore, elles se démarquent souvent par leur plus grande maturité, un raisonnement mieux construit et de meilleures aptitudes en communication. En fait, selon le Dr Lalande, pour égaliser le ratio garçons-filles lors de la procédure d’admission, il faudrait abaisser la cote R à moins de 30... Mais avec plus de 700 personnes convoquées en entrevue chaque année, il faut plutôt repenser le processus. Selon Raymond Lalande, il est important de permettre à ces étudiants, dont les résultats sont excellents mais qui sont éliminés d’emblée, d’avoir leur chance d’être reçus en entrevue. Il faut dans ce cas diminuer la cote R ce qui signifie une augmentation des entrevues. La seule manière de répondre à ce surplus d’entrevues serait de centraliser les demandes d’admission. Un processus central qui impliquerait toutes les Facultés de médecine du Québec permettrait d’élargir le bassin d’entrevues, qui ne seraient plus dédoublées. « Sur ce dossier, nous, les représentants des différentes universités, collaborons étroitement et j’estime que d’ici cinq ans, cette question devrait être réglée. » Ébauche d’un portrait de la relève Puisqu’il la côtoie de si près, la tentation était grande de demander au vice-recteur de tracer un portrait des futurs médecins qui bientôt nous soigneront. « Ils sont hyperautonomes, particulièrement individualistes et très exigeants par rapport à ce qu’on leur offre. Ils possèdent également un sens critique élevé et souhaitent être largement impliqués à tous les niveaux, ce qui parfois complique la donne puisqu’ils veulent être partenaires et consommateurs des décisions prises. » Selon lui, les étudiants en médecine sont brillants et travaillants, même si plusieurs défendent avec vigueur leur qualité de vie et que « certains ne veulent pas faire de garde... à une époque, on n’aurait jamais soulevé la question! ». En fait, le seul reproche qu’il leur fait, c’est leur manque de collaboration quant au financement de leurs études. « Sur ce point, certains étudiants sont très fermés. Ils veulent la meilleure formation, mais quand on leur demande de contribuer, ils montent aux barricades! Pourtant, la médecine est une profession privilégiée et un salaire qui, dès le départ, qui permet de rembourser rapidement les prêts étudiants. Je suis tout à fait à l’aise avec des frais de scolarité modulés selon les programmes. » La vision du Dr Raymond Lalande a le mérite d’être claire. |