Parution : mars-avril 2009

Mélissa Larue
Représentante de la relève
 

Par Claudine Auger



Mme Mélissa Larue
De l’énergie à revendre
Une rencontre avec Mélissa Larue permet de comprendre qu’elle a largement absorbé l’air salin et vivifiant du Bas-du-Fleuve, sa région natale : la jeune femme de vingt-quatre ans porte en elle une énergie condensée, débordante, aisément palpable. Une énergie qui, depuis qu’elle est toute petite, la pousse comme le vent du large sur un chemin qu’elle entend bien tracer elle-même.

Native de Rimouski, Mélissa Larue a été élevée par sa mère, secrétaire pour la Sûreté du Québec. Dès l’âge de six ans, elle chausse des patins et entre sur la glace, sans craindre les sauts les plus périlleux.

Le patinage artistique fera partie de la vie de son enfance et au secondaire, alors qu’elle s’inscrit au Programme d’étude international (PEI), elle poursuit son entraînement avec autant de détermination que les étudiants du programme Sport-études. La jeune femme, qui se décrit comme peu organisée, avoue en riant avoir tendance à remplir son agenda pour s’obliger à la discipline! « Une fois toutes ces activités inscrites à mon horaire, je n’ai pas le choix d’y aller ! »

En outre, parallèlement à ses études, à son entraînement sportif et à son intérêt pour le théâtre, elle consacre près de trois cents heures par année à des activités de bénévolat, dont le soutien à une fillette atteinte de paralysie cérébrale. Car pour Mélissa Larue, s’impliquer va de soi : « À la base, j’aime les gens, j’aime les relations interpersonnelles. »

Alors qu’elle a longtemps rêvé de devenir enseignante du primaire, dans un cours de biologie du troisième secondaire, elle vit une expérience capitale : la dissection d’un œil de bœuf. C’est décidé, elle deviendra optométriste!

Le cégep, un tunnel sombre
Les yeux clairs de Mélissa Larue s’assombrissent un moment lorsqu’elle aborde ses souvenirs du cégep. C’est vrai qu’avec quarante heures de formation en patinage artistique et d’entraînement personnel en plus du programme en sciences, l’horaire de la semaine est probablement lourd à tenir. Et puis, « les sciences, au cégep, c’était trop compétitif! C’était malsain! », s’enflamme la jeune étudiante en médecine, qui ajoute que la compétition est tout aussi présente en médecine, mais qu’à 24 ans, elle a davantage de recul.

En fait, le passage au cégep est d’autant plus difficile qu’elle se sent vulnérable après avoir vécu un conflit pénible avec un professeur lors de sa dernière année de secondaire. « Jai une forte personnalité, je dis ce que je pense. Je prends de la place, je le sais. Habituellement, je ne laisse pas les gens indifférents : on m’aime ou on ne m’aime pas », explique la jeune femme d’une voix tranquille et étonnamment douce pour ce tempérament passionné. Mais ces quelques années éprouvantes la mèneront avec force vers la prochaine étape.

Ottawa, surprenant coup de foudre!
C’est à l’Université d’Ottawa que Mélissa Larue décide d’envoyer ses demandes d’inscription en technique ophtalmique, en sciences biopharmaceutiques et en physiothérapie. En fait, elle a été charmée par ce qu’elle a entrevu de cette université lors de la visite de son kiosque présent à la foire destinée aux cégépiens. Son avenir dans le domaine de l’ophtalmologie semble des plus incertains : son dossier a été égaré. Acceptée en physiothérapie, elle accepte l’aventure.

« Alors que tous mes amis allaient étudier à Montréal, je partais seule à Ottawa. Le campus était beau, les résidences, spacieuses. Dans cette ville propre, tranquille, où j’entendais toutes les langues, je me suis sentie déstabilisée. J’ai adoré Ottawa! », confie la jeune femme qui n’a rien perdu de son enthousiasme. « Pourtant, continue-t-elle, les anglicismes sont partout, la menace pour le français est réelle ». Et là, dans la capitale bilingue, la Rimouskoise s’est éveillée à l’importance du français. Un constat qu’elle porte désormais en elle, une cause qui lui est devenue chère.

À l’été de sa troisième année d’études, elle obtient un travail de recherche en neurosciences auprès du Dr François Tremblay, professeur agrégé de l’Université d’Ottawa. « C’est un homme déstabilisant avec qui j’ai adoré travailler. Et j’ai découvert que j’avais un grand intérêt pour la recherche. » Pourtant, à la veille d’obtenir son baccalauréat en physiothérapie, Mélissa Larue était moins certaine que jamais de désirer travailler dans ce domaine. « En physiothérapie, on apprend énormément de choses qu’on ne pourra pourtant pas utiliser sur le terrain. En fait, on est toujours dépendant des médecins, c’est un peu frustrant. » En outre, explique-t-elle, elle craignait ne pas avoir la force pour un travail aussi exigeant physiquement que la physiothérapie pédiatrique, son principal champs d’intérêt. Captive de ses hésitations, un ami proche lui suggère la médecine. Elle n’y avait jamais vraiment songé... 

En route vers la médecine
Parallèlement à une inscription à la maîtrise à Ottawa, Mélissa Larue prépare donc son dossier pour les Facultés de médecine du Québec, avec une hâte sincère pour les entrevues : « C’est une expérience à vivre!!! » Puis elle complète son baccalauréat en physiothérapie et trouve un emploi d’été en pédiatrie à Saint-Jean-sur-Richelieu. Entre-temps, elle est acceptée en médecine à l’Université Laval. Elle prend le temps nécessaire à la réflexion : « J’avais un emploi et une maîtrise qui m’attendaient à Ottawa et l’occasion de poursuivre à Saint-Jean-sur-Richelieu... retourner aux études en médecine supposaient de nombreux sacrifices... »

Pour la jeune femme qui n’a pas froid aux yeux, le péril est tentant et elle emménage bientôt à Québec. Passionnée par son nouveau cursus, les premiers mois sont néanmoins difficiles émotivement. Ottawa lui manque mais son expérience lui sert : « J’ai moins besoin de performance. J’ai appris à avoir un meilleur équilibre et à dormir! »

À écouter l’étudiante en médecine, on discerne un mélange d’excitation et de tension : « On s’attend à ce que nous soyons des surhumains! Même si nous savons que nous serons médecins, c’est beaucoup de pression. Et d’incertitude, surtout en ce qui concerne la résidence. » Pour Mélissa Larue, qui rêve de neuropédiatrie, l’inquiétude est sous-jacente. Par contre, en femme de ressources, elle a déjà des plans de rechange et songe à la pédiatrie : « Mais je ne veux pas travailler avec des enfants sains, je veux aider les enfants vraiment malades, rencontrer des syndromes que je ne connais pas. » Car plus qu’autre chose, Mélissa Larue cherche à sortir de toute zone de confort.


Mme Mélissa Larue et son filleul Philippe, âgé de neuf ans
SEXPERTS, pour démythifier la sexualité
Partageant les fonctions avec Charles Rhéaume, également étudiant de première année en médecine, Mélissa Larue est vice-présidente pédagogique pour SEXPERTS-LAVAL, organisme chapeauté par le COMITÉ SANTÉ SEXUELLE et IFMSA-Québec. C’est un projet qu’elle défend avec passion, dont la raison d’être est d’offrir des ressources d’éducation sexuelle dans les écoles secondaires afin de pallier l’absence de cours didactiques sur ce délicat sujet.

En 2005, un groupe d’étudiants en sciences de la santé de l’Université McGill décide de mettre leurs forces en commun pour la mise sur pied d’un comité dont le principal objectif est de sensibiliser et d’outiller les adolescents quant à la santé sexuelle. Le programme de sensibilisation, désormais présent dans toutes les Facultés de médecine au Québec, se déroule dans les écoles secondaires et les présentateurs SEXPERTS, par une approche interactive, abordent avec dynamisme des sujets tels que l’hypersexualisation, les ITSS – dont l’augmentation est fulgurante –, la contraception, les relations de couple, l’homosexualité ou la grossesse, entre autres. Le but de ces présentations est de permettre aux jeunes d’obtenir de l’information de qualité et d’encourager une plus grande responsabilisation de leur part concernant leur sexualité.

Concrètement, Mélissa Larue explique que les groupes visités ont droit à deux rencontres : « D’abord, nous nous présentons comme des universitaires, et non comme des étudiants en médecine, afin de ne pas créer de préjugé. Nous ne sommes surtout pas là pour leur faire la morale! La première rencontre permet d’établir le contact et de conscientiser les jeunes aux risques possibles afin qu’ils puissent faire des choix éclairés. Lors de la deuxième rencontre, nous touchons à des sujets plus difficiles, souvent tabous, par des mises en situations et par des jeux. Les professeurs coopèrent très bien et les jeunes sont fascinants à côtoyer! » L’étudiante en médecine est très fière de souligner que l’an prochain, son comité visitera des jeunes de Rimouski, puisque le projet qu’elle a présenté au conseil de gestion de l’école secondaire Paul-Hubert vient d’être accepté.

« Miroir, miroir, dis-moi qui nous sommes? »  C’est dans l’air du temps. Comme tous les jeunes de leur génération, pour les futurs médecins, la qualité de vie est fondamentale, confirme Mélissa Larue. Mais au-delà de la quête du bien-être et autres exigences pécuniaires, la jeune étudiante en médecine soulève un enjeu qui pourrait changer fondamentalement l’univers de la santé : « Notre génération va travailler à remettre en perspective la façon de pratiquer. Il faudra laisser une ouverture beaucoup plus grande et flexible aux autres professionnels de la santé afin de définir une meilleure collaboration interdisciplinaire. »

En effet, tout comme elle, qui détient un baccalauréat en physiothérapie, nombre de ses collègues ont déjà approché le milieu médical d’une manière ou d’une autre, favorisant un regard différent, plus flexible et dont sera teintée leur approche globale. Avec passion, Mélissa Larue conclut : « C’est le patient qui y gagnera! Tout le système de la santé serait tellement plus efficace! »

Quant au reste, elle s’arrête un instant avant de tracer un autoportrait de la relève, un peu inquiète tout de même que le fait de généraliser fasse perdre quelques nuances. « Je crois que la plupart des étudiants en médecine sont là pour les bonnes raisons. Et ils ne sont pas aussi individualistes qu’on le laisse croire : entre nous, nous nous entraidons, les étudiants de deuxième année sont toujours prêts à nous donner un coup de pouce. La relève est dynamique, elle voudra changer les choses, faire bouger les standards. Je ne suis pas la seule à avoir envie d’être déstabilisé! », dit-elle dans un sourire.

L’AMLFC, un engagement convaincu
Alors que depuis son passage à Ottawa, elle se définit davantage comme francophone plutôt que comme Québécoise, Mélissa Larue a pris pleinement conscience de l’importance de se faire servir en français. Et elle trouve essentiel de sensibiliser les Québécois, comme tout le reste des Canadiens, à cette réalité : « Il y a des francophones isolés un peu partout à travers le pays, on n’y pense pas assez! » Forte de ces convictions, elle a joint les rangs de l’AMLFC, souhaitant que celle-ci se fasse davantage connaître auprès des étudiants : « Moi-même, jusqu’à maintenant, en tant que représentante étudiante de l’Association, je ne me trouve pas très utile... » Pourtant, elle croit qu’il y a beaucoup à faire pour construire des liens et créer des échanges à travers la francophonie. Que la voix de cette étudiante pétillante soit entendue!