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Parution: janvier-février 2009
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| Les voyages forment… le médecin |
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![]() Le Dr Michel Arcand |
Du Rhode Island au… Rhode Island, en passant par le Québec, l’Illinois et l’Oklahoma, l’itinéraire du Dr Michel Arcand pourrait être qualifié d’éclectique. On peut dire que dans son cas, le voyage aura formé… le médecin. Pourtant, à travers tous ces changements, c’est de continuité dont il nous parle, celle de la santé en tout premier lieu.
Tout est lié
Cette continuité, il la perçoit comme un tout. C’est ainsi qu’il explique que les ennuis de santé sont souvent la conséquence d’une suite de problèmes qui dégénèrent : si on ne règle pas le premier, les choses peuvent s’aggraver. « Lorsque quelqu’un souffre d’un problème à l’épaule, par exemple, et que cela l’empêche de continuer à travailler, il peut s’ensuivre des complications qui commencent par de mauvaises habitudes de vie, le manque d’exercice, une dépression, un début d’embonpoint, tout cela menant ensuite au diabète pour certains et ainsi de suite. »
Pour ce chirurgien orthopédiste, tout est lié. Il associe même son choix de pratique à sa passion pour le bricolage : « J’ai toujours aimé tout ce qui touche à la mécanique. J’ai tout simplement appris à bricoler dans des espaces plus restreints! » résume-t-il avec enthousiasme. « L’orthopédie est la seule discipline médicale où l’on peut utiliser des outils comme des perceuses… Le corps humain est doté de sa propre mécanique. L’organisation des muscles et des os, les forces qui président à leur fonctionnement, la manière dont ces éléments se rattachent… Tout cela est extrêmement intéressant! Et il n’y a pas de routine puisqu’une même problématique (fracture de la hanche, par exemple) ne se répète jamais exactement de la même façon. La variété de ce travail est infinie et implique aussi une gestion serrée des risques : c’est franchement passionnant! »
Le Dr Arcand est convaincu de l'interdépendance de l'esprit et du corps et de la globalité de la santé. « Si le genou ne fonctionne pas bien, il faut néanmoins faire de l'exercice pour que le cœur continue d’être en bonne santé. » La continuité, toujours. « À partir du moment où l’on cesse de percevoir la santé dans son ensemble, où l’on commence à la morceler, le cercle vicieux peut s’installer. Un patient souffre d’arthrite? Est blessé au bras ou à la jambe, entraînant une inactivité plus ou moins longue? Il est alors facile de focaliser sur le membre atteint et d’oublier la santé du reste du corps. L’inactivité peut mener à la dépression, à l’envie de manger plus que de raison, à une prise de poids importante et entraîner l’arrivée de maladies cardiovasculaires. Une fois ce rythme installé, il est difficile de freiner la spirale. »
Le Québec
Aux États-Unis, il faut d’abord être détenteur d'un baccalauréat pour pouvoir s'inscrire à des études de médecine. Michel Arcand a choisi d’étudier à la même université que sa sœur, à Manchester dans l’État du New Hampshire. Il est en effet fréquent de faire son bac dans un État différent de celui où l'on habite. Cela permet de prendre un peu de recul et de s’ouvrir à autre chose. « J’ai opté pour un baccalauréat en art, ce qui aurait pu s'apparenter à l'époque à une mineure en français avec une spécialité en biologie. Cette matière me plaisait, et de là, je me suis lancé dans des études de médecine. J’avais une bonne idée de ce que la médecine impliquait, mon père et ma sœur étant du milieu. J’ai été admis à la fois dans une école américaine (dont les seuls frais de scolarité étaient faramineux : 26 000 $ US par an) et à l’Université Laval. Même pour un étudiant étranger, cela coûtait trois fois moins cher d'étudier au Québec! J'ai donc fait médecine à l’Université Laval. J'ai poursuivi ma formation médicale au Rhode Island et j’ai fait mon internat en chirurgie générale à l'Université Brown de Providence, toujours dans le Rhode Island. »
Sa venue au Québec n’a pas dépaysé le Dr Arcand. En effet, son père est Américain, mais sa mère vient de Québec. Il garde d’heureux souvenirs de ces années où, enfant, il venait à Québec avec ses parents pendant les fêtes de Noël et en été. « Je n’ai pas eu à m’adapter au Québec lorsque j’y suis venu étudier la médecine. Par contre, j’ai dû apprendre à maîtriser le français parlé. On ne le réalise pas toujours, mais il y a souvent une nette différence entre la façon dont le français est écrit et parlé. Alors qu’en anglais, comme dans plusieurs autres langues, cette différence est bien moindre ou quasi inexistante. » Quant à ses propres enfants, ils sont nés aux États-Unis mais parlent tous et l’anglais et le français.
À cette époque, les nombreux voyages du Dr Arcand ne faisaient que commencer. Après quelques années, il est venu à Montréal pour y étudier l'orthopédie. « Pendant quatre ans! Je m’étais inscrit au programme Édouard Samson de l'Université de Montréal et ma formation a eu lieu à l’Hôtel-Dieu, à Maisonneuve-Rosemont, à Sainte-Justine et à Sacré-Cœur. J'ai beaucoup apprécié mon séjour à Montréal. C'est une ville où l'on aime se perdre, se mêler aux gens, où il fait bon flâner pour le plaisir. Il est très agréable d’y entendre tous les accents des gens de différentes cultures… »
À la suite de ces quatre années, le Dr Arcand s’est vu offrir un poste à l'hôpital Maisonneuve- Rosemont, pour lequel toutefois il lui fallait d’abord se surspécialiser, ce qui impliquait encore deux ans de formation. « Je suis alors retourné aux États-Unis. D’abord à Dallas, où j’ai étudié la chirurgie de l’épaule et ensuite à Chicago, pour me spécialiser en médecine sportive. »
Les États-Unis
Tous ces allers-retours entre les États-Unis et le Québec auront permis au Dr Arcand et à sa famille de découvrir de multiples styles de vie, des points de vue différents et parfois divergents, bref à élargir leurs horizons. Avant de s'installer sur la côte de l'Atlantique, le Dr Arcand a vécu quatre ans à Oklahoma City. Il s’est aussi installé pendant six mois à Châteauguay alors qu’il attendait d’obtenir son permis d’exercice du Rhode Island.
D’emblée, cependant, il tient à rétablir les faits : « Il est vrai qu’ici (aux États-Unis), de façon générale, les salaires sont plus élevés qu’au Québec; toutefois, le coût de la vie l’est également. Proportionnellement parlant, il n’y a pas de différence majeure avec le niveau de vie que l’on trouve au Québec. Par contre, il y a quelques exceptions et il existe des différences notables dans certains États. Ainsi, en Oklahoma, les salaires sont importants et le coût de la vie est peu élevé. En Nouvelle-Angleterre, c’est sur le plan culturel que l’on note les différences d’avec le Québec. Quant au cœur des États-Unis, il est imprégné de religion. » Cette omniprésence de la religion influe même sur le dialogue médical, nous dit le Dr Arcand. « On arrive à mieux faire comprendre certaines choses à un patient en employant des termes religieux. Une maladie, un traitement ou la nécessité d'une opération chirurgicale sont mieux compris si l'on est à même de considérer la spiritualité du patient. »
Aujourd'hui, le Dr Michel Arcand et sa famille vivent à Cumberland, une charmante petite ville du Rhode Island située tout près du lieu de pratique du Dr Arcand (Pawtucket), et à seulement cinq heures de route du Québec.
Modeste, il conclut en mentionnant que toutes ces expériences, toutes ces rencontres lui ont permis de constater qu’aussi fort soit son désir d’apporter un changement positif dans la vie de ses patients, c’est d’abord de respect pour la différence et d’écoute que se doit d’être tissée sa pratique médicale.
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