Mot du président
Reconceptualiser le rôle du médecin de demain, un enjeu actuel!

Parution: janvier 2009


Le Dr Sébastien Toussaint
La valorisation de la pratique médicale est au cœur des valeurs de l’AMLFC. Lorsqu’on aborde ce sujet comme ce fut le cas avec la récente proposition de la FMOQ d’une politique nationale sur la médecine familiale, on se sent tout aussi concerné.

D’abord, il y a lieu de comprendre deux facteurs importants qui ont contribué à la baisse de popularité de la médecine familiale : la dévalorisation de la médecine familiale et le contexte social et culturel qui prévaut.

La dévalorisation de la pratique en médecine familiale et, du même fait, le dénigrement de la médecine familiale sont des phénomènes insidieux et chroniques résultant bien souvent de l’effet du système d’enseignement lui-même plutôt que des individus. Les étudiants, qui ne côtoient pas ou peu les médecins de famille sur les bancs des universités ou lors de leurs stages, sont immergés dans une culture où est enseigné au premier plan le rôle de l’expert médical. Bien que le cursus ait été modifié considérablement au cours des dernières années et que les concepts CanMEDS y aient été intégrés, il demeure que les étudiants sont majoritairement en contact avec des médecins spécialistes. Lors du sondage national 2007 des médecins, 43,9 % des résidents en spécialité ont reconnu l’influence d’un mentor dans le choix de leur discipline contre 25,9 % pour les résidents en médecine familiale.

Si le système d’enseignement influence la destinée d’un étudiant en médecine, l’impact du contexte social et culturel est tout aussi important. À cet égard, les futurs médecins ne font pas bande à part. La qualité de vie et le conjoint sont maintenant au premier rang de leurs préoccupations. Cependant, dans cette perspective, la médecine plus « générale » est perçue comme moins rassurante et attrayante. Si ce phénomène semble avoir alerté les instances pour ce qui est de la médecine familiale, il faut savoir que les spécialités sont aussi concernées : 50,1 % des résidents en spécialité désirent s’inscrire à un programme de perfectionnement et 40,6 % prévoient se surspécialiser.

Ces deux facteurs contribueront à dessiner le portrait de la profession dans le système de santé de demain. La pénurie actuelle de main-d’œuvre médicale nous incite à reconceptualiser rapidement le rôle du médecin de demain. La pratique plus « générale » en médecine familiale doit être revalorisée pour attirer davantage de candidats et renverser la tendance. Les discussions sur les enjeux du médecin de famille devraient s’étendre au milieu spécialisé « général », qui semble lui aussi confronté à des enjeux préoccupants. Leurs rôles respectifs de coordination et de prise en charge devraient probablement évoluer d’un modèle plus conventionnel de fournisseur de soins vers un modèle plus stratégique de prise de décisions et d’interventions ciblées, laissant place à d’autres professionnels pour agir en collaboration. L’accessibilité aux plateaux techniques, aux ressources informationnelles et aux autres professionnels est au cœur de cette stratégie.

Ainsi, l’exposition précoce aux médecins de famille, la décentralisation des programmes de formation et des stages, et l’accès à des stages obligatoires en médecine familiale en début de formation, tel qu’énoncé par divers intervenants, entraîneront assurément des retombées positives en médecine familiale. La même logique devrait prévaloir dans les disciplines plus « générales » en médecine spécialisée. Nous pouvons également penser à cette même équation pour les nouveaux modèles de pratique (GMF vs GMS), voire les modèles d’enseignement (UMF vs UMS)

Finalement, les étudiants et résidents en médecine doivent être en mesure d’apprécier eux-mêmes les avantages des nouveaux modèles de pratique. Qui plus est, ils ont besoin de « médecins modèles » auxquels s’identifier. Dès le début de leurs études, ils amorcent leur réflexion sur leur choix de carrière. Une fois à l’externat, ils examinent de plus près les diverses disciplines disponibles, mais encore faut-il qu’ils aient eu la chance d’établir des contacts. Le rôle d’un mentor peut alors s’avérer déterminant. Pour sa part, l’AMLFC entame l’année 2009 avec pour but d’explorer des modèles de mentorat pour les étudiants en médecine et s’inscrire dans le continuum de la valorisation de la pratique médicale. Plusieurs médecins passionnés, en pratique active ou à la retraite, pourraient jouer ce rôle décisif et combien gratifiant. Le réseau Internet serait probablement un excellent moyen pour les étudiants d’être en contact avec ces médecins de toutes disciplines, ayant des profils de pratique différents et provenant de régions et de milieux de pratique divers.

Dr Sébastien Toussaint
Président de l'AMLFC