Mot du président
La cause environnementale : prévenir plutôt que guérir
1re partie
Parution: juin 2008


Le Dr Jean-Marie Martel
Devant l’évidence, la cause environnementale trouve de plus en plus de défenseurs. À tout le moins, d’oreilles intéressées. Les dommages infligés à notre planète bleue, indéniables et si difficilement réversibles, se répercutent sur le quotidien de son principal bourreau : l’homme. Outre son milieu de vie, sa santé est directement affectée. Afin d’y voir un peu plus clair, je me suis entretenu avec M. Philippe Bourke, directeur général du Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec (RNCREQ).

Parce que voir, c’est croire
Les 107 plans et cours d’eau contaminés aux algues bleues recensés par le ministère de la Santé à l’été 2007 ont frappé l’imaginaire. D’autant plus fort que cette eau, visqueuse et d’une teinte anormale, preuve irréfutable de sa pollution, se détecte d’un simple regard. Nul besoin d’être environnementaliste pour tirer des conclusions! « Les algues bleues, c’est un impact psychologique instantané, explique Philippe Bourke, parce que c’est visuel : l’eau change de couleur. Et, outre le danger immédiat pour la santé, les gens sont affectés directement, surtout s’ils désirent profiter de leur propriété au bord de l’eau. Alors, ils réagissent et se mobilisent! »

Le fardeau de la preuve
Qu'elles soient directes ou plus sournoises, les conséquences de la dégradation de l’environnement sur la santé abondent. Ainsi en est-il des changements météorologiques (déplacement de populations, dommages à l’infrastructure de la santé publique, maladies zoonotiques et à transmission vectorielle), de la pollution atmosphérique (asthme, maladies respiratoires, cancer), de la contamination de l’eau et des aliments (diarrhée, intoxications) et de l'affaiblissement de la couche d’ozone (cancer de la peau, cataractes, perturbations immunitaires).

Malheureusement, comme le souligne Philippe Bourke, « comment prouver que ces problématiques sont directement reliées à la pollution et aux changements climatiques? » En effet, le lourd fardeau de la preuve implique de longues recherches, coûteuses à réaliser dans un contexte d’une insaisissable mouvance et d’une implacable exigence de rentabilité.

« On carbure à la réparation, non à la prévention », constate avec désolation le directeur général du RNCREQ. Il ne baisse pas les bras pour autant, travaillant avec conviction à la mission de l’organisme qu’il dirige et dont le principal objectif consiste en l’avancement du débat public sur l’environnement. Un organisme – et tous ceux visant la protection de l’environnement – essentiel à soutenir, à écouter. Comme les qualifient les Français (en référence à un article du journal Le Monde, 1er avril 2008), ils sont des
« lanceurs d’alerte » qui favorisent la prise de conscience et permettent d’éviter la rétention d’information.

Une voie sûre pour le long terme : la prévention
Ce qui nous manque désespérément, c’est une vision à long terme. Néanmoins, qu’ils soient ou non éveillés à la cause, les médecins se tournent de plus en plus vers la prévention : salles d’attente pleines à craquer obligent! Débordés, interpellés de toutes parts, ils cher-chent des moyens de freiner les maladies.

Quant à lui, Philippe Bourke souhaite que la recherche médicale s’organise davantage autour des impacts environnementaux. Car, force est de le constater, peu de projets visent la prévention. L’investissement majeur concerne le traitement. C’est plus payant... dans l’immédiat. Les étudiants en médecine doivent être incités à la recherche active impliquant l’environnement – sa protection
durable – et les effets sur la santé. Il espère même plus : la création d’un groupe de médecins indépendant pour réfléchir à la situation et optimiser les avenues de la recherche dans la prévention de la santé en regard des impacts environnementaux. Philippe Bourke se propose volontiers pour soutenir une telle alliance!

Dans mon prochain Mot sur l’environnement, je poursuivrai cette réflexion, explorant davantage les enjeux à long terme ainsi que le rôle essentiel que nous, médecins, pouvons jouer. Car notre voix peut porter loin...

Dr Jean-Marie Martel
Président de l'AMLFC

En collaboration avec Claudine Auger