Mot du président
Un grand tourbillon
Le TDAH - 2e partie |
Parution: avril 2008
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Le Dr Jean-Marie Martel
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Je souhaite, dans ce deuxième
Mot sur le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH), vous mener sur le terrain : comment les gens atteints de cette problématique vivent-ils leur quotidien?
À leur insu, de père en fils
Leur monde s’effondre lorsqu’on annonce à des parents que leur enfant est atteint d’un trouble de santé. Dans le cas du TDAH, le fait que ce verdict explique les nombreuses embûches que vit leur enfant n’allège pas leur tâche, plus lourde que la normale. Et s’ils sont soulagés d’avoir enfin trouvé la cause de ce comportement dysfonctionnel, il peut être difficile d’admettre le facteur d’héritabilité du TDAH. Retrouver ses propres souffrances chez son enfant demeure éprouvant. En outre, les techniques compensatoires développées au fil du temps risquent de dissimuler le trouble qui, pourtant, apporte son lot de difficultés.
« Mon médecin de famille, qui me traitait pour dépression, arrivant d’une conférence sur le TDAH a reconnu mes symptômes. C’était la première fois que ça me sautait aux yeux! Et dire que mes propres enfants étaient diagnostiqués... Je n’avais pas fait le lien, je ne m’étais pas reconnue! » raconte la Dre Johanne Plante* qui, pendant des années, a subi ce « corps qui n’arrivait plus à suivre (sa) tête ».
Quant à Sophie Martel, psychoéducatrice qui a fait du TDAH son champ d’expertise, elle éprouve une profonde tolérance à l’égard de cette problématique et demeure convaincue que « l’espérance est dans la reconnaissance précoce ». Elle parle de résilience et de l’importance de mettre en valeur les forces de ces individus : sensibilité, créativité, vivacité d’esprit, énergie débordante. Il s’agit de leur fournir l’outillage permettant d’exploiter ce potentiel. Elle souligne également qu’outre le soutien de la médication, l’approche thérapeutique doit s’appuyer sur les larges possibilités offertes par la psychoéducation quant au remodelage du comportement selon les besoins particuliers de chaque enfant.
Vivre le tourbillon... au quotidien
L’impatience engendrée par l’impulsivité et la difficulté à se contenir contribuent à créer un climat propice aux conflits, tant dans la relation avec l’enfant qu’avec les autres. On note d’ailleurs un taux de divorce plus élevé chez les adultes atteints de TDAH. Selon le Dr Martin Gignac, pédopsychiatre traitant de nombreux cas de TDAH, le fait qu’un parent soit lui-même atteint du trouble risque de complexifier le rapport avec l’enfant. « Il est déjà exigeant de vivre avec un enfant normal, imaginez la turbulence engendrée par le comportement d’un enfant atteint de TDAH! » explique le spécialiste. En outre, le parent qui souffre de déficit d’attention peut se sentir menacé face à la détresse de son enfant; il est sans cesse ramené à sa propre impuissance. Ce deuil de la normalité, passage obligé, le met face à ces mises en échec régulières qu’il a dû vivre lui-même et contre lesquelles, pour survivre, il s’est façonné une carapace au fil du temps. Mais, à l’horizon d’un traitement adapté médication et soutien psychologique le tableau s’éclaire : chacun devient davantage réceptif à la construction de relations harmonieuses.
La médication, c’est la phase délicate qui suit le diagnostic. Malgré le fait que les médias s’efforcent de plus en plus de véhiculer une information adéquate sur le TDAH afin de conscientiser la population à ses enjeux, les données statistiques sur la médication, citées hors contexte, renforcent les préjugés. Quant à lui, le Dr Gignac se fait un devoir de ne pas entretenir ces inquiétudes. « Il est rare en médecine que pour un problème donné, on dispose de médicaments aussi efficaces. »
Alors que chez nos voisins du sud, le TDAH chez l’adulte est une notion acceptée, au Québec, même si on commence à la démythi-fier, elle n’est pas encore entrée dans les mœurs d’enseignement de la pratique médicale. Et s’il n’y a pas de guérison à l’horizon, retenons que les traitements demeurent efficaces et que le dépistage s’annonce prometteur.
* Le portrait de la Dre Johanne Plante paraît dans le numéro de mars-avril 2008 du Bulletin de l’AMLFC.
Dr Jean-Marie Martel
Président de l'AMLFC