Parution: mars-avril 2008
Nos médecins venus d'ailleurs
Une intégration complète et réussie


Par Claudine Auger



Le Dr Munir Habra

De tous les témoignages, le Liban est une terre magnifique. Mais les tragiques histoires de guerre qui déchirent ce territoire lointain ont fait fuir plusieurs ressortissants. Ainsi, au 20e siècle, on dénote quatre grandes vagues d’immigration libanaise. Les deux premières au début et au milieu du 20e siècle; la troisième à partir des années 1975, portée par la guerre civile; et la quatrième, au début des années 1990. Étant donné les terribles assauts récents, encore vifs aux mémoires, on peut estimer que plusieurs Libanais continueront de fuir leur pays.

Pour ceux-là qui choisissent l’exil, le Québec demeure une destination choyée. Îlot francophone d’un pays pacifique, le Québec, outre la langue et sa tradition d’accueil, offre de nombreux avantages aux immigrants libanais. L’un d’entre eux, le Dr Munir Habra, raconte son aventure.


Prendre le baluchon

En 1974, le jeune Munir Habra, étudiant en médecine, décide de quitter son pays d’origine, le Liban. Déjà, ses frères et sœurs s’étaient installés à l’étranger. Ce benjamin d'une famille de sept enfants sent le vent du désordre poindre à l’horizon.

S’il choisit le Canada, c’est que l’Hôtel-Dieu de Montréal est la première institution – malgré de nombreuses demandes faites à travers le monde – à répondre positivement à sa requête de spécialisation. Cette terre d’accueil lui offre le droit d’immigrer et de vivre en français, tout en poursuivant ses études. Sans se questionner davantage, Munir Habra, aventurier dans l’âme, fait le grand saut. Il n’a pourtant aucune famille au Canada mais désire prendre racine ailleurs. Son mot d’ordre : « Ne jamais regarder derrière. » Il ne reverra plus jamais le Liban.

Munir Habra passera une première année à Montréal, poursuivant sa formation en gynécologie à l’Hôtel-Dieu, puis bifurquera vers Québec, à l’hôpital de l'Enfant-Jésus, où il réalise peu à peu que cette spécialité n'est pas pour lui. Il démissionne, contacte le Collège des médecins du Québec pour s’informer des besoins en omnipraticiens et se retrouve bientôt sur la Rive-Sud de Montréal, à Saint-Hubert. Là, il prend la relève d’un médecin de famille qui lui abandonne sa clientèle entière.

Avant de partir de Québec, un ami lui avait prédit : « La chance ne se présente qu’une seule fois dans la vie; c’est la tienne! » C’est donc là que s’implantera la pratique du Dr Habra, médecin de famille et urgentologue pendant plus d'une vingtaine d’années à l’hôpital Charles-Lemoyne.


S’intégrer en deux leçons

Dans les années 1970, lorsque le jeune Munir est débarqué au Québec, la communauté libanaise était pratiquement inexistante. Aujourd’hui, avec près de 50 000 Québécois d’origine libanaise, cette communauté s’impose par son nombre. Pourtant, comparativement à d’autres, la communauté italienne ou haïtienne par exemple, elle n’est pas aussi unie et organisée. En effet, les quelques associations qui la représentent reflètent, semble-t-il, les divergences politiques et religieuses du Liban lui-même, et aucune d’entre elles n’a encore réussi à les rassembler d’une même voix.

Pour le Dr Habra, qui n’a jamais compté sur le support de sa communauté d’origine, l’intégration – harmonieuse et tout à fait réussie – est passée par deux valeurs fiables. La première, et elle est fondamentale à sa philosophie personnelle : « N’oublie pas le passé, mais ne regarde jamais derrière. » Car, ajoute-t-il, mi-figue, mi-raisin, « si tu compares, tu ne seras jamais heureux ». La seconde lui a été présentée par le destin, d’une certaine manière. Il s'agit de son épouse, une Québécoise pure laine, qui l'a toujours soutenu.


Principes de base

Pendant plusieurs années secrétaire puis président de l’évaluation de l’acte médical, et également examinateur pour les examens pratiques du Conseil médical du Canada, le Dr Habra – actuellement membre du comité de la FPC de l'AMLFC et du comité scientifique du Symposium francophone de médecine – compare les manières d’enseigner du Liban et du Canada. Sa principale observation se situe au niveau du temps accordé à la pratique : « Au niveau théorique, c’est similaire. Mais les résidents libanais bénéficient d’une année supplémentaire pour mettre en pratique leurs connaissances sur le terrain... Et on parle de former les médecins québécois en trois ans!!! Je veux bien croire qu’on manque de médecins, mais tout de même! »

Justement, parlant de pénurie de médecins, celui qui a été si bien accueilli à son arrivée du Liban en 1974 suggère d’admettre plus facilement les diplômés reconnus internationalement. Pourquoi mettre des bâtons dans les roues à ces médecins dont la compétence nous serait utile? « J’y ai gagné, ajoute le Dr Habra, et vous y avez gagné! » Et surtout, pourquoi ne pas ouvrir davantage les facultés de médecine à nos propres citoyens québécois? Voilà, c’est dit!]


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