| Mot du président Un grand tourbillon Le TDAH - 1re partie |
Parution: mars 2008
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![]() Le Dr Jean-Marie Martel |
Ces « tannants » d’une autre époque dérangent encore aujourd’hui. Peut-être même davantage alors que la médecine les diagnostique plus rapidement et plus efficacement, inquiétant par le fait même la population de les voir augmenter, catégorisant à tort de moderne cette sournoise maladie. Pourtant, le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH) est identifié depuis le début du siècle dernier, ne cessant d’engendrer souffrance et désarroi dans son sillage. Voyage au centre du grand tourbillon.
Une différence inscrite dans la biologie du cerveau
Le TDAH est un syndrome dont l’ensemble des symptômes se regroupent sous trois principales catégories : une attention déficiente qui se module de façon inappropriée et qui est malhabile à sélectionner l’information pertinente; une impulsivité qui se manifeste tant au niveau verbal, moteur que social et donne cette tendance caractéristique à réagir sans réfléchir; une hyperactivité qui mène à bouger exagérément, dans un épuisant tourbillon.
Cette maladie d’origine neurologique entraînant des troubles neurocomportementaux s’enracine dans le cerveau, celui même qui contrôle l’attention, les émotions, l’organisation et le comportement. Les neurotransmetteurs s’y trouvent moins nombreux et plus paresseux que la moyenne, ne permettant pas aux cellules de communiquer adéquatement l’information. Dans le cerveau des personnes atteintes de TDAH, tout est désorganisé, les idées bondissent simultanément de toutes parts sans être triées.
Tel père, tel fils
Le TDAH est encore bien mal compris et si les chercheurs soulèvent plusieurs facteurs de risque pour en retracer la provenance, les études consacrées au déficit d’attention sur les jumeaux révèlent un pourcentage d’héritabilité de près de 75 %. Ainsi, contrairement à ce que croit encore près de la moitié des Québécois, la génétique joue un rôle certain dans la présence du TDAH chez un individu. Dans la plupart des cas, l’enfant diagnostiqué tient cet héritage d’un membre de sa famille proche, souvent d’un de ses parents qui, lui, n’avait jamais soupçonné en être atteint! Un diagnostic difficile à accepter même s’il peut expliquer à l’adulte l’origine de nombreuses souffrances, de comportements inappropriés contre lesquels il a dû lutter sa vie durant et, parfois, d’une estime de soi déficiente.
Car si on en parle encore peu, le TDAH chez l’adulte connaît une forte expansion depuis les dernières années. Ce trouble, qui n’appartient pas uniquement à l’enfance, perdure dans près de 50 à 70 % des cas, soit environ 4 % de la population générale adulte. Sa symptomatologie, toutefois, est moins spectaculaire : l’agitation motrice tend à diminuer avec le temps et les individus affectés déve-loppent des techniques compensatoires. Néanmoins, ce trouble continue, à plus ou moins grande intensité, de miner leur existence, créant souvent une détresse psychologique et des difficultés fonctionnelles non négligeables.
Tant chez l’enfant que chez l’adulte, le TDAH s’accompagne habi-tuellement de comorbidités, complexifiant la donne et le traitement : phobies, troubles anxieux, troubles de l’humeur et de dépression majeure, troubles de comportement et d’opposition, troubles de la personnalité, développement de la toxicomanie, troubles de l’apprentissage, syndrome de Gilles de la Tourette... pour ne nommer que ceux-là. Le TDAH est un handicap légitime où réap-privoiser le quotidien devient une lourde tâche!
Compréhension et tolérance
J’ai voulu, dans cette tribune qui m’est accordée, mettre en évidence une problématique encore mal connue et reconnue du monde médical et de la population. Les préjugés et l’intolérance persistent. En mettant succinctement en contexte les symptômes du TDAH, j’espère vous mener, chers lecteurs, un peu plus loin lors de mon prochain Mot. En effet, un deuxième article portant sur le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité suivra, où je vous présenterai les témoignages de spécialistes et de personnes diagnostiquées. Ils permettront de faire ressortir les variantes de ce trouble qui affecte différemment chaque individu atteint et de répondre à certaines interrogations. Comment les gens atteints vivent-ils cette problématique? Comment affecte-t-elle leurs proches, leur quotidien, leur travail? À quel point les traitements actuels, tant pharmacologiques que psychologiques, sont-ils efficaces? Il reste encore tant à faire...
Dr Jean-Marie Martel
Président de l'AMLFC