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Parution: janvier-février 2008
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Un mandat social pour l’AMLFC : fondements et défis |
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Par Claudine Auger |
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![]() Le Dr Jean-Marie Martel |
Depuis le début de son mandat, il y a plus d’un an, le président de l’Association des médecins de langue française du Canada, le Dr Jean-Marie Martel, caresse un rêve : créer une fondation. L’AMLFC se doterait de la sorte d’une mission sociale concrète en mettant à la disposition d’un groupe particulier ses ressources et ses compétences. Le Dr Martel a accepté de partager avec nous l’essence de cette vision communautaire.
Le Bulletin : Docteur Martel, dans votre discours, « donner, recevoir, partager » sont des mots qui reviennent régulièrement. Visiblement, ils incarnent des valeurs que vous portez en vous et que vous désirez communiquer, entre autres à l’AMLFC. Ce projet social, l’aviez-vous en tête avant même de prendre la présidence de l’Association?
Dr Jean-Marie Martel : En effet, ce projet qui me tient particulièrement à cœur s’est peu à peu forgé tandis que j’étais vice-président de l'AMLFC. Le Dr Jacques Étienne Des Marchais, alors à la tête de notre organisation, avait amorcé un exercice de planification stratégique. Cette réflexion, à laquelle j’ai participé, a abouti à de nombreuses actions concrètes. Durant tout le processus, j’ai pu réfléchir aux différentes voies que pourrait prendre l’AMLFC pour renforcer sa crédibilité. Et cela implique de multiples éléments...
Le Bulletin : Pouvez-vous nous donner quelques exemples?
Dr Martel : La nouvelle mission qui a émergé de l’exercice de planification stratégique vise entre autres à retoucher notre image dans l’opinion publique qui, on le sait, n’est pas toujours favorable aux médecins. Malgré que ceux-ci se consacrent souvent avec énergie à leur pratique, le jugement de la population, occulté par la compensation pécuniaire importante que rapporte leur travail aux médecins, est souvent sévère, négligeant la dimension humaine qui guide encore la plupart de mes collègues.
Un projet comme celui-ci contribuerait à améliorer cette perception en faisant de l'AMLFC un organisme engagé regroupant des médecins animés d’une volonté humanitaire. Les médecins sont capables, en tant que groupe, de se mobiliser et d’appuyer une cause sociale! Je crois aussi, enfin j’espère, que ce projet éveillerait chez la relève de médecins cette notion de vocation à mon avis essentielle à notre travail. Plus que tout, je souhaite que ce projet de fondation une des formes que pourrait prendre notre mandat social (j'utilise les deux termes car ils vont dans la même direction) ait un effet d’entraînement!
L’AMLFC a beaucoup fait et continue de le faire! au niveau des services en français et de la formation professionnelle continue (FPC), ses deux principaux chevaux de bataille. L'ajout d'un mandat social pourrait en plus créer un formidable sentiment d’appartenance.
Le Bulletin : Est-ce que vous sous-entendez que du fait que la langue française n’est plus menacée comme elle l’était lors de la création de l’AMLFC, il faut plus pour créer ce sentiment d’appartenance?
Dr Martel : Il est encore essentiel de se distinguer comme association francophone dont les activités visent à promouvoir le français. Seulement, dans le contexte actuel, regrouper les gens autour du partage créera une ouverture nouvelle, dynamique. Une ouverture vers le public, entre autres, qui vit toutes sortes de problématiques sociales.
L’Association ne sera pas uniquement tournée vers des services aux membres qui soit dit en passant sont bien ancrés, le succès du Symposium et tout ce qui est fait au niveau de la FPC en est un exemple mais s’ouvrira sur une collaboration avec la collectivité. Les médecins seront mobilisés pour leur communauté.
Le Bulletin : Votre motivation se communique! Dites-nous ce qui a été réalisé jusqu’à maintenant pour la concrétisation de votre projet.
Dr Martel : Outre cette réflexion qui se définit en mettant en lumière les avantages qu’une fondation apporterait à l’AMLFC, aux médecins et à la communauté, de plus en plus de membres ainsi que l’entourage de l’Association se familiarisent avec le projet. Il a été accepté dans la planification stratégique, trouvant également écho auprès de la direction générale qui s’est montrée enthousiaste et convaincue.
Par ailleurs, certaines personnes hésitent à participer à une aventure qui, c’est certain, exigera du temps et de l’énergie. Mais je suis convaincu de pouvoir rassembler une équipe pour qui l’esprit de générosité donnera la force de mener le projet à terme.
Quant au mandat social, il n’est pas encore défini. Lors d’une réunion le printemps dernier, quelques membres se sont montrés réticents à ce que la fondation s’adresse à d’autres qu’aux médecins. Pour ma part, je suis convaincu qu’il est fondamental de s’ouvrir aux populations plus démunies. La définition du créneau est actuellement le débat de l’heure et mon objectif est de le préciser rapidement. Une des idées émises jusqu’ici suggérait un soutien à des fondations déjà existantes, selon certains critères établis, et pouvant être choisies lors d’un concours.
Le dossier avance. D'ailleurs, lors du dîner-gala de l'Association, le 2 novembre dernier, nous avons présenté le logo du mandat social de l'AMLFC.
Le Bulletin : Il y a évidemment plusieurs options qui s’offrent à vous. Comment définit-on, généralement, une fondation?
| Le triple rôle des fondations communautaires et les 10 principes clés Tiré du document Comment les fondations communautaires se démarquent |
Dr Martel : Une fondation communautaire est un organisme de bienfaisance autonome enregistré comme tel auprès de l’Agence des douanes et du revenu du Canada dont la mission et la structure visent à établir des fonds permanents qui serviront à soutenir des projets communautaires spécifiques à court et à long terme.
J’aimerais vous citer un extrait de Comment les fondations communautaires se démarquent publié en 2002 et rédigé par les Fondations communautaires du Canada (www.cfc-fcc.ca) :
« Les fondations communautaires rassemblent des gens qui se préoccupent de leur communauté. (...) Elles facilitent la pratique de la philanthropie, elles établissent des fonds de dotation permanents et d’autres types de fonds en partenariat avec des donateurs en vue d’appuyer la réalisation de projets communautaires et elles exercent leur leadership en vue de trouver des solutions aux grandes préoccupations de leur communauté.
« Misant sur la confiance qu’elles inspirent, les fondations communautaires prêtent leur concours aux donateurs en vue de les aider à atteindre leurs objectifs de bienfaisance et à investir de leurs ressources financières dans leur communauté. Elles facilitent et soutiennent aussi l’établissement de relations entre les citoyens, relations qui engendrent un sentiment d’appartenance. Les spécialistes en sciences sociales qualifient ces relations vitales de ''capital social'' et ils ont constaté qu’elles influent sur le niveau de bien-être des communautés et des gens. Les fondations communautaires, des spécialistes de l’accumulation de capital financier au profit de leur communauté, ont aussi un rôle de leader à jouer dans l’accumulation du capital social. »
Le Bulletin : Il y a là, en effet, un cadre clair où pourraient s’épanouir la mission que vous poursuivez. Et une année à venir chargée, si l’on tient compte de l’ampleur d’un projet comme celui-là.
Dr Martel : Compte tenu du fait que certains éléments de la planification stratégique, dont la FPC, sont étroitement encadrés et solidifiés, je pourrai me consacrer à l’avancement de ce projet. C’est en effet un défi de taille, tant au niveau des aspects légaux que de la formation d’une équipe engagée et efficace. Alors que la moitié des organismes sans but lucratif et des organismes de bienfaisance sont gérés par des bénévoles, un des problèmes les plus souvent soulevés par ces organismes concerne le recrutement d’individus prêts à se consacrer à une cause. Le choix de notre créneau doit être examiné minutieusement.
Concrètement, la prochaine étape consiste à former un groupe de travail qui se penchera sur deux aspects : la définition de la mission de cette fondation et la consultation légale qui lui permettra d’exister officiellement. Il y a du pain sur la planche, mais ma conviction est profonde! ]