Mot du président
Population vieillisante : les soins de longue durée
1re partie

Parution: décembre 2007

La durée de vie s’allonge – et à quel prix? – alors que la population en elle-même vieillit dans nos sociétés industrialisées. Les statistiques l’annoncent depuis un moment déjà. Au quotidien, les médecins qui travaillent auprès des clientèles de soins de longue durée affrontent une réalité parfois turbulente sur un terrain qui ne semble pas prêt à accueillir tous ceux qui s’y bousculeront bientôt.

À fréquenter les centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) depuis plusieurs années déjà, j’ai vécu les problématiques qui sont reliées à cette clientèle spécifique. Mes collègues des CHSLD ont également partagé leurs réflexions et leurs inquiétudes. Aussi complexe – et déficient – soit notre système de santé, il a pourtant le devoir de s’organiser pour traiter avec humanisme le nombre croissant de patients en fin de vie.

Le médecin qui se consacre aux clientèles en soins de longue durée est régulièrement exposé à des problématiques d’ordre éthique. Le scénario typique se renouvelle à peu de variantes près : un patient, affecté de nombreuses pathologies, est soigné dans un contexte interdisciplinaire en CHSLD. Le mandataire, généralement un membre de la famille, responsable d’approuver les décisions concernant le patient, vit de nombreuses tensions et inquiétudes. Avec raison, il désire que son parent malade soit traité avec ce qu’il croit être les meilleurs soins – sans toujours véritablement les connaître, n’étant pas professionnel de la santé.

Lorsque, inévitablement, la condition du patient se détériore et que les médecins recommandent des soins de confort, la famille, ébranlée, s’adapte mal et exige un transfert vers des soins de courte durée. À l’urgence, le patient se voit transféré à une nouvelle équipe qui ne connaît pas la complexité de sa situation particulière et qui ne comprend pas, surtout, que ces collègues lui envoient ce patient qui semblait pourtant bien suivi. Irrités, débordés, les collègues des urgences interprètent mal ces transferts réclamés par les familles qui veulent l’avis d’autant de spécialistes que possible... au risque de voir la condition du parent malade se dégrader définitivement dans un couloir d’hôpital surchargé. Malheureusement, les familles réalisent trop peu le rôle crucial de la vision d’ensemble que possède l’omnipraticien-gériatre en charge de ce type de clientèle. Disons-le : le médecin de famille travaille dans l’ombre du mythe du spécialiste.

Pour complexifier la donne, nombre de patients en fin de vie traités dans des CHSLD souffrent de troubles cognitifs sévères. Certains, dont les comportements imprévisibles sont difficilement contrôlables, exigent une attention médicale intense et soutenue, et auraient besoin de services psychogériatriques encore trop rares. En conséquence, pour que la vie des autres patients et du personnel soignant demeure viable, il faut parfois avoir recours à la contention médicamenteuse.

En fait, c’est la structure en tant que telle des services de soins de longue durée qui doit être repensée et adaptée à cette clientèle vulnérable dont les besoins iront en augmentant. Des ressources structurées et mieux organisées éviteraient des hospitalisations inutiles, libérant ainsi des urgences bondées. Mais surtout, elles serviraient plus efficacement ces patients et permettraient de regrouper les ressources nécessaires. Fort heureusement, certains intervenants en CHSLD ont initié cette réflexion, alliant leurs forces pour mieux servir leur clientèle.

La deuxième partie de cet article, qui sera publiée au début de la prochaine année, illustrera le cas particulier du CHSLD Saint-Georges où un comité a décidé d’attaquer le problème de front. Je vous y présenterai un des meneurs du projet, M. Alain Coulombe, les objectifs poursuivis par son comité, les démarches entamées, les partenariats créés et les résultats obtenus. S’il reste un long chemin à parcourir, l’espoir est permis!

Dr Jean-Marie Martel
Président de l'AMLFC