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Parution: septembre-octobre 2007
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Médecin des champs, médecin des villes |
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Par Claudine Auger |
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De la pratique rurale... Le Dr Louis Godin est originaire de Lauzon, sur la rive sud de Québec, désormais fusionnée à la ville de Lévis. Là, il grandit entouré de sa famille élargie, étudie au Collège de Lévis, commence son cours classique, qu’il termine sous le régime des nouveaux cégeps. C’est en juin 1978 qu’il parachève sa médecine, à l’Université Laval. Rapidement, il s’installe à Saint-Anselme, le long de la rivière Etchemin, pour débuter sa pratique. Ce petit village du comté de Bellechasse compte à l’époque quelque 3 000 âmes. Le Dr Godin y restera jusqu’en 1996. À 22 ans à peine, Louis Godin est un jeune médecin énergique. Si l’aspect scientifique de la médecine l’a toujours particulièrement stimulé, il privilégie sa dimension humaine : une des raisons qui a largement influencé son choix d’une pratique rurale, un style de vie en soi. « Nous n’étions que deux médecins qui pratiquions là; c’était très intense comme activité. Nous étions médecins tout le temps! Sans répit! Nous connaissions tout le monde et tout le monde nous connaissait. » |
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En ce temps-là, le rôle de l’omnipraticien et la perception qu’on en avait étaient fort différents. En fait, bien des choses ont changé. À l’époque, même les spécialistes accomplissaient une certaine charge de médecine familiale. Une chose est évidente : en milieu rural surtout, le médecin de famille faisait de tout. « Il y avait le bureau et les visites à domicile, même si je travaillais régulièrement à l’hôpital. Nous n’étions que deux et le bureau était ouvert de 9 h le matin à 9 h le soir. Le gardes se divisaient simplement : mon confrère ou moi. C’était de la médecine de base sans rendez-vous. Une disponibilité en tout temps. Avec les années, c'est devenu très lourd parce que, même lorsque nous n’étions pas dérangés, la journée n’était jamais terminée. » Puis, après dix-huit ans, Louis Godin reçoit une offre qu’il ne peut refuser. On l’appelle en ville. Il mène donc sa femme et ses deux fils à Lévis, où il pratique depuis. Le contraste est énorme pour le médecin de campagne qui, pourtant, se sent mûr pour ce changement majeur. Dans ce milieu urbain, il trouve une pratique professionnelle plus organisée et mieux équipée. Il peut échanger avec de nombreux collègues et profiter de leur expertise. Et puis, faire ses emplettes dans l’anonymat. ... à la FMOQ Déjà, à la petite école, Louis Godin avait été président de classe. Plus tard, jeune résident, il a occupé les fonctions de chef interne et participé au projet de syndicalisation des externes, projet qui n’a pu aboutir : « Le temps qu’on passe devant le commissaire du travail, nous n’étions plus externes! » se souvient-il en riant. Puis, dès sa première année de pratique, il assiste à une réunion de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ). Il trouve cette interaction entre collègues si intéressante qu’il y retourne l’année suivante. Il accepte même ce poste qui vient de se libérer à l’exécutif de l’organisation syndicale. Le Dr Godin trouve là une voix. Très tôt, il réalise que les prises de décisions auxquelles il participe et l’avancement des projets mis en œuvre lui servent dans sa pratique quotidienne. Avec le recul, il confie qu’il ne regrette aucun moment de cet engagement exigeant, même si cela requiert des sacrifices de la part sa famille et de lui-même. Il ajoute, passionné : « Je suis un omnipraticien dans l’âme et un ardent défenseur de la pratique générale! Les médecins de famille sont l’ancrage du système de santé. J’y ai toujours cru et j’y crois toujours autant! » Pendant cette vingtaine d’années actives au sein de la FMOQ, l’omnipraticien occupera une série de postes qui l’imprègnent du fonctionnement de l’organisme. Il y est profondément attaché : la Fédération est, selon lui, l’organisation la plus dévouée en ce qui concerne la défense des omnipraticiens québécois qui portent, par leur culture, des caractéristiques particulières. Ils méritent une représentation qui leur est propre et qui peut jouer un rôle politique. En décembre prochain, l’actuel président de la FMOQ, le Dr Renald Dutil, quittera ses fonctions. Si, jusque-là, le Dr Godin lui assure une confiance absolue, il ne nie pas considérer avec intérêt l’ouverture de ce poste. « Après avoir consacré autant de temps et d’énergie à cette organisation, après avoir passé douze années à la vice-présidence, il est évident que je réfléchis sérieusement à cette possibilité. Néanmoins, c’est une décision majeure qui bouleverserait de nombreux aspects de ma vie. » Une décision qui implique, notamment, un changement de carrière : le Dr Louis Godin devrait alors abandonner sa pratique médicale. Mais, conclut-il le regard allumé, « le défi m’attire ». L’influence : plus porteuse qu’on ne le croit Ainsi donc, l'engagement du Dr Louis Godin au sein de la FMOQ a débuté très tôt. Dès le départ, en observant ce qui s’y passait, en écoutant les débats de ses collègues, il a pris conscience des influences qui s’y jouaient. Il a réalisé que lui aussi pouvait influer sur le destin des omnipraticiens. Comme il l’explique, il est profondément convaincu de la nécessité de l’implication des médecins dans l’organisation médicale : « L’influence se travaille progressivement, elle s’acquiert dans le temps par la crédibilité construite auprès des confrères. Oui, il est possible d’influencer le système, même si les premières fois, on peut avoir le sentiment de parler dans le vide. » L’influence vaut peu sans la patience. Avec le temps, cet engagement lui a permis de bâtir et d’améliorer l’environnement des omnipraticiens. Il est fier, entre autres, d’avoir contribué à l’élaboration des départements régionaux et aux nouveaux modèles de médecine générale. Des réussites qui, outre le sentiment de valorisation qu’elles apportent, démontrent l’effet concret de l’influence. Par ailleurs, Louis Godin demeure modeste quant à ses réalisations propres. Il préfère les considérer comme le fruit d’un travail d’équipe, l’évolution d’idées et d’actions à travers de nombreuses personnes. « En fait, ce dont je suis le plus heureux, c’est d’avoir réussi à cheminer à travers tout cela, d’avoir eu ce parcours chargé mais enrichissant. Le jeune médecin de campagne que j’étais a parcouru une longue route... » Dans sa voix, on sent toute la passion de cet ardent défenseur de la médecine familiale. Il croit au pouvoir de la FMOQ. Un syndicat comme cette association professionnelle est fondamental dans un contexte où l’état est à la fois législateur et employeur. Les omnipraticiens y trouvent une voix pour faire entendre leur parole et faire valoir leurs droits. Une voix homogène qui correspond à une approche de travail particulière, vaste et globale, des intérêts et des objectifs qui ne sont pas les mêmes que ceux de leurs confrères spécialistes. D’ailleurs, il ajoute que nombre d’organisations tiennent une place essentielle, car elles créent un interface entre les médecins. Dans le cas de l’AMLFC, par exemple, l’association francophone est un milieu d’échanges réels entre les omnipraticiens et les spécialistes, et permet aux différentes idées de circuler et de progresser. Même s’il n’en est pas membre depuis très longtemps, il ne sous-estime pas pour autant sa force d’influence. La médecine familiale : une pratique à redorer Comme plusieurs, le vice-président de la FMOQ est préoccupé par la pénurie de médecins de famille. Il s’inquiète tout particulièrement de voir la relève s’évader vers d’autres horizons. De plus en plus, il entend des étudiants lui confier qu’on les a approchés pour faire leur résidence ailleurs au Canada ou à l’étranger... avouant être tentés d’accepter. « Il faut prendre la situation au sérieux. Pensez que 50 médecins qui quittent le Québec, ce sont 75 000 personnes qui seront privés de médecin de famille. C’est à peu près la population de la ville de Lévis! » En outre, cette évasion de moins en moins anecdotique met en évidence de manière criante la perception des médecins de la valeur qu’on leur accorde. On semble faire bien peu pour les retenir. En effet, le système de santé superpose effrontément les contraintes sur la profession, et les jeunes médecins les ont assumées malgré eux pour bien plus que leur part. La pression est devenue insoutenable. « Quand j’entends que les problèmes de recrutement des médecins de famille sont dus au fait que les jeunes ne veulent pas s’impliquer, je me sens agressé! C’est leur faire porter quelque chose qui ne leur revient pas. Je comprends que cela puisse les agacer. Ce n’est certes pas de cette façon qu’on les séduira et qu’on leur démontrera que nous les écoutons. Soyons davantage respectueux! » Bien sûr, le Dr Godin croit qu’il ne faut pas négliger la rémunération; elle doit refléter la valeur des gestes professionnels posés par les médecins. Elle participe également à la compétitivité de l’environnement qui devrait être offert aux omnipraticiens. Mais plus encore, il faut viser à diminuer les contraintes qui minent leur travail et créer des accommodements à ces règles lourdes et trop nombreuses, trouver des solutions pour améliorer l’accessibilité aux technologie et intégrer d’autres professionnels aux pratiques médicales pour soutenir plus efficacement les médecins. « La prise en charge est la pierre angulaire du système de santé, sans laquelle le reste déborde inévitablement. Si rien n’est fait, il va continuer à s’engorger jusqu’à la catastrophe. Quant à la relève, il faut l’intéresser en revalorisant la pratique familiale. » Le paradoxe reste entier, notamment au niveau des activités médicales particulières : d’un côté, on clame l’importance de la prise en charge de la communauté, alors que de l’autre, la médecine familiale n’est pas reconnue de la même manière que l’activité hospitalière ou les soins de longue durée. « Moi, j’ai toujours voulu être médecin de famille. Enfant, j’imaginais ce contact avec les gens, les relations interpersonnelles importantes, et un côté scientifique qui permettait de couvrir large. Malgré les conditions de pratique actuelles qui ne sont pas faciles, c’est ce que j’ai trouvé. » La flamme du Dr Louis Godin ne semble pas près de s’éteindre. ] |
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