Parution: juillet-août 2007

La santé en francophonie canadienne : Une expérience pancanadienne de réseautage en santé

Par Hubert Gauthier,
Président-directeur général
Société Santé en français


Il y a déjà plusieurs années que la recherche se penche sur les liens entre la langue et la santé. La capacité de comprendre et d’être compris est au cœur de la relation qui s’établit entre un professionnel et son patient.

Un million de francophones vivent actuellement dans des communautés à l’extérieur du Québec. Environ la moitié d’entre eux n’ont que peu ou pas accès à des services de santé dans leur langue. Les répercussions sur la santé de ces populations minoritaires sont évidentes. En général, les communautés francophones du Canada sont en moins bonne santé que la majorité anglophone.


M. Hubert Gauthier

La Société Santé en français : un réseau de réseaux

Pour remédier à cette situation, les communautés francophones et acadiennes ont décidé, il y a quelques années, d’unir leurs efforts et de tenter une expérience novatrice de réseautage. Pour cela, elles se sont inspirées du modèle mis au point par l’Organisation mondiale de la santé intitulé Vers l’unité pour la santé. Dans chacun de leur milieu respectif, les communautés ont mis sur pied des réseaux regroupant des représentants gouvernementaux, des professionnels, des gestionnaires d’établissements, des institutions d’enseignement et des porte-parole communautaires.

Les 17 réseaux qui ont ainsi vu le jour sont unis au niveau national par la Société Santé en français (SSF), qui se veut la voix des francophones minoritaires auprès du gouvernement fédéral.

Le Dr Aurel Schofield, directeur du Centre de formation médicale du Nouveau-Brunswick, siège au conseil d’administration de la Société Santé en français. Il fut l’un des initiateurs de ce modèle ambitieux de réseautage qui, selon lui, va encore plus loin que celui développé à l’origine par l’OMS. « Notre modèle s’intéresse à l’ensemble des services offerts en français à l’intérieur des systèmes actuels de santé provinciaux et territoriaux. Il couvre de multiples juridictions et se situe à l’échelle de tout un pays. »

L’expérience canadienne est à ce point novatrice que le Network Towards Unity for Health, une organisation affiliée à l’ OMS, a invité une délégation de la SSF à sa conférence annuelle de 2005, qui avait lieu au Vietnam.

La force du regroupement

Un atout majeur que procure le regroupement à chacun des réseaux est le partage de l’expertise et des connaissances. Le Dr Denis Vincent préside le Réseau Santé albertain depuis ses débuts. Selon lui, ce partage d’information entre les réseaux constitue une force majeure sur laquelle s’appuie tout le mouvement Santé en français. « Une solution mise au point à un bout du pays peut très bien servir ailleurs. » C’est le cas, entre autres, du Guide santé réalisé en Colombie-Britannique, que d’autres réseaux projettent de reprendre, et du programme « École en santé » développé au Nouveau-Brunswick, qui intéresse maintenant d’autres conseils scolaires francophones au pays.

 Jusqu’à maintenant, les réseaux ont identifié les besoins de leur milieu et ont mis au point des plans d’action en santé, ce qui n’avait jamais été fait. Plus de 90 projets ont été lancés grâce à l’aide du Fonds d’adaptation des soins de santé primaires de Santé Canada. Fait à noter : tous ces projets ont reçu l’appui des gouvernements provinciaux ou territoriaux où ils ont été menés.

Prêts pour l’action

La création des réseaux était une première étape, de dire le Dr Schofield. Les réseaux abordent une nouvelle phase de développement : la mise en œuvre de leurs plans d’action. C’est un point tournant que plusieurs, dont le Dr Schofield, voient venir avec enthousiasme : « À partir de maintenant, on peut faire une véritable différence sur le terrain. »

Le Dr Denis Vincent est quant à lui plus posé. « En Alberta, nous avons de nombreux partenaires dans le système de santé, le gouvernement appuie notre démarche et en reconnaît le bien-fondé. Le principal défi maintenant est d’assurer la pérennité de nos projets, sinon les efforts investis au cours des dernières années risquent de tomber à l’eau. »

Un modèle pour franchir les barrières à l’accès

Bien que le modèle soit encore jeune, l’approche de collaboration en réseau mise au point dans l’ensemble des communautés francophones et acadiennes semble faire la preuve qu’il est possible d’adapter les soins de santé primaires aux besoins, parfois très pointus, des populations. Ce modèle pourrait sans doute servir de base pour répondre aux besoins d’autres types de clientèles particulières tels les autochtones, les communautés culturelles, les immigrants, certains groupes de handicapés qui, à des degrés divers, font face à des difficultés qui freinent leur accès non seulement aux services, mais à la santé elle-même. ]


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