Parution: juillet-août 2007

LA MÉDECINE
Un engagement !

Par Claudine Auger


Le Dr Yves Langlois est un homme dont le dynamisme se déploie dans les différentes sphères de sa vie avec autant de continuité que de détermination. Cet omnipraticien est installé sur les rives du Richelieu depuis vingt-trois ans.

Racines rurales

Originaire de Sully, village de 700 âmes fusionné en 1973 aux municipalités de Saint-Pierre d’Escourt et de Saint-Éleuthère sous le nom de Pohénégamook, Yves Langlois a vécu sa petite enfance sur ces terres tranquilles, à la frontière du Québec, du Maine et du Nouveau-Brunswick. C'est de cet environnement vert et paisible où coule la Rivière-Bleue qu'il semble tirer le calme qui émane de sa personne.

Alors qu'il a 5 ans seulement, ses parents, son frère, sa sœur et lui quittent le Bas-Saint-Laurent pour immigrer dans la métropole. Son père occupera en ville divers métiers. Pour les parents Langlois, qui n’ont pas eu la chance d’étudier, l’éducation est primordiale. Malgré des moyens financiers restreints, ils soutiendront leurs enfants afin que chacun obtienne une formation universitaire.

 De ses parents, travailleurs infatigables, Yves Langlois retient les valeurs du travail et de la générosité. Même s’il a fait toutes ses études à Montréal, il garde de son enfance un souvenir champêtre agréable. Une fois son diplôme de médecine obtenu, il a d'ailleurs choisi de bâtir sa vie et d’élever sa famille sur le bord de la rivière Richelieu.


Le Dr Yves Langlois

La certitude d'une voie à suivre

En pleine Révolution tranquille, Yves Langlois, adolescent studieux, fréquente la nouvelle polyvalente Louis-Joseph Papineau, dans le quartier Saint-Michel. À l’époque, l’institution secondaire jouissait d’un climat plus serein que celui d’aujourd’hui et le jeune étudiant y a passé un séjour stimulant.

C’est là, surtout, qu’il fera une rencontre significative avec ce directeur de cycle, un certain Raymond Zaccour. Perspicace, ce dernier décoda les talents de son protégé et lui affirma qu’il avait les qualités requises pour devenir médecin. La réflexion marqua à ce point le jeune homme, à peine âgé d’une douzaine d’années, que celui-ci n’eut d’autre désir de carrière que la médecine. Ce choix lui plaisait et la décision s’imposa d’elle-même :  « Dès que j’ai imaginé ce que je ferais dans la vie, je me suis vu médecin. Dès le début du secondaire, éveillé par ce commentaire de M. Zaccour, je me suis dit que j’aimerais ça, la médecine. Je n’ai jamais changé d’idée, je ne me suis jamais posé de questions à ce sujet. »

Son mentor avait probablement perçu les qualités de leadership d'Yves Langlois, très engagé socialement. Durant ses études secondaires, Yves Langlois occupait déjà ses loisirs à la gestion et à l’organisation : il a été président de classe et a dirigé, en outre, le comité du conseil étudiant de la polyvalente.

C’est aussi grâce à Raymond Zaccour que l’adolescent, alors en âge de se trouver un premier emploi, dénichera un poste d’aide-cuisinier à l’hôpital du Sacré-Coeur de Montréal. Plus tard, étudiant au cégep Bois-de-Boulogne, il se rapprochera davantage du milieu médical en travaillant les fins de semaine, toujours au même hôpital, comme aide-technicien en radiologie. Il se rappelle cette étape comme une belle période de sa vie où il a forgé des amitiés qu’il entretient encore aujourd’hui. Des amis qui, pour la plupart, ont également suivi la voie de la médecine.

À l’automne 1977, Yves Langlois entre en médecine à l’Université de Montréal. Son intuition ne l’avait pas trompé, cette voie est la sienne. Il est emballé par l’univers qu’il découvre. « Ce qui me plaît dans la pratique médicale, c’est d’être près des gens, d’avoir le pouvoir de les aider et de les servir. Ce contact humain m’a toujours été naturel. » Fidèle à lui-même, l’étudiant en médecine déploie son énergie et son dynamisme. Quelques années plus tard, son diplôme en poche, il récolte le prix d’excellence en chirurgie et obtient une mention en gynécologie.

La volonté d'influer sur son milieu

Aujourd’hui, le Dr Langlois pratique dans un cabinet d’Iberville où il se consacre à la prise en charge de sa clientèle. Pour ses patients en perte d’autonomie, il accepte de bon gré de se déplacer à leur domicile pour les soutenir aussi longtemps que possible. Quelques heures de sa grille hebdomadaire sont consacrées à la clinique sans rendez-vous. De sa pratique, il admet avec candeur qu’il ne s’en lasse pas. Ni du contact humain qu’elle lui apporte, ni de la stimulation intellectuelle que présentent les cas complexes : « Le défi diagnostique m’alimente. »

 Par ailleurs, Yves Langlois s’est engagé au niveau médico-administratif depuis son arrivée à l’hôpital du Haut-Richelieu. D’abord chef du département de médecine générale, il a ensuite occupé les fonctions de chef de médecine, de coordonnateur médical et de directeur des services professionnels par intérim. À la fin des années 1980, il s’intéresse à la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) et devient secrétaire, puis président d’une de ses divisions, l’Association des médecins omnipraticiens du Richelieu-Saint-Laurent. Puis, il y a onze ans, il est élu au conseil d’administration de la FMOQ, avant d’en devenir le trésorier. Yves Langlois porte, depuis toujours, cette volonté profonde d’orienter les décisions prises dans sa communauté. Cet engagement sur le plan administratif lui en donne l’occasion. 

Yves Langlois admet son ambition de progresser au sein de la Fédération. Il a une vision claire de la voie qu’elle devrait suivre. Entre autres, ses règles de fonctionnement, qui datent de sa création dans les années 1970, sont révolues selon lui. « On sent chez la nouvelle génération de médecins un désintérêt pour le militantisme syndical. Nous devons renverser la situation, convaincre les jeunes de réintégrer la Fédération. Si on ne leur donne pas le goût de s'engager, alors je m’inquiète de l’avenir. »

Pour ce faire, les jeunes médecins doivent s’identifier à la FMOQ, s’y sentir représentés. Ainsi, selon le Dr Langlois, les structures mêmes de l’organisme doivent être repensées afin de le démocratiser. Il ajoute que pour intéresser cette génération de médecins, composée majoritairement de femmes, il faut des mesures concrètes. Adapter les horaires de rencontre, par exemple, pour celles qui jonglent avec les contraintes d’une jeune famille. « Et leur donner une voix, même si elles ne la veulent pas! » conclut-il en riant.

Cet administrateur a parfois été critique à l'égard de l’Association des médecins de langue française du Canada. Mais il considère que la nouvelle équipe et sa présidence augurent une ère nouvelle qui saura recentrer l’Association sur l’essentiel : une mission sociale, humaine, engagée dans la francophonie. Il se dit même inspiré – assez pour renouveler sa cotisation! – par les valeurs véhiculées par son président, le Dr Jean-Marie Martel, qu’il a connu dans le cadre de leurs activités respectives à la FMOQ.

Sauver la médecine familiale

Au Québec, environ un million et demi de personnes n’ont pas de médecin de famille. Une statistique qui fait frémir Yves Langlois. Inquiet, préoccupé par la retraite prochaine d’un grand nombre d’omnipraticiens – dont la moyenne d’âge est élevée – et par le désintérêt des étudiants pour cette pratique particulière, il craint que le système de santé ne se détériore encore davantage. Avec des problèmes de santé publique qui vont exploser d’ici les prochaines années (diabète, maladies coronariennes, hypertension, soins qu’exige une population vieillissante), la situation alarme ce médecin de famille convaincu. Dans un contexte où les spécialistes se cantonnent en deuxième ligne, la population québécoise ne peut pas se permettre d’être privée de la prise en charge par les omnipraticiens.

Malheureusement, les étudiants en médecine familiale, pourtant bien formés une fois leur diplôme obtenu, dérogent de leur orientation initiale. En préférant de plus en plus se concentrer sur un seul secteur d’activité – l’urgence, l’hospitalisation, la gériatrie ou autre –, ils croient peut-être développer une meilleure expertise. « C’est une erreur! affirme avec passion le Dr Langlois. La médecine familiale est un champ d’activité en soi, tout aussi valable et stimulant. »



Le Dr Yves Langlois


Mais surtout, croit Yves Langlois, la lourdeur de notre système de santé peut donner l’illusion d’une tâche démesurée. Dès le départ, les finissants risquent d’être freinés par des politiques gouvernementales qui ne ciblent pas systématiquement les problèmes les plus urgents. Le trésorier de la FMOQ soulève l’exemple des activités médicales particulières : « Dans ces heures obligatoires hebdomadaires auxquelles doit se consacrer l’omnipraticien, la prise en charge n’est même pas LA priorité! Au lieu de voir à améliorer la condition de ses urgences et autres établissements, le gouvernement devrait s’attaquer à la santé publique elle-même. Toutes ces personnes souffrant de maladie chronique qui n’ont pas de médecin de famille libéreraient les urgences bondées si elles étaient prises en charge par un omnipraticien. Sans ce suivi essentiel, vital, la situation dégénérera inévitablement. »

Seules des politiques rigoureuses et cohérentes pour valoriser la médecine familiale permettront de dégager le Québec de cette impasse. Aussi, les instances gouvernementales devront assouplir les réglementations gênantes pour les praticiens si elles désirent sortir la province de sa pénurie de médecins. À ce sujet, le Dr Langlois s’enflamme et multiplie les exemples : « Il faut ajuster les critères d’agrément au modèle de GMF, ouvrir les champs d’activité et décloisonner les spécialités médicales ou encore accepter de rémunérer la supervision des paramédicaux. En Ontario, le médecin, pour le simple fait d’accepter de collaborer avec une infirmière, se voit accorder près de 1 200 $ par mois! Notre voisine a fait beaucoup de chemin en ce sens. Mais ici, c’est encore entièrement tabou. »

La médecine comme pratique engagée

Au printemps dernier, le Dr Langlois se voyait honoré par la fondation de l’hôpital du Haut-Richelieu pour son dévouement envers la médecine et pour son engagement dans la communauté. En juin 2007, il sera président d’honneur d'une journée de promotion pour la santé lors de la campagne de financement annuelle. Sans relâche, activement, de toutes les manières dont il dispose, il saisit chaque occasion d’incarner l’humanisme de la pratique médicale.

Sa position ne pose aucune ambiguïté : on est médecin à temps plein ou on ne l’est pas. Alors que la tendance d’une pratique à temps partiel se généralise, le Dr Langlois se sent profondément agacé par cette vision minimaliste. « Je déplore cette mentalité qui vise à bien gagner sa vie à demi-temps pour pouvoir faire autre chose. Quand on fait son cours en médecine, on devrait avoir le goût de pratiquer et de s'engager pleinement. Comment peut-on s’y consacrer avec sérieux en travaillant à peine une vingtaine d’heures par semaine? Il faut aimer la médecine pour ce qu’elle est. » On ne peut douter qu’Yves Langlois lui soit dédié, entièrement. De tout son corps, de toute son âme. ] 


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