Mot du président
Super héros, le médecin d'aujourd'hui?
2e partie
Parution: juillet 2007

Étant donné la densité du sujet, je poursuis ici ma réflexion sur la détresse des médecins amorcée lors du dernier Mot du président, réflexion suscitée dans le cadre d'une table ronde sur l’épuisement professionnel des médecins animée par la Dre Yolande Leduc.

Les statistiques affichent une hausse de la détresse chez les médecins. Le Programme d’aide aux médecins du Québec (PAMQ) note aussi une forte augmentation des demandes d’aide. Il importe toutefois d’éviter les généralisations rapides : pour la majorité des médecins, la pratique demeure malgré tout valorisante. Pour ceux qui se sentent épuisés et démunis, pourtant, il est primordial d’être attentif.

On remarque que les résidents et étudiants en médecine sont particulièrement vulnérables. Comme le souligne la Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ), les médecins résidents – qui à la fois apprennent, enseignent et donnent des soins – évoluent dans un système de santé surchargé, y consacrant entre 70 et 120 heures par semaine, selon la spécialité. Toujours selon la FMRQ, le taux de détresse psychologique chez les médecins résidents est deux fois plus élevé que celui des individus du même groupe d’âge dans la population en général.


La jeune génération de médecins est en réaction face à cette intensité de travail et semble résister de plus en plus aux exigences de la profession; elle se sent coincée dans le carcan solidement enraciné du mythe du médecin super puissant. Entre la pratique de leurs prédécesseurs et leur aspiration à une certaine qualité de vie, beaucoup de ces jeunes médecins éprouvent de la difficulté à se définir et à situer leurs limites. Déboussolés, surchargés, fatigués, ils ne savent plus où donner de la tête.

 Chez les omnipraticiens, on remarque que de nombreux éléments freinent leur élan à ouvrir une clinique. Entre autres, l’épuisement causé par le patient lui-même, harceleur sourd aux recommandations, multipliant les rendez-vous. Le médecin doit chaque fois recommencer, espérant que le malade appliquera enfin ce qui lui a été prescrit. Dans de telles circonstances, le médecin éprouve un sentiment de non accomplissement. Il y aurait pourtant des manières de responsabiliser le patient : le ticket modérateur, aussi minime soit-il, mettrait un frein aux élans abusifs.

Mais la principale cause de détresse est l’isolement et la difficulté, en tant que médecin de famille, à trouver les ressources spécialisées nécessaires aux patients. Tout autant que la population elle-même, l’omnipraticien se retrouve souvent sans issue devant la pénurie de médecins. Les consultants spécialistes sont rares et peu accessibles. Le médecin de famille consciencieux doit déployer une énergie considérable pour obtenir un suivi adéquat alors qu’auparavant, les spécialistes eux-mêmes assuraient le suivi de leur clientèle.

La majorité des médecins admettent que dans leur entourage, des collègues se sentent épuisés. De la même manière que dans la population en général probablement. Si les facteurs sont multiples, si les résidents semblent affectés dans une plus grande proportion, le contexte de travail actuel, la surcharge imposée au corps médical, le manque de ressources et l’impuissance qui en résulte s’imposent en tête des accusés. Ici comme ailleurs, le sujet demeure difficile à aborder. Pourtant, s’y ouvrir permet de briser l’isolement et de freiner le mal. Il en sera justement question, entre autres, lors du 1er Colloque provincial sur la santé des médecins en octobre prochain. Ce sera une occasion d'en discuter.

Dr Jean-Marie Martel
Président de l'AMLFC