| Mot du président Super héros, le médecin d'aujourd'hui? 1re partie |
Parution: juin 2007
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Le mythe du médecin est coriace et solide. On ne l’ébranle pas comme on veut. Pourtant, de l’intérieur de leur cuirasse, plusieurs médecins vivent avec essoufflement les situations de travail actuelles. L’Association des médecins de langue française du Canada est sensible à cette situation. En tant que président de l’AMLFC, j’ai assisté à une table ronde animée par la Dre Yolande Leduc sur l’épuisement professionnel des médecins. Dans ce premier de deux articles, voici l’écoute d’un appel de détresse. L’épuisement professionnel, phénomène diffus et sournois, envahit le monde du travail depuis quelques décennies déjà. On en parle de plus en plus, on est aux aguets. Pourtant, le mal continue de progresser, avec tous les ravages dramatiques et souterrains qu’il laisse derrière lui. Encore largement tabou, l’épuisement professionnel est souvent synonyme de faiblesse. Approximativement un travailleur québécois sur cinq souffrirait de détresse psychologique, un problème majeur qui affecte de nombreuses entreprises. Lentement et sûrement, le burn out ronge l’efficacité du système social et du système de santé déjà mal en point sur lequel nous nous appuyons. |
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Ce qui est moins connu, par ailleurs, ce sont les ramifications découlant de ce contexte et la manière dont les médecins vivent la problématique. Une participante de la table ronde soulignait que la pression des collègues peut générer stress et culpabilité. Ainsi, par exemple, la jeune médecin qui vient d’accoucher se sentira obligée de revenir rapidement au travail afin de ne pas alourdir les responsabilités de ses collègues déjà débordés. Comme le soulignent les auteurs de La détresse des médecins : un appel au changement, la culture professionnelle, véhicule d’une idéologie défensive de métier fondée sur la surcharge et l’endurance, encourage le médecin à l’hypertravail, lui laissant peu de liberté à consacrer aux autres sphères de sa vie. La fibre du héros, profondément imprégnée dans la génétique du docteur, relègue aux oubliettes cet équilibre qu’il prône pourtant à ses patients. En outre, le héros, de par sa nature même, est un être isolé. Travailleur autonome, il pratique en solitaire. La Dre Yolande Leduc ajoute que le repli sur soi s’accentue par les valeurs rattachées à la profession : force, endurance, résistance. Après tout, le médecin n’a-t-il pas le pouvoir de guérison? Et si cet isolement professionnel le protège de la critique et du jugement de l’autre, il prive le médecin de la richesse d’une équipe, avec tout ce qu’elle implique de partage professionnel et de soutien social. Plus encore, l’isolement freine la solidarité qui permettrait aux médecins sentant leur équilibre vaciller de trouver aide et réconfort auprès d’un confrère. Bien souvent, le médecin trouve plus aisé de se tourner vers d’autres professionnels de la santé avec qui il travaille, comme les infirmières, pour partager les tracas et autres soucis du métier. Même devant les confrères, le médecin garde sa cape de héros. Malgré tout, le milieu prend peu à peu conscience de l’importance de s’ouvrir au sujet et de prendre action. À preuve, la faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke tiendra, en octobre 2007, le premier colloque provincial sur la santé des médecins. Un pas dans la bonne direction. |
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Dr Jean-Marie Martel
Président de l'AMLFC