Parution: mai-juin 2007

Le médecin parfait n’est pas celui que l’on pense...

Par Anne Magnan, MD
Directrice générale du programme d'aide aux médecins du Québec (PAMQ)


«Notre souffrance est relative par rapport à celle de nos patients. Eux, c'est leur vie qui est menacée, nous c'est une souffrance psychologique. C'est pour cela qu'on va se taire, on ne va pas se plaindre.» 1

Même si, depuis plusieurs années, la littérature recense nombre de recherches sur la détresse des médecins, le bien être de ceux-ci continue d'être une notion nouvelle pour la profession. Nous avons appris à prendre soin de nos patients; pas encore de nous…

Même si, depuis plusieurs années, la littérature recense nombre de recherches sur la détresse des médecins, le bien être de ceux-ci continue d'être une notion nouvelle pour la profession. Nous avons appris à prendre soin de nos patients; pas encore de nous…


La Dr Anne Magnan

La santé des patients et la santé des médecins: deux univers

Au moment de sa formation, on enseigne au résident de conseiller à ses patients de maintenir un sain équilibre de vie. Paradoxalement, tout dans l'environnement professionnel du médecin le pousse à nier ses propres besoins et à s'éloigner de cet équilibre.

Pourquoi nous soumettons-nous aux exigences si déraisonnables de la profession ? L'explication se trouve, en partie, dans les traits de personnalité des médecins. Ils sont consciencieux, ont un sens très développé des responsabilités qui est proportionnel à leur sens de la culpabilité, sont perfectionnistes, hantés par un doute chronique, ont besoin de contrôler les situations, sont habités par le souci de plaire, éprouvent un inconfort à exprimer leurs émotions et parfois même à les reconnaître. Toutes ces caractéristiques font de nous d'excellents médecins, mais nous conduisent, aussi, à travailler davantage qu'un autre individu qui, devant la même charge de travail, ne présenterait pas ces traits de personnalité.

Quand l'organisation est responsable de la désorganisation

Toutes les récentes études dénoncent un écart important entre les soins recommandés aux patients - les standards de la médecine - et l'accès à ces soins. Pour combler cet écart, le médecin réagira par l'hypertravail. L'incapacité de fournir à leurs patients les soins auxquels ils auraient droit rend les médecins facilement vulnérables, plus encore que le stress relié à leur travail.

QuandAttention : danger !

C'est au sein de la famille qu'apparaissent les premiers signaux de détresse. Plus tard, le volet financier commencera à se désorganiser; mais le dernier lieu où la performance sera affectée est le travail.

Les collègues et les proches observeront, chez les médecins en détresse, des changements de comportement qui se traduiront par des sautes d'humeur, de l'agressivité, du dénigrement et de l'isolement. La crainte de perdre leur permis d'exercice constitue l'un des principaux obstacles à la demande d'aide pour les médecins, tout comme leur appréhension d'être jugés par leurs collègues ou que leur image soit altérée.

Par ailleurs, les collègues sont mal à l'aise devant un médecin ou un résident ayant des problèmes de santé mentale ou de toxicomanie et, en conséquence, ont tendance à ignorer ses difficultés. Parmi les conséquences de l'hypertravail, mentionnons l'épuisement professionnel qui peut, à son tour, mener à un problème de toxicomanie ou de dépression. Ultimement, tous peuvent conduire au suicide.

L'irréparable

«…les pénuries d'effectifs, les promesses vides des politiciens, le travail et tes patients insatisfaits t'usaient et t'étouffaient à petit feu. (…)Ta tristesse, ta souffrance devaient être tellement grandes pour que tu aies oublié l'espace d'un instant l'amour infini de tes enfants. Un instant où tout aurait pu changer ou être arrêté par des ''si'' qui auraient changé ta vie et la nôtre.» (…)2

Le taux de suicide chez les médecins est plus élevé que dans la population en général. Personne ne sera étonné d'apprendre que les moyens choisis par ceux-ci pour mettre fin à leurs jours sont généralement très efficaces.

Réagir et agir!

En conclusion, j'emprunterai un passage de la préface du livre La détresse des médecins : un appel au changement signée par le Dr André Lapierre, l'un des fondateurs du PAMQ :

« Si cette étude pouvait permettre aux médecins de prendre conscience de la détresse de plusieurs de leurs collègues face à leur travail… Si elle pouvait les aider à identifier chez eux ou chez leurs pairs les signes précurseurs d'un mal-être et qu'un embryon de collégialité prenne forme… Si les autorités du réseau, plutôt que de se réfugier dans le déni des problèmes de santé des soignants, cherchaient des solutions pour rendre le système plus efficient et les soins aux patients plus facilement et plus rapidement accessibles, la pression sur les médecins en serait d'autant réduite et toute la détresse que nous livrent ces pages n'aurait peut-être pas été vaine…»

Pour contrer l'irréparable ou simplement pour leur permettre de retrouver un équilibre de vie, le Programme d'aide aux médecins intervient, depuis 16 ans, auprès des médecins, résidents et étudiants en médecine. Ses médecins conseils ont toute l'expertise pour agir avec doigté, confidentialité et professionnalisme pour aider un collègue et sa famille à se sortir d'un moment de détresse. ] 


www.pamq.org

1. Maranda, M.-F.; Gilbert, M.-A.; Saint-Arnaud, L.; Vézina, M . La détresse des médecins : un appel au changement. PUL, 2006, page 41.
2. Extrait de la lettre d'une conjointe (médecin) à son mari médecin qui s'est donné la mort.


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