NOUVELLE DIRECTION À L’AMLFC

Parution: mai-juin 2007

Main de fer et gant de velours

Par Claudine Auger


Le 12 mars dernier, Mme Céline Monette s'installait au bureau de la direction générale de l'Association des médecins de langue française du Canada. Élégante, discrète, solide, la nouvelle directrice par intérim apporte avec elle une riche expérience des milieux pharmaceutique et médical, une vision stratégique qui n'obscurcit en rien sa philosophie de l'humain, ainsi qu'une détermination à toute épreuve. Le président de l'AMLFC, le Dr Jean-Marie Martel, et le conseil d'administration sont heureux d'accueillir la nouvelle directrice générale par intérim.

Un pas vers la science...

Diplômée en microbiologie de l'Université de Sherbrooke, Céline Monette n'a jamais pratiqué dans ce domaine. C'est un cours en génétique, brève formation alors à ses balbutiements, qui lui a ouvert les portes du laboratoire de cytogénétique de l'Hôpital de Montréal pour enfants à sa sortie de l'université. Elle y travaillera pendant sept ans.

Outre la rigueur scientifique, cette première expérience de travail lui apportera énormément. Entre autres, une conscience de l'éthique, une dimension intrinsèquement lié e à la génétique, encore aujourd'hui. Si le système de valeurs de la jeune femme, transmis par son milieu familial, lui a permis d'affronter des questionnements profonds, le parcours n'a pas été de tout repos, comme elle l'explique elle-même : « Ce milieu de travail m'a désarçonnée rapidement et j'ai dû me remettre en question, malgré mon jeune âge. J'ai aussi vécu beaucoup d'inquiétude par rapport aux diagnostics que je recommandais, et qui impliquaient de lourdes décisions pour ceux qui les recevaient. C'était une pression énorme pour une finissante de l'université. Je le réalise aujourd'hui! » Pourtant, cette réflexion éthique lui servira sa vie durant.


Mme Céline Monette

Plus encore, elle a développé, au cours de ces quelques années, une attitude par rapport à l'humain qu'elle continue de peaufiner. À une époque où le multiculturalisme était encore une vague notion théorique, l'Hôpital de Montréal pour enfants se composait d'une clientèle de tous les horizons : Asiatiques, Juifs, musulmans... un terreau déjà fertile aux accommodements raisonnables. La jeune Céline y a eu, maintes fois, l'occasion d'observer « l'humain » et de définir une approche adaptée et efficace, tout à la fois ferme et empathique. Une philosophie sur laquelle elle s'appuiera en tant que leader, quelques années plus tard.

Un pas vers la gestion

Après avoir fait le tour du laboratoire, Céline Monette a réalisé que, sans formation médicale proprement dite, sa carrière risquait de stagner à l'hôpital. Il était temps de scruter de nouveaux horizons. Elle s'est alors tournée vers l'industrie pharmaceutique, milieu où on entre principalement du côté des ventes. Une porte d'entrée que ses préjugés ne rendaient pas des plus séduisantes. Néanmoins, découvrant la vente et le marketing médical, sa vision a changé d'angle.

Céline Monette avoue que ces premières fonctions dans le milieu pharmaceutique sont celles qui lui ont le mieux permis de se découvrir. Là, confie-t-elle, « j'ai appris à être humble et à mordre fort, car il faut être persévérant!» Riche de cette expérience, elle décide de donner un autre tournant à sa carrière. Elle change de compagnie et débute chez Nordic, une entreprise pharmaceutique où elle passera quinze ans à gravir les échelons. Nordic possédait un département de formation continue, fait rare pour l'époque. La jeune femme s'est rapidement passionnée pour la formation professionnelle continue auprès des médecins. Voyant son succès, on lui confia le développement d'un concept de décentralisation régionale du département de l'enseignement professionnel. « Je ne savais absolument pas ce que ça donnerait! » Des années plus tard, l'industrie pharmaceutique adoptait cette approche novatrice.

Durant toutes ces années dans une industrie qu'elle qualifie de hautement performante, la nouvelle directrice générale par intérim de l'AMLFC aura siégé à différents comités importants comité de gestion des affaires scientifiques, comité de gestion du portefeuille des produits de l'entreprise, comité des plans de marque des produits de l'entreprise, plusieurs comités médicaux, comités de capital intellectuel et présidé le comité de formation des professionnels de la santé de l'organisme Les compagnies de recherche pharmaceutique du Canada (fx&D), entre autres. Elle a aiguisé de la sorte ses habiletés politiques, analytiques et stratégiques, devenant au fil des défis quotidiens l'agent de changement et le leader qu'elle est aujourd'hui.

Un profil hybride hors des sentiers battus

Lorsqu'on lui demande si elle se définit d'abord comme une femme de science ou une femme d'affaires, Céline Monette ne peut trancher. Son profil hybride équilibre ses aspirations les plus diverses. Durant tout son parcours dans l'industrie pharmaceutique, elle se sera promenée des affaires commerciales aux affaires scientifiques, partageant son expérience d'un côté comme de l'autre. Elle n'aurait jamais pu se passer entièrement de l'une de ces disciplines, cultivant cette capacité inestimable à faire le lien entre la recherche, la gestion des connaissances et du savoir, les protocoles d'application et l'intégration dans la pratique. Une aptitude à brancher ensemble des événements, des forces, des humains.

Une habileté précieuse qui a facilité, sans doute, son parcours sur des chemins inusités. Alerte à percevoir les besoins, elle sait mettre en collaboration des gens qui possèdent les compétences pour développer et établir des solutions. Ces éléments alliés à sa curiosité insatiable, elle n'a cessé de sillonner hors des sentiers battus. Débroussailler ces chemins nouveaux implique toutefois des échecs. Voilà un fait inévitable avec lequel il faut se réconcilier. Céline Monette admet cette étape constructive sans problème.

Issue d'un milieu modeste, elle sera la première bachelière de sa famille élargie. Ce sont des femmes de son entourage qui l'ont le plus inspirée. Sa grand-mère, entre autre s, institutrice et mère de douze enfants, qui a enseigné toute sa vie. Sa propre mère, de son côté, n'ayant pas eu la chance de faire des études mais consciente de l'importance de l'instruction, n'avait qu'une consigne pour ses enfants : « Faites ce que vous voulez, mais décrochez -moi un diplôme ! » De son père, elle retient la curiosité et le goût de l'innovation. Mais ce qui lui aura été transmis de plus cher par ses parents reste la valeur humaine.

Par ailleurs, Céline Monette explique que lorsque l'on prend la décision consciente de se développe r professionnellement, la meilleure façon d'avancer suppose le soutien d'un ou de plusieurs mentors. Ces personnes, clairement identifiées selon nos désirs de développement, contribuent à leur manière propre à nous faire avancer. La femme d'affaires, qui ferait sûrement elle-même un mentor de choix, spécifie en riant « qu'un bon mentor ne te donne jamais de solution! Il te questionne, t'oriente et te fait travailler ! » Grâce à ces personnes clés qu'elle a côtoyées activement tout au long de sa carrière, elle a assimilé nombre de leçons de vie et de travail.



Mme Céline Monette


Leadership : concepts de base

« On ne naît pas leader, on le devient», affirme avec fermeté la nouvelle directrice générale par intérim de l'AMLFC. À 20 ans, poursuit-elle, elle ne soupçonnait pas cet aspect de sa personnalité. À cet âge, on se connaît trop peu. Elle nuance, surtout, les termes gestionnaire (manager) et leader, qui supposent des philosophies de gestion très différentes. Un gestionnaire s'appuie sur la hiérarchie et gère par contrôle et résolution de problèmes. Sa politique des ressources humaines vise la moyenne : une même règle pour tout le monde, sans plus de flexibilité. Le leader, quant à lui, fait partie intégrante de l'équipe et s'adapte aux changements. Son but est de motiver et servir d'inspiration à son équipe en déterminant la stratégie et la direction. Le leader fonctionne avec des principes et des balises. Ayant des responsabilités de gestionnaire, il se doit évidemment d'appliquer certaines règles. Mais il sait s'adapter aux individus, aux variables ponctuelles, allant jusqu'à prendre des risques pour ajuster ces règles aux membres de son équipe dont il perçoit le potentiel réel.

Car le principe qui revient constamment dans le discours de Céline Monatte est simple : ne jamais oublier qu'on travaille avec l'humain. Dans n'importe quelle condition, et encore plus lorsqu'il s'agit d'appliquer des changements.

Le premier pas se joue au niveau de la sélection : des critères stricts permettent de choisir les individus dont les valeurs, les compétences la compétence essentielle étant la capacité d'apprendre vision de l'organisation. Ensuite, mis à part un salaire compétitif, accorder à l'individu sa confiance, lui offrir des opportunités de développement professionnel, de la flexibilité et de la valorisation. Enfin, lorsqu'il le faut, avoir le courage des choix difficiles.

Une étape charnière

En 2005, après plusieurs années d'accomplissement dans le milieu pharmaceutique, après avoir contribué à cinq fusions et avoir développé un modèle d'affaires basé sur le capital intellectuel, Céline Monette a décidé de prendre une nouvelle direction. Vibrant de cette fibre d'entrepreneure qu'elle n'avait pas encore exploitée, elle devient consultante indépendante.

Devant ce nouvel horizon qui s'offrait, elle a eu des craintes. Mais depuis deux ans, les contrats se sont présentés à elle comme une récolte de tout ce qu'elle avait semé sur son chemin. Avec un modèle d'affaires centré sur les clients, et non sur la compagnie, son réseau est fertile. Le partenariat auquel elle croit vise à ce que tous les partenaires en bénéficient, autant les uns que le s autres. Dans cette lignée, lorsqu'elle perçoit des possibilités entre ses clients, elle n'hésite pas à les mettre en contact.

Quant à l'AMLFC, un de ses clients à qui elle consacrera désormais une partie de sa tâche hebdomadaire, l'organisation ne lui est pas inconnue. Elle a déjà travaillé avec plusieurs des membres et avec la permanence dans le passé. Selon la nouvelle directrice générale par intérim, le défi principal consiste à trouver la capacité et la volonté de s'adapter en continu en fonction de l'évolution des besoins en santé de la société. Bref, devenir une organisation apprenante.

« Quand j'ai décidé de partir à mon compte, ce n'était pas avec l'intention de laisser ma marque individuelle dans la société. J'ai eu une belle carrière, stimulante. Maintenant, c'est à moi d'assister mes clients dans leur recherche de solutions innovatrices qui répondent à leurs besoins, et de les accompagner dans l'implantation de celles-ci. Tout cela en trouvant des complémentarités avec les besoins de notre système de santé.»

Si elle n'a jamais eu de véritable plan de carrière, une seule chose semble certaine : Céline Monette n'en est pas à sa dernière aventure. Elle avoue avoir plusieurs rêves. Pourquoi pas un doctorat à 70 ans. ] 


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