| Ces médecins venus d’ailleurs |
Parution: mars-avril 2007
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Nos collègues d’origine haïtienne |
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Par Dr Marie-Hélène Lindor, MD |
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Le Québec, terre généreuse, a ouvert ses portes à l'immigration haïtienne dès le début des années 1960, lorsque la dictature de Duvalier força des familles entières du pays et surtout la jeune génération, plus suspecte aux yeux du tyran à émigrer pour simplement se maintenir en vie. La possibilité de pratiquer leur profession avec des moyens technologiques modernes et dans des conditions de vie adéquates a attaché à leur nouvelle patrie nombre de ces jeunes déracinés qui pensaient au départ ne délaisser leur île que pour une période transitoire. Le Québec leur offrit tout cela et plus, et les fidélisa à la cause d'une nation jeune, en pleine croissance. Ce défi de participer à l'édification d'une province en plein développement n'était pas le moindre des attraits. Les enseignants et les médecins sont ceux qui, dans les premières années, ont le plus contribué à solidifier les assises de cette société en pleine mutation. Après une période d'adaptation, facilitée tout de même par leur connaissance du français, les médecins d'origine haïtienne ont pu s'intégrer dans le milieu de la santé et y apporter une contribution non négligeable compte tenu des besoins immenses dans ce domaine. Leur participation est attestée dans presque toutes les spécialités médicales et chirurgicales. Ces praticiens ont exercé la médecine tant dans les grandes villes que dans des régions plus éloignées, où ils ont été adoptés et sont devenus, avec le temps, « de vrais fils du pays ». |
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Au cours des vingt dernières années, on a vu augmenter davantage le nombre de médecins de famille au Québec. Les médecins québécois d'origine haïtienne ont suivi cette tendance, fidèle reflet des besoins de la société hôte. Il en est de même pour les urgentologues et les DSPH. Cette armada silencieuse d'omnipraticiens, à l'instar de leurs collègues dits de souche, effectuent un travail indispensable de prise en charge à long terme du patient, de l'adolescence au terme de sa vie adulte. Émanant d'une culture où le sourire est passeport de convivialité, le médecin d'origine haïtienne a cette facilité d'associer à l'allocentrisme inhérent à sa profession un accueil naturellement chaleureux, très apprécié de ses patients.
Un grand nombre de prix, de distinctions et de nominations ont salué les efforts de médecins d'origine haïtienne, en reconnaissance de leur engagement et de leurs réalisations. Citons, pour mémoire, quelques lauréats parmi les plus souvent nommés: les Drs Dickens Saint-Vil, Yvette Bonny, Jean Claude Fouron, Marie-Françoise Mégie, Raymond Duperval et Hervé Blanchard, tous des pionniers dans leur champ d'expertise respectif, ainsi que les Drs Claude Jean François, Lys Montas, Louis E. Roy. Leur apport au milieu de la santé du Québec est important, lui assurant même, dans certains cas, un rayonnement national ou encore international.
La jeune génération de ces médecins francophones nés en Haïti, ou nés en sol canadien et dont l'un des parents est Haïtien de naissance, a étudié en majorité dans les universités québécoises. Leur répartition est semblable à celle de notre société et tend vers un certain équilibre entre médecins omnipraticiens versus spécialistes. Nombre d'entre eux s e réclament d'une certaine « haïtiannité» et manifestent leur intérêt par une collaboration dynamique, quand ils le peuvent, aux activités de l'Association des médecins haïtiens à l'étranger (AMHE), que celles-ci soient académiques ou caritatives. Ces jeunes médecins relèvent jusqu'à présent avec succès le défi de leurs aînés qui, de manière responsable, ont coopéré au développement de ce modèle original québécois d'organisation sociale des soins de la santé issu de la Révolution tranquille.
La plupart des médecins d'origine haïtienne oeuvrant dans les hôpitaux et les CLSC témoignent de leur sentiment d'appartenance à leur établissement par leur participation aux comités et aux programmes en place. Leur engagement social se manifeste aussi par différents types de soutien à leur communauté d'origine. Ainsi, en plus d'organiser un programme d'enseignement médical continu pour ses membres, la section montréalaise de l'AMHE qui existe depuis trente-trois ans a apporté son soutien à la communauté haïtienne de Montréal avec l'OEuvre social de l'AMHE. Depuis dix ans, celui-ci porte le nom de Fondation des médecins Canado-Haïtiens. Cette Fondation, outre une aide financière aux étudiants de la faculté de médecine de Port-au-Prince, remet chaque année, à Montréal, des prix et bourses pour souligner le mérite de jeunes de la communauté haïtienne qui se sont distingués par leur performance sportive dans leur milieu scolaire. Par cet encouragement à faire du sport, la Fondation vise à éviter la délinquance et le décrochage scolaire.
Les médecins québécois d'origine haïtienne sont actifs dans toutes les sphères de la médecine au Québec. Depuis quarante ans, ils concourent à l'édification de cette société qui les a accueillis et associés à son projet de développement.]
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