| MOT DE LA LAURÉATE |
Parution: janvier-février 2007
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Prix Abbott-Pelland-Brissette, le Dr Francine Léger |
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Je suis une femme engagée. J’ai des choses à faire, des choses à dire; je dois être. Je viens d’une longue lignée d’êtres humains qui se sont engagés dans la société dans laquelle ils vivaient. Mon côté féministe vient sûrement des femmes de ma famille qui se sont battues, entre autres, pour le droit de vote des femmes au début du siècle dernier. Je suis fière de mon arrière-grand-mère, Marie Lacoste Gérin-Lajoie, une suffragette bien connue, qui fut la cofondatrice et présidente du premier mouvement féministe et social au Québec. Sa soeur, Justine Lacoste-Beaubien, a fondé, en 1907, l’hôpital Sainte-Justine. Sa fille, Marie Gérin-Lajoie, ma grand-tante, première femme bachelière de l’Université de Montréal, en 1911, consacra sa vie à l’éducation des femmes et à l’action sociale. Peut-être que mon côté féministe vient plutôt de mon enfance, alors qu’en tant que cinquième fille d’une famille de huit enfants, je devais faire la vaisselle après le souper pendant que mes frères allaient jouer dehors. Cela m’a donné un grand sens de la justice! Pendant mes études de médecine, lorsque j’ai vu la naissance du petit d’un humain, j’ai su que ce moment serait déterminant. J’ai choisi d’orienter ma pratique en santé des femmes, sachant que l’obstétrique en serait le coeur. Pour moi, en même temps que la mise au monde d’un enfant est extraordinaire, je considérais, et considère toujours que les femmes doivent avoir le droit de choisir de porter la vie ou non. Et les accidents de parcours faisant partie de la vie des femmes, un avortement doit pouvoir être disponible, dans les meilleures conditions médicales et humaines. J’ai donc fait autant des accouchements que des avortements, en ayant l’impression d’être utile et présente dans tous les aspects de la vie des femmes, même en des moments difficiles. |
![]() Le Dr Francine Léger |
Mon engagement est la constante de ma vie professionnelle. Cela prend beaucoup de patience et de détermination pour contribuer à changer notre environnement hospitalier. Par exemple, à chaque réunion départementale, je revenais à la charge afin d’avoir des bains tourbillons pour les femmes en travail. Devinez combien de temps cela a pris? Vingt ans! Car les obstacles et résistances à changer des habitudes et des mentalités sont étonnamment multiples et surprenants. L’être humain est si complexe! Ce n’est qu’un des petits combats que j’ai menés.
J’ai souvent eu l’impression de déranger mes pairs avec de telles revendications. Je suis donc surprise et honorée d’être reconnue par ceux-ci, au point de recevoir un prix. Un prix que le comité des femmes médecins du Collège des médecins du Québec, auquel je participais, a proposé et qui en a choisi le nom, à la mémoire des trois premières femmes diplômées en médecine des trois universités québécoises de l’époque : Maude Abbott (Bishop), Marthe Pelland (Montréal) et le Dr Brissette (Laval).
La santé est souvent associée à l’éducation et au niveau de vie d’une population. En santé des femmes, j’ai parfois l’impression d’un retour en arrière avec l’intégrisme des religions, tant catholique que musulmane. J’entends les mots chaperon et refus d’être traitée par des hommes médecins, et mes cheveux se hérissent. Ah non! Cela nous a pris tant de temps pour séparer le politique du religieux… Va-t-il encore falloir se battre pour préserver le droit des femmes?
Un autre sujet qui me préoccupe est l’hypersexualisation des jeunes et des moins jeunes dans la société des pays développés. Une femme libre n’est pas une femme hypersexuée, mais plutôt une femme en harmonie avec tout son être (son corps, son coeur, sa tête et son âme). L’image de la belle jeune femme sur fond de photo uniformisée et retouchée, avec des ingrédients d’anorexie, d’insipidité et de sourire blanchi m’inquiète viscéralement.
Ce ne sont pas les motifs d’entreprendre des actions et de s’engager qui manquent lorsque l’on souhaite améliorer la santé des femmes. Au plaisir de travailler ensemble au cours des prochaines années... J’aurai grandement besoin de vous tous !]
Francine Léger, MD
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