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Parution: septembre-octobre 2006
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Doctorat honoris causa au Dr Jacques Étienne Des Marchais |
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Par Raymond Lalande, MD |
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![]() M. Luc Vinet, recteur de l’Université de Montréal, le Dr Jacques Étienne Des Marchais, docteur honoris causa, Mme Maryse Rinfret-Raynor, vice-rectrice aux affaires académiques et le Dr Raymond Lalande, vice-doyen aux études médicales de premier cycle, à la formation professionnelle continue et au développement de l’enseignement |
Aujourd’hui, l’Université de Montréal remet un doctorat honoris causa à l’un des siens, qui a fait carrière parmi nous et à l’Université de Sherbrooke, à un pilier de l’éducation médicale, au parcours impeccable et au rayonnement international.
Après avoir complété ses études de médecine et de chirurgie orthopédique à l’Université de Montréal, le Dr Jacques Étienne Des Marchais obtient une maîtrise en anatomie de notre université et une maîtrise en éducation des sciences de la santé de l’Université Michigan State aux États- Unis. Combinant dès le début de sa carrière sa passion pour la chirurgie avec celle de l’enseignement, il exerce l’orthopédie à l’hôpital du Sacré-Coeur de Montréal pendant quatorze ans, gravit rapidement les échelons et devient, en 1985, professeur titulaire à l’Université de Montréal.
Sa carrière est marquée par le dévouement à la cause de l’éducation médicale. Il fonde, en 1976, le Club de pédagogie médicale du Québec et en assume la direction pendant dix ans. Ce regroupement de médecins et de professionnels de la santé et de l’éducation servira de creuset pour la formation d’une élite pédagogique qui développera l’expertise nécessaire aux réformes pédagogiques qui surviendront dans les facultés de médecine du Québec pendant les trois décennies suivantes. En 1982, il fonde, au sein même de notre université, l’Unité de recherche et de développement en éducation médicale (URDEM) et crée un programme de formation pédagogique à l’intention des professeurs de la Faculté qui fera sa marque au pays et ailleurs dans le monde. Les cinq manuels qu’il publiera avec ses deux précieux collaborateurs, les Drs Pierre Jean et Pierre Delorme, seront utilisés dans plusieurs universités de la francophonie. Ardent promoteur de la méthode de l’apprentissage par problèmes, il devient, en 1986, vice-doyen aux études à la faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke où il implante avec un succès retentissant un nouveau programme d’études médicales basé sur le développement de l’autonomie, l’apprentissage en petits groupes et l’exposition clinique dès le début de la formation.
Auteur de plusieurs publications sur le changement et les innovations dans les programmes universitaires, il devient un expert mondialement reconnu et un conférencier recherché. L’impact de ses travaux est considérable. […]Si maintenant on délaisse sensiblement l’amphithéâtre, c’est pour retrouver le patient au coeur de l’apprentissage et pour mieux faire confiance à l’étudiant, qui devient le véritable artisan de son avenir. Sous son influence, le professeur redevient, à l’image de Socrate, un maître plutôt qu’un distributeur de connaissances. […] Là où certains voyaient cette nouvelle pédagogie de l’apprentissage par problèmes comme un chaos, Jacques Des Marchais nous a montré qu’il s’agissait au contraire d’une pédagogie soigneusement préparée et bien évaluée, que l’apprentissage est le fruit d’un mélange complexe de découvertes faites par soi-même, guidé par un professeur sur un chemin savamment réfléchi.
Jacques a contribué à un virage important en éducation médicale: celui de remettre le patient au coeur de l’apprentissage. Et tout à côté de lui, l’étudiant, raison d’être principale de l’université. Ce message, il l’a répandu tout au long de son parcours universitaire : à la présidence du Conseil médical du Canada, de l’Association canadienne pour l’éducation médicale et de l’exécutif du Network of Community- Oriented Educational Institutions for Health Sciences.
Lauréat de nombreux prix, nommé professeur émérite à l’Université de Sherbrooke, le Dr Jacques Étienne Des Marchais peut être, sans contredit, considéré comme le père de la pédagogie médicale au Québec et dans le monde francophone.
Aujourd’hui, il consacre ses énergies à l’essor et au rayonnement du plus ancien regroupement de médecins francophones en Amérique du Nord, l’Association des médecins de langue française du Canada, dont il assume la présidence et les destinées depuis 2005. Et surtout, il m’apparaît important de le souligner, il préside le comité aviseur que notre Faculté a mis sur pied pour la conseiller sur le projet de décentralisation de la formation médicale en Mauricie.
C’est avec une très grande fierté, madame la Secrétaire générale, que je vous recommande de décerner aujourd’hui un doctorat honoris causa de l’Université de Montréal au Dr Jacques Étienne Des Marchais.
Allocution du Dr Jacques Étienne Des Marchais
Monsieur le chancelier, Monsieur le recteur, Monsieur le doyen, Messieurs les professeurs, distingués invités, Mesdames et messieurs, bon après-midi.
Je remercie les collègues qui ont proposé ma candidature. Merci aussi aux autorités universitaires qui l’ont retenue.
Très nombreux ont été ceux et celles qui ont favorisé mes réalisations. J’en nomme ici quelques-uns :
Maintenant, c’est à vous, diplômés d’aujourd’hui, que je veux proposer deux réflexions.
Demeurons des apprenants conscients et autonomes la vie durant
À mon époque, les expériences d’auto-apprentissage étaient absentes de notre éducation. Ce n’est que lors des dernières années de résidence que nous avons été forcés à devenir des auto-apprenants, à l’occasion de notre préparation aux examens de certification. Personnellement, je n’ai appris les mécanismes qui guident l’autoapprentissage que lors de mes études de maîtrise en éducation. Puis, à Sherbrooke, j’ai compris comment les sciences cognitives expliquent la construction de nos réseaux sémantiques. Chanceux êtes-vous d’avoir bénéficié de l’APP pour vous familiariser avec l’art d’apprendre : se poser un problème, le «décortiquer», chercher les données explicatives et trouver les solutions les plus probables. Depuis sept ans, le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada nous incite à préciser les divers moyens utilisés pour obtenir les crédits exigés de formation continue. Il s’agit donc de choisir les formats en fonction de nos besoins spécifiques. Également, le Collège des médecins du Québec a récemment décidé que nous devrons tous faire la preuve de notre processus de développement professionnel continu pour le maintien de la licence de pratique.
Ma boule de cristal me dit que la société exigera maintenant cette preuve du maintien de notre compétence clinique et que vous serez les premiers à être touchés par cette approche. L’évolution de la science et de la technologie, les attentes sociétales nous entraîneront tous vers de nouveaux défis d’apprentissage. J’ai le goût de vous dire de profiter de vos années de résidence pour devenir davantage conscients de ce processus d’apprentissage autonome dont vous aurez besoin la vie durant.
Apprenons à faire équipe
L’image du médecin de famille pratiquant seul à la campagne ou celle du chirurgien faisant tout gronder sur son passage est presque disparue de notre paysage. Néanmoins, l’activité clinique continue de s’effectuer, dans la majorité des cas, en situation d’individualité. Le médecin se retrouve seul face à son patient pour prendre les décisions. D’un autre côté, les influences sociétales prônent l’interdisciplinarité et la multidisciplinarité. La loi 90 octroie d’ailleurs à d’autres professionnels de la santé des pouvoirs qui étaient traditionnellement dévolus aux seuls médecins. Pour sa part, le Collège royal a identifié les rôles CanMEDS. Autour du concept d’expert se greffent six autres rôles : communicateur, collaborateur, gestionnaire, promoteur de la santé, érudit et professionnel. Ces nouveaux rôles et l’interdisciplinarité qui y est associée auront un impact déterminant sur votre formation, y compris la formation professionnelle continue, nouvelle exigence de notre société.
À juste titre, le ministère de la Santé et des Services sociaux insiste sur les dimensions interdisciplinaires, puisqu’elles sont au coeur de la transformation de nos systèmes. Le médecin a aussi un rôle à y jouer. Mais il lui faudra d’abord avoir développé sa capacité et son habileté à faire équipe avec d’autres professionnels, particulièrement par une écoute attentive et une contribution stratégique.
Apprendre à faire équipe demeurera un défi persistant de notre profession puisque le médecin agit seul avec son patient, mais que la société exige de lui davantage d’interdisciplinarité. ]
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