|
Parution: juillet-août 2006
|
|
|
PROMOTEUR DE LA SANTÉ |
|
|
Par Jacques Étienne Des Marchais, MD |
|
|
En mars dernier avait lieu à Papeete, en Polynésie française, le 13e Colloque de médecine ambulatoire multidisciplinaire de l’Association. À cette occasion, j’ai été étonné, une fois encore, de constater combien ces colloques constituent des activités d’apprentissage réellement fructueuses : celui de Papeete a attiré 45 % de spécialistes parmi les 60 médecins québécois inscrits. Lors du 12e Colloque tenu à Bastia, en Corse, la participation importante de spécialistes, toutes catégories confondues, m’avait aussi frappé. Ces échanges entre collègues de diverses disciplines m’apparaissent être une source d’enrichissement indéniable. Néanmoins, j’avais eu un peu de difficulté à identifier les enjeux critiques qui favorisaient ces échanges. Le chaud climat de Papeete, à Tahiti, a stimulé davantage ma réflexion. Je propose que le rôle de « promoteur de la santé» devienne le médium qui nous unit. |
![]() Le Dr Jacques Étienne Des Marchais |
Rôles-compétences CanMEDS
Les rôles-compétences CanMEDS ont été décrits dans le numéro de mars-avril 2006 du Bulletin. Autour du rôle central de l’expert médical (soins aux patients) se greffent six autres rôles. Il s’agit du communicateur (échanges dynamiques dans la relation médecin-patient), du collaborateur (travail efficace dans une équipe de soins de santé), du gestionnaire (participation active à l’organisation des soins), du promoteur de la santé, de l’érudit (engagement de toute une vie envers l’apprentissage fondé sur la réflexion, la diffusion et l’utilisation des connaissances médicales), et du professionnel (pratique de la médecine tout en respectant l’éthique et autoréglementation).
Le rôle de promoteur de la santé implique que les médecins utilisent leur expertise et leur influence de façon responsable pour promouvoir la santé et le mieux-être de patients en particulier, de collectivités et de populations. Certains vieux spécialistes ont longtemps pensé que ce rôle était réservé aux médecins gestionnaires de la santé publique; ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le programme de notre 13e Colloque tenu à Papeete en est un bel exemple.
En fait, le rôle de promoteur de la santé diffère de ceux de spécialiste en santé communautaire et de médecin général, malgré que ces derniers doivent eux aussi répondre aux besoins spécifiques de leurs patients relativement à leur santé, répondre aux besoins sanitaires des collectivités desservies, identifier les déterminants ayant une influence sur la santé des patients (l’obésité et le tabagisme, par exemple), promouvoir la santé individuelle ou des communautés ou des populations (pour les médecins oeuvrant en santé communautaire).
Que ce soit en santé communautaire ou autre, il est bien évident que tout clinicien peut avoir un impact sur les déterminants de la santé, les trois principaux étant le tabagisme, le manque d’exercice et le gain de poids. Ainsi en va-t-il pour moi, qui suis pourtant médecin expert. En effet, j’ai pris l’habitude, au moment de dresser la liste des antécédents, de vérifier (lorsque c’est le cas) le degré de tabagisme des patients qui me consultent, en termes de nombre de cigarettes par jour et d’années de dépendance. Je termine ensuite notre entretien en demandant à ces mêmes patients s’ils ont déjà pensé à cesser de fumer.
Ce faisant, j’utilise une partie des ressources attribuées à l’exploration de la problématique clinique pour un aspect de la médecine qui ne fait pas partie du mandat spécifique qui m’est confié, mais qui est tout de même pertinent. Je m’attribue alors ce rôle de promoteur de la santé, de manière ponctuelle.
13e Colloque de médecine ambulatoire multidisciplinaire
Sur les neuf heures de formation continue de ce colloque, sept étaient consacrées à des problèmes cliniques et de santé qui confrontent à la fois nos populations nord-américaines et celles de la Polynésie française. Les pr ésentations portaient sur les maladies respiratoires (asthme et MPOC) dans un contexte de médecine ambulatoire, le diabète (le syndrome métabolique) et l’obésité (y compris son traitement chirurgical sur une base ambulatoire), ainsi que les aspects pratiques de la lutte contre la pandémie d’influenza (plans de lutte québécois et polynésien).
Du côté polynésien, les conférenciers étaient principalement des praticiens impliqués en santé publique : les Drs Pascal Jarno, responsable du Bureau des programmes des pathologies infectieuses; Marc Lévy, microbiologiste au CH de la Polynésie française; Éric Parrat, pneumologue et Maire Tuheiava, médecin référent diabète. Du côté québécois, ils étaient tous des praticiens très impliqués dans leur communauté: les Drs Richard Audet, interniste à Maria; Danielle Auger, médecinconseil à la Direction de la protection de la santé publique; Pierre Jetté, chirurgien à Longueuil et Tam Le Duc, pneumologue à Longueuil.
Caractéristiques du processus
À juste titre, on peut se demander si un tel colloque, qui comprend des conférences magistrales mais auquel s’ajoute une portion touristique, permet un véritable apprentissage, surtout sur le rôle de promoteur de la santé. Avant de répondre à cette question, revoyons certaines caractéristiques de l’événement.
| ■ |
Choix de sujets d’intérêt général |
| ■ |
Échanges entre spécialistes et généralistes |
| ■ |
Mesure de l’apprentissage |
Les formulaires d’évaluation ont été remplis par 76 % des 60 participants. Il y avait un formulaire pour chacune des sessions. Une échelle d’évaluation croissante a été utilisée (de 1 à 4). Le répondant devait ainsi chiffrer son appréciation (1 = tout à fait en désaccord et 4 = tout à fait d’accord).
De façon globale, le programme des conférences a été très apprécié (3,6 sur une échelle de 4).
Plus spécifiquement (voir tableau 1), quelques éléments ont été plus marquants (3,7 à 3,8) : l’intérêt du sujet présenté, une présentation claire, des objectifs atteints, un conférencier bon communicateur, des réponses claires et pratiques aux questions, et un support audiovisuel propice à l’apprentissage.
|
Tableau 1 ÉVALUATION GLOBALE DE L’ENSEMBLE DES CONFÉRENCES |
|||||||
|
|
|||||||
|
Moyenne
|
Écart-type
|
Nombre de réponses
|
|||||
|
|
|||||||
| Le sujet de la présentation suscite mon intérêt |
3,76
|
0,48
|
414
|
||||
| Les objectifs étaient pertinents à ma pratique |
3,18
|
0,90
|
396
|
||||
| Les objectifs ont été atteints |
3,71
|
0,51
|
401
|
||||
| La présentation était claire, crédible et dépourvue de biais |
3,79
|
0,44
|
414
|
||||
| Le conférencier est bon communicateur |
3,70
|
0,58
|
415
|
||||
| L’interaction du conférencier était suffisante |
3,66
|
0,60
|
405
|
||||
| Les réponses aux questions étaient claires et pratiques |
3,78
|
0,45
|
399
|
||||
| La méthode éducative et le support audiovisuel utilisés étaient propices à l’apprentissage |
3,75
|
0,52
|
412
|
||||
| La documentation remise était suffisante |
3,41
|
0,99
|
364
|
||||
| Croyez-vous pouvoir intégrer cette nouvelle notion dans votre pratique ? |
2,99
|
0,96
|
320
|
||||
|
|
|||||||
| MOYENNE |
3,59
|
||||||
|
|
|||||||
Échelle d’évaluation croissante (de 1 à 4)
|
|||||||
| Nombre de réponses: 417 | |||||||
Mentionnons toutefois qu’en recoupant ces données avec les commentaires des participants sur le formulaire, pour une évaluation plus objective, il ressort que les sujets suivants ont suscité l’intérêt des congressistes : la MPOC, le syndrome métabolique, le traitement chirurgical de l’obésité, le plan québécois de lutte contre la pandémie d’influenza, ce dernier sujet ayant obtenu la meilleure note.
Quant à l’appréciation de l’organisation générale, elle se chiffrait de 3,19 à 3,68 (voir tableau 2).
|
Tableau 2 ÉVALUATION GÉNÉRALE DU COLLOQUE |
||||||
|
|
||||||
|
Moyenne
|
Écart-type
|
|||||
|
|
||||||
| Le temps alloué était suffisant |
3,45
|
1,18
|
||||
| L’horaire était respecté |
3,19
|
1,29
|
||||
| Date choisie |
3,67
|
0,87
|
||||
| Programme |
3,64
|
0,92
|
||||
| Accueil |
3,68
|
0,87
|
||||
| Locaux |
3,46
|
0,94
|
||||
|
Échelle d’évaluation croissante (de 1 à 4)
|
||||||
Nombre d’inscriptions: 60 (incluant les conférenciers et animateurs) Nombre de réponses: 137 (soit un taux de réponse de 76 %) |
||||||
On peut se poser à nouveau la question de départ : est-ce que le Colloque de Papeete a été un apprentissage au rôle de promoteur de la santé ? Même s’il en avait tout le potentiel de par le sujet abordé et compte tenu de la participation d’une population mixte de médecins spécialistes et d’omnipraticiens, il est bien évident que l’évaluation globale de l’activité ne nous permet pas, pour l’instant, de conclure que cet objectif a été atteint.
Plusieurs facteurs expliquent cette situation. Premièrement, ce n’est qu’en rétrospective que l’analyse actuelle permet d’établir un lien entre le potentiel du Colloque par rapport au rôle précis de promoteur de la santé. En effet, le Colloque n’a pas été stratégiquement planifié en fonction d’atteindre cet objectif.
Deuxièmement, force est de constater que la méthode d’apprentissage utilisée était traditionnelle, à savoir une présentation magistrale suivie de discussions. Un mode davantage interactif aurait sûrement permis un meilleur apport non seulement des personnes-ressources mais aussi des participants-ressources. D’autant que nombre d’entre eux, de par leur pratique, avaient un potentiel non négligeable d’influence-impact sur leurs collègues relativement aux problématiques de santé publique.
Troisièmement, au-delà du processus utilisé, nos activités ne sont pas annoncées comme une opportunité particulière pour le participant de s’investir dans un processus qui lui permettra de devenir une personne influente dans l’apprentissage de ses collègues.
En conclusion, un message se dégage de cette présentation. Si l’on veut améliorer l’apprentissage, l’organisation se doit de consacrer plus de temps et d’énergie à planifier les facteurs qui influenceront l’accroissement du savoir et du savoir-faire. ]
|
|
|||
| Article précédent dans ce Bulletin | |||