Le Dr Catherine Bégin
Parution: novembre-décembre 2005

Démythifier le don d’organes

Par Jean Michel Taub

Se définissant elle-même comme ayant un tempérament praticopratique, le Dr Catherine Bégin est une femme d'action qui se plaît autant à soigner une otite ou une pneumonie qu'à organiser les activités entourant le don d'organes. Sa motivation? Sauver des vies... le but ultime de la médecine.

Modeste mais diablement efficace, le Dr Bégin est de ceux qui concrétisent des projets, font en sorte qu'ils deviennent réalité. L'organisation qui entoure les dons de tissus et d'organes figure parmi ses réalisations. En toute simplicité, appuyée par une équipe hors pair, le Dr Bégin s'implique à fond dans ce domaine.

Est-ce son seul intérêt pour la médecine qui l'a amenée à s'occuper du don d'organes? En l'écoutant raconter son parcours, expliquer combien les grands progrès sont faits de patience, d'écoute et de persévérance, on se dit que c'est aussi en accord avec ses valeurs profondes que le Dr Bégin a choisi cette voie.

Le chemin qu'a suivi le Dr Bégin l'a menée de Notre-Dame-du-Lac, au Temiscouata, jusqu'au bord du fleuve à Rimouski. « J'ai fait une demande d'admission en orthophonie, une autre en psychologie, et une dernière en médecine. Admise dans ces trois disciplines, j'ai opté pour la médecine, me disant que c'était la matière la plus difficile et que, si cela ne me plaisait pas, il serait alors plus simple de m'orienter vers l'une des deux autres disciplines que j'avais retenues. En fait, la question d'un deuxième choix ne s'est jamais posée : dès le départ, j'ai adoré la médecine!

« J'ai fait mes études à l'Université Laval et ma résidence à l'hôpital de l'Enfant-Jésus à Québec. J'attendais de la médecine des contacts chaleureux, vrais, et j'ai été comblée. Ensuite, l'hôpital de Rimouski offrant un poste à temps plein à l'urgence, j'ai accepté, friande que je suis de médecine de première ligne. C'était il y a quatre ans. Quand je suis arrivée, je ne connaissais personne, je n'avais aucun contact sur place. N'ayant pas "d'attaches", j'ai bénéficié d'une grande liberté. Assez rapidement, j'ai noué de belles relations avec mes collègues et j'ai élargi mon horizon de pratique: hospitalisations, visites à domicile, cabinet privé. Il n'y a pratiquement que l'obstétrique à laquelle je n'ai pas touché.»


Le Dr Catherine Bégin

Le Dr Bégin exprime sa fidélité à ses patients comme allant de soi. « Cela fait partie de la continuité des soins. De plus, dotée d'une nature prévoyante, j'ai toujours un plan B. À l'urgence, j'aimais beaucoup être la première personne à accueillir un client, à procéder aux premiers examens. C'est très stimulant. Le défi est notable. »

Quand la santé fait la une

La discrétion du Dr Bégin est grande, et c'est avec retenue et respect qu'elle exprime ses opinions. Au sujet du problème des urgences au Québec, elle dira: « Malheureusement, nous ne disposons pas d'infrastructures qui permettent de gérer ces problèmes autrement. Peut-être qu'avec les GMF et l'ouverture 24 heures sur 24 des CLSC, on notera une certaine amélioration. Il faut mentionner aussi qu'il y a quantité de gens qui viennent à l'urgence pour des raisons "non urgentes". Ils le font par insécurité, ne sachant pas de quoi ils sont atteints. Il faut sensibiliser la population à ce sujet. Il me semble qu'une manière d'y remédier serait la diffusion d'une plus grande information auprès du public. Idéalement, il faudrait également disposer d'infrastructures permettant à la population de consulter plus facilement et plus rapidement.

« Les attentes du public en matière de santé sont bien plus nombreuses qu'autrefois. Il y a cinquante ans, les gens réglaient leurs affaires tout seuls et ils pensaient pouvoir faire la même chose en ce qui concernait leur santé. Lorsqu'ils étaient malades, ils se disaient que ça n'était pas grave et que cela finirait bien par guérir tout seul. Aujourd'hui, la situation est totalement inversée. Les gens demandent qu'on leur fournisse des remèdes. Leur sensibilité est hyper développée par les médias. Il n'est pas rare de voir arriver à l'urgence quelqu'un n'ayant qu'une petite rougeur au bout du doigt, ou bien accompagné d'un enfant qui s'est fait piqué par un insecte. Ce n'est pas la piqûre proprement dite qui les inquiète, mais l'idée qu'ils se font de la suite, à savoir qu'il pourrait s'agir de la bactérie mangeuse de chair. Les gens sont-ils trop ou mal sensibilisés? C'est une question difficile à trancher, car effectivement certaines situations requièrent des soins immédiats, et on doit en informer la population. »

Outre les consultations pour de fausses raisons, les reportages axés sur les maladies fracassantes ou dramatiques ont pour effet que les gens se désintéressent des maladies «moins spectaculaires» telles que le cancer, et cela n'est pas souhaitable.

Le don d'organes

Malheureusement, les affections graves – qu'elles soient médiatisées ou non – touchent plusieurs d'entre nous. Parmi ceux qui en sont atteints, certains auront besoin de recevoir un organe sain pour guérir.

« Le prélèvement d'organes est pratiqué sur des donneurs en mort cérébrale, dont les fonctions vitales sont maintenues artificiellement. Ce sont essentiellement des victimes d'accidents, des patients qui ont subi un ACV ou qui ont subi un arrêt cardiaque de très courte durée, ce qui nous permet de prélever le coeur, les poumons, les reins ou le pancréas. Le pouls, la tension artérielle, la respiration demeurent actifs grâce au respirateur et aux médicaments qui maintiennent la tension artérielle, le débit urinaire et l'oxygénation des organes.


« Ce qui nous vient en aide, ce sont les témoignages de gens qui ont eu la chance de recevoir un organe et qui se portent bien maintenant. C'est ce que j'appelle la "thérapie par impact".»
– Dr Catherine Bégin  

« Au Québec, les critères pour décréter la mort cérébrale sont nombreux. Les protocoles comprennent entre autres l'examen des fonctions réflexes, le test d'apnée et la mesure de la variation des pressions partielles d'oxygène et de gaz carbonique. Il faut que cela se sache, car les gens sont encore très réticents à signer l'autorisation de transfert d'organes figurant sur leur permis de conduire, par crainte qu'on veuille "accélérer" leur mort pour procéder au prélèvement d'organes. Pourtant, la liste des facteurs pris en considération est telle qu'il n'y a aucun doute possible quant au décès de la personne lorsque nous procédons. Il faut rassurer le public à ce sujet !»

Le Dr Bégin ne fait pas que transmettre le message; elle s'implique activement dans l'organisation même du don d'organes avec tout ce qu'elle comporte.

« Ainsi, organiser le transfert d'un donneur de Rimouski à Québec représente un travail considérable; cela requiert beaucoup d'énergie. La complexité de ce type d'opération me fascine. J'espère aussi arriver à démythifier tout ce qui entoure le don d'organes afin que les gens soient plus à l'aise avec cet aspect de la médecine, tant au sein de la population que de la communauté médicale. C'est un domaine qui permet véritablement de repousser les limites de la médecine. »

La motivation profonde du Dr Bégin et de toute son équipe, c'est de pouvoir sauver des vies grâce aux organes transplantés. Ils collaborent étroitement avec Québec-Transplant. Ils ont développé des protocoles pour faciliter le travail des médecins et des infirmières. « Cela a nécessité de sensibiliser les gens à cette réalité. Au départ, le don d'organes n'était pas très connu à Rimouski. Aujourd'hui, nous sommes plus attentifs aux éventuelles demandes de donneurs qui peuvent nous être adressées. Nous transférons d'ailleurs davantage de donneurs qu'il y a quatre ans.

« Lorsque ce sont des tissus (cornée, peau, certains os, valvules cardiaques...) qui sont requis, la tâche est plus simple. Il n'est pas essentiel alors de procéder au transfert du donneur. Les équipes de prélèvement viennent directement à Rimouski. Elles disposent de tout le matériel nécessaire à la conservation des tissus prélevés. »

Il est clair cependant qu'il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour dissoudre les résistances des uns et des autres au sujet du don d'organes. « Le premier pas est d'informer clairement le personnel du milieu de la santé. Plusieurs hésitent encore à dire oui au don d'organes. Les mythes sont toujours bien présents de ce côté-là aussi. On craint que le corps ne soit irrémédiablement endommagé, qu'il y ait manque de respect.

« Il faut aussi former du personnel pour répondre aux questions des familles des donneurs et les accompagner dans cette démarche. Ce qui nous vient en aide, ce sont les témoignages de gens qui ont eu la chance de recevoir un organe et qui se portent bien maintenant. C'est ce que j'appelle la "thérapie par impact". Je pense entre autres à cette femme dont la vie a été transformée à la suite d'une greffe du foie et à cet autre patient si rayonnant lorsqu'il a su que sa vie ne dépendrait plus d'une machine. Ce sont ces petites victoires qui nous incitent à poursuivre notre action. Il s'agit de sauver la vie des gens, et cela est inestimable. » Malheureusement, il y a encore beaucoup de patients pour lesquels on ne trouve pas de donneurs. Mais il ne faut pas perdre espoir, nous dit le Dr Bégin.

Le don d'organes n'est plus tabou comme il l'a déjà été. Même s'il est toujours associé en partie à la mort, on prend davantage conscience aujourd'hui qu'il permet surtout de maintenir la vie. « Le parent d'un patient décédé m'a dit un jour qu'il espérait que je serais là pour l'aider jusqu'à la fin s'il était atteint d'une maladie incurable. C'est le rôle du médecin de faire route avec son patient, de l'accompagner. Il arrive qu'un patient décide tout simplement de laisser la maladie suivre son cours parce qu'il considère qu'il n'aurait plus de qualité de vie s'il optait pour les traitements proposés. Nous devons alors respecter son choix.» ]


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