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Parution: novembre-décembre 2005
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Le SI-RIL Un dossier santé électronique |
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| Par Jean Michel Taub | |
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Dans le domaine de la santé, les questions administratives méritent elles aussi des soins. Malheureusement, sur ce point, nombreux sont ceux qui se prétendent capables de faire des miracles. Pour le Dr Claude Saucier, omnipraticien à la Cité de la santé de Laval, il n'existe qu'une seule approche permettant d'obtenir des résultats tangibles. Et celle-ci a trois composantes: une vision concrète, un haut degré d'implication et la patience des « petits pas ». Il est clair: cela vaut pour les problèmes de santé de ses patients comme pour ceux du système de santé. Le Dr Saucier a su intégrer cette approche dans sa pratique médicale. Quand on lui demande ce qui lui tient à coeur, il n'hésite pas une seconde à nous parler des projets dont il s'occupe présentement, nous dresse le tableau des analyses qu'il a faites et nous fait part de solutions possibles aux problèmes du réseau de la santé. Cette réflexion, il l'a portée et approfondie tout au long de sa carrière et selon les différents postes qu'il a occupés. « De façon générale, les omnipraticiens sont des gens pragmatiques, véritablement en contact avec ce qui se passe "sur le terrain", raconte le Dr Saucier. Ils sont en première ligne. Les solutions proposées seront comme autant de coups d'épée dans l'eau si on ne tient pas compte des conditions de travail des omnipraticiens au Québec. Il ne s'agit pas seulement d'investir d'importantes sommes d'argent dans les services d'urgence, par exemple, pour que la situation change. » |
![]() Le Dr Claude Saucier |
Outre la Cité de la santé de Laval, le Dr Saucier exerce également la médecine générale à la polyclinique Concorde (toujours à Laval). À ses activités purement médicales s'ajoutent de multiples responsabilités administratives. Ainsi, il a participé à la mise en place de la Régie régionale de Laval et a été le premier président de la Commission médicale de sa région (de 1993 à 1997). De 2000 à 2004, il a dirigé le Département régional de médecine générale. Il est aujourd'hui président de l'Association des médecins omnipraticiens de Laval et siège au conseil d'administration de la FMOQ en tant que secrétaire général.
Toutes ces fonctions ont pour but de l'aider à progresser vers l'atteinte de ses objectifs. C'est la vision qu'il en a. « J'essaye de trouver des solutions à la mesure de mes moyens aux problèmes qu'affrontent chaque jour les omnipraticiens. » Ainsi en est-il du projet SI-RIL, auquel se consacre entièrement le Dr Saucier. Il s'agit du Système d'information du réseau intégré de Laval. Conçu il y a trois ans, le SI-RIL regroupe aujourd'hui dix cliniques de Laval. Grâce à ce système, les quelque 105 médecins qui pratiquent dans ces cliniques ont accès par voie informatique aux résultats d'analyses de laboratoire de leurs patients.
« Avec le SI-RIL, je voulais mettre en place un système conçu par les médecins pour les médecins et pour le bien-être des patients. Il s'agit d'un dossier santé électronique que l'on peut consulter facilement et dont la mise à jour est très rapide. Je connais déjà les résultats des examens de laboratoire que j'ai demandés pour mes patients qui se sont présentés pour une prise de sang ce matin... Le SI-RIL est également interconnecté à deux compagnies privées : MDS (prélèvements sanguins) et Tomo-Réseau-Concorde (tomographie axiale et résonance magnétique). Cela nous permet d'obtenir les résultats d'analyses réalisées dans leurs laboratoires de la même manière que nous avons accès à ceux des CLSC et de la Cité de la santé. Tout ceci par l'intermédiaire d'un réseau ultra-confidentiel, hautement sécuritaire, le RTSS (Réseau des télécommunications du système de santé du Québec). Le SI-RIL est le premier à être pleinement fonctionnel et aussi facile d'utilisation. Nous espérons vivement que cela motivera davantage d'omnipraticiens à s'en servir. »
Pour le Dr Saucier, nombreux sont les obstacles au succès de l'utilisation de l'informatique en médecine. Il y a une certaine méfiance du corps médical à cet égard, parfois motivée par des expériences non concluantes ou problématiques dans ce domaine. De plus le Dr Saucier est clairement affirmatif à ce sujet on ne peut imposer aux professionnels de la santé des systèmes conçus de l'extérieur pour lesquels ils n'ont pas eu droit de regard. Parce qu'il y a un monde entre la théorie et la pratique.
« C'est pourquoi je voulais, en tant que directeur médical de ce projet, mettre en place un système conçu par les médecins pour les médecins et leurs patients. Nous avons élaboré le SI-RIL de telle sorte qu'il réponde aux besoins de l'utilisateur. C'était notre priorité. Ce ne sont pas les médecins qui doivent s'adapter au SI-RIL. Heureusement, nous avons eu la chance de collaborer avec des gens qui ont très bien compris cet impératif. Pendant un an, nous avons peaufiné le SI-RIL afin qu'il soit véritablement au service des médecins. Nous avons travaillé étroitement avec les médecins responsables du projet dans chacune des cliniques concernées. Nous sommes très satisfaits du produit final. »
Aujourd'hui, 30 % des omnipraticiens de Laval utilisent le SIRIL. La demande est là et on souhaite en élargir l'accès. Cependant, après deux ans de vie active, tous les budgets de développement sont épuisés. « Mentionnons toutefois qu'il semble y avoir un désir réel du gouvernement d'informatiser les établissements de santé et les cabinets des médecins; je fais référence ici au DSEIQ (Dossier santé électronique inter-opérable du Québec). »
De par ses liens avec le secteur privé, le SI-RIL démontre aussi son ouverture et sa capacité à créer des liens avec des partenaires du milieu de la santé autres que les centres hospitaliers. L'accès rapide aux résultats médicaux a assuré le succès du SI-RIL. « C'est une première étape, nous dit le Dr Saucier. L'accessibilité immédiate à l'information a séduit les médecins. »
D'abord et avant tout, le Dr Saucier est un clinicien. Ce n'est que peu à peu qu'il s'est intéressé à la gestion puis à l'informatisation du réseau de la santé. Il a d'ailleurs déjà été trésorier de l'AMLFC. « L'organisation des soins de santé me tient à coeur. Les médecins sont là pour s'occuper de leurs patients. Il faut donc leur créer un environnement qui leur facilite la tâche. Les médecins ne devraient pas être submergés par des considérations administratives comme c'est trop souvent le cas. Ils devraient pouvoir se consacrer à leur pratique médicale. En leur offrant des outils qui leur permettent de sauver du temps et d'alléger l'aspect bureaucratique de leur pratique, tous en bénéficient, médecins comme patients. »

Des interfaces efficaces pour intégrer les systèmes
« C'est en créant des interfaces que nous atteindrons notre objectif. En ce sens, le SI-RIL est un excellent outil d'intégration puisqu'il crée le lien entre les omnipraticiens et les divers systèmes du réseau de la santé auxquels ceux-ci devraient avoir accès en tout temps. Jusqu'à tout récemment, la majorité des omnipraticiens n'étaient pas reliés au système... Et pourtant, ils en représentent la porte d'entrée! Au CLSC ou à l'hôpital, ils peuvent garder le contact grâce au RTSS. Mais il faut plus que cela. Il doit y avoir communication continue entre les divers "paliers" du réseau de la santé. Les omnipraticiens sont en première ligne. Ça commence par là. »
Le Dr Saucier poursuit : « Un des grands défis consiste précisément à créer un projet clinique qui facilite l'accessibilité des soins aux 95 centres de santé qui viennent d'être créés par la loi 25. «
L'idée, c'est de ne pas avoir un accès morcelé. En médecine générale, le patient est vu dans sa globalité. On mise d'abord sur l'écoute et sur une évaluation complète de l'état de santé de la personne qui nous consulte. Si besoin est, nous inviterons notre patient à consulter en deuxième ou en troisième ligne. C'est souvent à ce moment-là que l'on se heurte aux soins compartimentés. Personnellement, il n'est pas rare qu'à ce stade on me demande si mon patient fait partie de tel ou tel programme, selon les examens que je lui prescris. Un programme cardiaque pour une évaluation du coeur, un programme pulmonaire pour les poumons et ainsi de suite.
« Je n'ai nullement l'intention de "découper" mon patient en morceaux. Je ne veux pas devoir choisir entre le programme 1b ou le programme 3c... pour obtenir les examens requis pour mon patient. De toute façon, il est impossible de connaître la totalité de ces programmes. C'est là que l'interface prend toute sa valeur. Il s'agit en quelque sorte d'une personneressource. Dans les faits, on fait affaire avec le personnel de la santé. Ce peut être l'infirmière qui va prendre note de toutes nos demandes et faire le suivi, qu'il s'agisse des services où s'adresser, de la prise de rendez-vous pour un examen urgent ou autre. Cette personne va être l'interface clinique en mettant sa connaissance du réseau au service des patients et des médecins de la clinique qui requiert l'information. »
Toutefois cette personne ne peut agir efficacement que si les deuxième et troisième lignes font aussi partie de ce système. « C'est la raison pour laquelle un projet clinique comme le SI-RIL doit être appuyé sur le plan politique. Il faut briser l'isolement dans lequel se trouvent les hôpitaux ou les CLSC, qui travaillent souvent en vase clos. Le premier pas vers le progrès est une reconnaissance de ces faits. »
Le Dr Saucier rappelle qu'on aura beau investir des millions de dollars dans les salles d'urgence du Québec, cela ne mènera à rien si on ne veille pas à assurer un suivi avec le patient par la suite. Il faut agir en continuité, pas isolément. « Il existe une armée de fonctionnaires qui gravitent autour d'un grand nombre de dossiers tout en restant loin de la réalité. La haute administration semble étrangère à certaines données, et cela prend énormément de patience et d'implication pour arriver à faire changer les choses. C'est d'autant plus difficile du fait qu'il y a pénurie de médecins et que nous sommes déjà débordés. Alors, s'il faut en plus se battre sur le plan administratif... Il faut espérer que dans chaque milieu, des "pèlerins volontaires" se dévoueront. Pour ma part, je tente d'en recruter quelques-uns. »
Le SI-RIL est déjà un immense pas dans la bonne direction. Le Dr Saucier espère que le nombre d'omnipraticiens qui ont choisi le SI-RIL augmentera encore, passant de 30 à 50 %. « Nous espérons que les radiologistes et d'autres spécialistes se joindront à nous. Nous voulons aussi inclure tout l'aspect médication et créer des liens avec les pharmaciens. Bien sûr, il faut être réaliste et avancer par étapes, l'essentiel étant la communication entre nous tous. »
Le moins qu'on puisse dire, c'est que le Dr Saucier sait de quoi il parle. Toujours très actif en tant qu'omnipraticien, il fait face aux mêmes difficultés que ses collègues. De son propre aveu, c'est ce qui lui permet d'être bien ancré dans la réalité et de garder les deux pieds sur terre. Il assume ses fonctions administratives muni de ce bagage. Cela ajoute à sa compréhension de l'ensemble de la situation. Les semaines de travail sont chargées. Il affirme être soutenu merveilleusement par sa conjointe et dit avoir des enfants très compréhensifs. « Tout cela est certainement exigeant. Mais le contact privilégié qu'un médecin a avec ses patients et la reconnaissance que plusieurs d'entre eux lui témoignent valent largement de s'investir à fond dans l'amélioration du réseau de la santé, pour le mieux-être des patients et des professionnels de la santé.» ]
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