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Le Dr Nancy Paquet |
Parution: septembre-octobre 2005
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| Elle ira vers la TEP | |
| Par Sylvie Poulin | |
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Le Dr Nancy Paquet est originaire de Saint-Raymond de Portneuf. Bonne étudiante, elle se destine à la microbiologie lorsque, sur le conseil d'une connaissance, elle bifurque vers la médecine. « On m'avait dit que passer par la faculté de médecine m'offrirait plus de possibilités que la stricte formation en microbiologie. » Elle entreprend donc ses études médicales à l'Université Laval. À l'attrait de la microbiologie se substituera celui de l'oncologie. « Cette spécialité m'a toujours beaucoup intéressée, alors je suis entrée en médecine interne pour me former en hémato-oncologie. Et c'est au cours de cette formation que j'ai découvert la médecine nucléaire. » Finalement, le Dr Paquet poursuit la spécialisation en médecine nucléaire à l'Université de Sherbrooke (1993-96), après quoi elle devient immédiatement membre du service de médecine nucléaire de l'Hôtel-Dieu de Lévis. Elle sera d'ailleurs chef de ce service de 1999 à 2002 et, parallèlement, responsable de l'éducation médicale continue des médecins spécialistes en médecine nucléaire pour la région de Québec de 1999 à 2001. |
![]() Le Dr Nancy Paquet |
Tout au long de ce parcours encore récent, le Dr Paquet a démontré un esprit scientifique et reçu plusieurs bourses. La dernière en liste est celle du programme Radiant Amersham Health de la Société canadienne de médecine nucléaire, qui lui a permis de passer treize mois en Belgique, à Liège plus précisément, pour acquérir une formation supplémentaire en tomographie par émission de positrons (TEP). Ce séjour s'est effectué en 2002-2003.
« Pendant l'année où j'ai fait ce fellowship, je me suis rapprochée de l'aspect scientifique de mon travail. Les gens là-bas sont beaucoup plus axés sur la ''science'' qu'ici. Depuis mon retour, mon entourage trouve que j'ai changé positivement. Je me suis en fait réapproprié ce côté scientifique.
« Liège est l'un des premiers centres où l'on a effectué des études pour démontrer l'utilité de la TEP en oncologie. Actuellement, les Américains et les Européens sont plus avancés que nous dans l'utilisation de cette technologie. À cause de l'argent, bien sûr, mais aussi à cause de leur philosophie. Par exemple, au Québec, les listes d'attente pour certains examens sont de trois mois environ tandis qu'en Europe, le délai est de trois semaines pour avoir un examen TEP. Attendre plus longtemps, pour eux, est catastrophique. On voit bien qu'ils vivent dans un monde complètement différent du nôtre. Ici, on se ''pète les bretelles'' en disant qu'on a le meilleur système de santé, mais quand on regarde ailleurs, on s'aperçoit que les listes d'attente sont pratiquement inexistantes. »
Sur la qualité de cette nouvelle technologie, le Dr Paquet est intarissable. « La caméra TEP est particulièrement utile pour les cancers. Elle nous permet d'avoir un impact réel auprès du patient parce que le résultat de l'examen peut véritablement changer le plan de traitement ou l'approche thérapeutique. Avec cet appareil, c'est l'étendue de la maladie qui est évaluée de façon plus précise.
« Prenons l'exemple d'un patient qui a passé une radiographie pour un nodule pulmonaire. Nous lui faisons ensuite passer une taco. Si tout est beau du côté des ganglions et que rien n'a l'air inquiétant, nous lui enlevons le nodule et considérons que ses chances de guérir sont bonnes. Or, avec l'examen TEP, qui est très sensible pour détecter des cellules cancéreuses, l'intervention pourrait être différente. Parfois, on s'aperçoit que chez le patient pour lequel nous croyions qu'il n'y avait qu'une lésion à un endroit précis, il y en avait d'autres ailleurs. Dans le cas présent, si nous retirons le nodule au poumon mais que nous n'enlevons pas les ganglions atteints parce que nous ne savons pas qu'ils le sont, il y aura bien sûr récidive dans quelques mois. En réalité, ce n'est pas une récidive : la maladie était déjà là, mais nous ne l'avions pas détectée, faute d'équipement pour le faire.
« Ce que je trouve le plus dommage, c'est qu'il faille autant de temps pour avoir des caméras TEP ici. Cela me peine que tous les patients atteints d'un cancer ne puissent en bénéficier. Je trouve cela injuste. Il me semble inacceptable que des gens aussi malades n'aient pas accès à cette information-là.
« Un autre exemple est celui des patients qui ont un lymphome. Nous les traitons avec de la chimiothérapie et la masse diminue. Mais il arrive souvent qu'il reste une partie de cette masse. Renferme- t-elle seulement des cellules mortes? Peut-être. Mais si la maladie y était encore présente? La façon conventionnelle de le savoir consiste à effectuer des tacos et des TDM (tomodensitométrie) puis d'observer ce qui se passe, de vérifier si la masse résiduelle grossit avec le temps. Il faut donc attendre. Pendant ce temps, la maladie peut progresser.
« Avec une caméra TEP, nous pourrions savoir tout de suite si une portion de la tumeur est toujours présente, ce qui permet de traiter plus rapidement. À l'Hôtel-Dieu de Lévis, même avec notre caméra de coïncidence, qui n'offre pas les performances d'une caméra TEP dédiée, nous avons souvent vu des cas de ce genre... Les résultats de nos examens sont importants pour le patient. »
Qui décide? Qui paie?
« J'ai hâte que le gouvernement se décide à rendre la TEP accessible aux gens. Il ne s'agit pas d'un joujou pour nucléistes. Lorsqu'on peut réviser avec plus de précision le plan de traitement, cela peut changer beaucoup de choses pour les patients en oncologie. En outre, la TEP est économique puisqu'elle évite des chirurgies inutiles et qu'elle permet de traiter plus efficacement les malades. »
Pour ce qui est de l'acquisition d'une caméra TEP, le Dr Paquet n'est sans doute pas au bout de ses peines. « Même si on accumulait les fonds, que ce soit grâce à la Fondation de l'hôpital ou autrement, nous ne pourrions pas en acheter une maintenant. C'est le gouvernement qui décide où peut être utilisée cette technologie au Québec. Il faut donc attendre son approbation. Nous savons qu'il y a des frais de roulement associés à l'utilisation de la TEP. Nous nous sommes informés, et nos médecins sont très motivés à en obtenir une. Mais il n'en est pas question sans autorisation. Il semble que l'hôpital pourrait subir des sanctions s'il en achetait une sans permission. C'est très frustrant. Et puis, comme l'Hôtel-Dieu de Lévis n'est pas un CHU, nous ne serons pas parmi les premiers à décrocher un appareil. »
Selon le Dr Paquet, une étude britannique a démontré qu'il devrait y avoir une caméra TEP par 1,5 million d'habitants. « Nous sommes loin du compte! Au Québec, la TEP est utilisée pour des cas très particuliers, sauf dans les milieux qui la possèdent déjà. » (À Sherbrooke, la caméra sert en clinique; à l'Institut neurologique de Montréal, elle est utilisée uniquement pour la recherche.)
Mais tout n'est pas perdu. « Actuellement, ce que j'ai appris en Belgique me sert pour l'interprétation des examens de coïncidence, même si nous n'utilisons pas la caméra la plus performante. Ici, à Lévis, nous avons acheté des équipements pour utiliser nos caméras de médecine nucléaire conventionnelles et imager le FDG avec nos caméras. » Le FDG est un traceur qui a une grande affinité pour les tumeurs. Le procédé est excellent pour déceler des récidives tumorales ou faire l'évaluation initiale de la maladie. Il diffère toutefois de la TEP en ce qu'il ne détecte pas les toutes petites tumeurs de moins de 1 cm.
Bien qu'elle ne pratique pas dans un CHU, le Dr Paquet s'intéresse à la recherche. « À la hauteur des mes possibilités, j'ai le goût de faire des choses, de réaliser des projets de recherche et de publier les résultats de mes travaux. Notre milieu y est propice : nous sommes plusieurs jeunes médecins et nous formons un beau groupe. La communication est facile entre nous. Et puis, l'Hôtel- Dieu de Lévis est un hôpital général, ma pratique est très diversifiée je vois des patients dans tous les domaines. D'autre part, malgré qu'il n'ait pas de statut universitaire, l'Hôtel-Dieu est tout de même un centre régional. Plusieurs patients nous viennent donc d'ailleurs. Nous avons la chance de traiter des pathologies variées et très intéressantes. C'est vraiment un beau milieu.
« J'ai aussi pour projet d'aller me former en radio-immunothérapie. Le procédé consiste à injecter un produit qui se lie à une tumeur et la traite de deux façons : par l'anticorps et par l'isotope qui bombarde la tumeur avec ses rayons. » Le procédé a récemment été approuvé en Europe et aux États-Unis. Mais au Québec, il n'est utilisé qu'en recherche. « Et ce, malgré que nous sachions qu'il est efficace pour les patients chez qui la chimiothérapie n'a pas les effets escomptés. »
Le Dr Paquet jette un regard à la fois détaché et passionné sur sa spécialité: « De façon générale, nos indications sont assez connues et nos services sont utilisés à bon escient. Nous ne faisons pas seulement de la radiologie. Par contre, nous effectuons encore des examens qui ne se font plus ailleurs. C'est le cas de l'examen au gallium pour la détection des lymphomes. Quand on dispose d'une caméra TEP, ces examens deviennent désuets, car la TEP donne des résultats vraiment supérieurs. Nous utilisons bien nos ressources et nos caméras servent à pleine capacité, à longueur de journée. Comme nos moyens sont limités, cela nous oblige à faire le maximum avec ce que nous avons.
« Notre discipline évolue vite. On découvre toujours de nouvelles molécules, et nous recevons souvent de nouvelles informations sur les molécules connues. Tout cela est passionnant. J'aime l'idée de participer à des projets de recherche clinique. Je voudrais en faire plus. »
L'engouement pour les voyages
« Depuis que je suis toute jeune, les voyages m'attirent. C'est surtout dans le cadre du travail que j'apprécie voyager, parce que ça me permet de vraiment connaître les gens. Adolescente, je suis allée travailler en Ontario comme gardienne d'enfants. J'ai aussi visité l'Alberta avec les cadets. À 16 ans, c'est en Europe que je suis allée avec eux, pendant tout un été. Toutes ces rencontres significatives ont fait en sorte que je ne souhaite pas voyager comme simple touriste. Il me faut rencontrer véritablement les gens.
« Au départ, je m'étais jointe aux cadets pour faire de la musique. J'y ai d'ailleurs appris à jouer du saxophone. Dès la première année, j'ai participé à des camps de musique, dont un à Valcartier et deux à Cap- Chat en Gaspésie. Trois beaux étés… Toujours avec les cadets, j'ai eu la chance de participer à un festival de musique international des jeunes à Zurich (Suisse), en 1985, dans le cadre de l'année internationale de la jeunesse. Nous étions un groupe de 50 jeunes, recrutés à travers tout le Canada. »
Membre des cadets alors qu'elle était âgée de 13 à 18 ans, Nancy Paquet a arrêté de jouer du saxophone pendant ses études de médecine. « Plus tard, lorsque je suis revenue dans la région, j'ai eu le goût de recommencer à jouer de mon instrument et j'ai joint les rangs d'une harmonie à Saint-Jean-Chrysostome pendant quelques années. Ma première grossesse a de nouveau mis un frein à mes activités musicales, mais j'ai toujours plaisir à faire de la musique. Présentement, je consacre mon énergie à développer certains projets professionnels et à mes deux jeunes enfants; les loisirs sont donc relégués au second plan. »
Fin 2004, le Dr Paquet a complété un stage de deux semaines en radio-immunothérapie à Nantes, en France. Aller de l'avant est son leitmotiv. « Dans cinq ou dix ans, je me vois encore ici. J'espère que nous aurons eu droit à la caméra TEP et que je pourrai m'épanouir professionnellement. Sinon, je vais aller là où se trouve la caméra TEP, et je partagerai mon temps de travail entre ce lieu et l'Hôtel-Dieu de Lévis. » ]
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