Le Dr Claude Ménard
Parution: août 2005
Vocation: servir
Par Sylvie Poulin

Spontanément fasciné par les sciences (surtout la biologie), le Dr Claude Ménard s’est engagé dans une avenue naturelle pour lui : la médecine. Admis en obstétrique- gynécologie et en anesthésiologie, il a pourtant opté pour la médecine générale. « Je n’ai jamais regretté ce choix. »

Diplômé de l’Université de Montréal en 1970, il a commencé sa carrière à la clinique médicale Concorde, à Laval. C’est là qu’un noyau d’omnipraticiens s’est associé nombre de spécialistes pour créer la polyclinique médicale Concorde. Le Dr Ménard pratiquait également à l’hôpital Fleury. « Je faisais un peu de tout. Puis l’obstétrique a pris une place grandissante dans ma vie professionnelle, à tel point que j’ai décidé, à partir de 1976, de m’y consacrer entièrement, délaissant l’urgence et l’hospitalisation. »

Plusieurs collègues de la clinique et des environs lui envoient leurs patientes... Offrant une disponibilité sans faille, le Dr Ménard procède à près de trois cents accouchements par année! Mais à cette époque, les conditions entourant la naissance d’un enfant à l’hôpital sont très conservatrices. L’anesthésie générale a disparu de la salle d’accouchement et les futurs pères y font leur entrée; cependant, les nouvelles mamans ne peuvent encore cohabiter avec leur nouveau-né.


Le Dr Claude Ménard

Cette situation conduit le Dr Ménard à s’engager dans les travaux préparatoires qui allaient mener à l’avènement de la Cité de la santé de Laval. Il participe alors à l’organisation des départements d’obstétrique-gynécologie et de pédiatrie. Ce milieu plus ouvert, plus moderne, représentait toutefois un défi, puisque la plupart des professionnels qui s’y associaient étaient des inconnus les uns pour les autres. « Nous n’avions pas de culture commune. Mais l’équipe de jeunes pédiatres a donné le ton, créant par son enthousiasme une très belle ambiance de travail. »

Aller de l’avant

Malgré un horaire déjà très chargé, le Dr Ménard collabore aux travaux de divers comités du conseil des médecins et dentistes de la Cité de la santé, dont celui portant sur l’évaluation. Naturellement, sans formation particulière, il élabore des indicateurs et des études par critères objectifs.

C’est au cours d’une visite du comité d’inspection professionnelle du Collège des médecins du Québec que ses compétences et son enthousiasme pour cette question sont remarqués. On reconnaît sa rigueur, sa droiture et son efficacité. Fait inhabituel, le Dr Ménard, alors président du comité central d’évaluation, est invité à participer à la rencontre finale, compte tenu de la nature de ses travaux.

En 1982, il est sollicité par le Collège pour agir en tant qu’expert dans le cadre d’une visite d’inspection dans un centre hospitalier. Pourtant, il faudra attendre deux autres années avant que le destin ne présente au Dr Ménard la possibilité d’entamer une seconde carrière.

Dans l’intervalle, de 1982 à 1984, il occupera le poste de premier président élu de l’Association des médecins omnipraticiens de Laval (AMOL). « Il faut se rappeler qu’à l’époque, les médecins de famille pratiquant à Laval étaient automatiquement membres de l’Association des médecins omnipraticiens de Montréal (AMOM). Plusieurs trouvaient qu’ils n’étaient pas représentés significativement auprès de la FMOQ. Pour diverses raisons, ils ont décidé de créer un regroupement distinct. Par la suite, nous (les médecins de Laval) n’avons plus eu besoin de débattre au sein de l’AMOM. Nous avions désormais une voie plus directe. De plus, la représentativité de la grande région métropolitaine à la FMOQ s’en est trouvée améliorée de facto. »

Suivre son étoile

En 1974, le Code des professions entre en vigueur, et le Collège des médecins et chirurgiens du Bas- Canada devient la Corporation professionnelle des médecins du Québec. Trois grands mandats sont alors confiés à l’organisme : la protection du public, la surveillance de l’exercice de la profession et l’éducation médicale continue. Vingt ans plus tard, soit en 1994, la Corporation modifie sa dénomination et adopte l’appellation de Collège des médecins du Québec.

Le Dr Ménard intègre l’équipe du Collège (alors Corporation) en 1984. On a retenu sa candidature à un poste affiché. « Je savais qu’au rythme où je travaillais, j’allais finir par ne plus pouvoir continuer. Je gardais donc en tête l’idée d’une deuxième carrière. Pour moi, il était clair qu’à l’âge de 45 ans, il me faudrait modifier mon comportement professionnel, en ce sens que je devrais réduire le nombre d’accouchements et faire autre chose en médecine générale. »

Dans ce contexte, obtenir ce poste répond tout à fait à ses attentes. Un tel emploi procure enfin au Dr Ménard, déjà père de cinq enfants, des horaires plus réguliers. « Il est vrai que l’aspect financier a son importance, mais les conditions non pécuniaires ne doivent pas être écartées de nos considérations. Si je devais être à l’extérieur de la ville pour une durée de quatre à cinq nuits par mois, je bénéficiais par ailleurs de toutes mes fins de semaine et des congés habituels. »

Ainsi, tout juste à la fin de la trentaine, le Dr Ménard est le plus jeune enquêteur-inspecteur du Collège. Il exerce d’abord au service d’inspection professionnelle, puis à la direction de l’amélioration de l’exercice. « Notre rôle est demeuré le même, c’est-à-dire surveiller, voir à ce que les règles de l’art et les données actuelles de la science en matière de qualité des soins soient respectées.

« Accessoirement, nous nous assurons que les règlements sont compris et appliqués. Ce travail doit être fait. Si nous avons besoin d’expertise, nous demandons la collaboration d’un collègue de l’extérieur qui est toujours en exercice. Cela évite de se faire reprocher d’agir en fonctionnaire… Mais peu importe nos efforts pour minimiser les aspects menaçants d’une visite d’inspection professionnelle, les médecins ressentent invariablement un certain stress à l’annonce d’une telle rencontre. C’est une question d’image, de perception.

« Nous faisons la promotion de la qualité. Nous expliquons au médecin qu’il a été identifié et que nous venons dans le but de voir si certains éléments de sa pratique peuvent être améliorés. Les médecins sont en général très polis et très respectueux; ils collaborent aisément. » Après tout, les démarches respectives des enquêteurs et des cliniciens comportent des étapes similaires : la cueillette d’informations, l’analyse du problème, le diagnostic et enfin le traitement ou la solution.

Le Dr Ménard a contribué à l’élaboration de plusieurs documents publiés par le Collège: Le consentement, Le trouble de déficit de l’attention - hyperactivité, La complémentarité dans les services d’obstétrique et de néonatalogie et Neuf mois pour la vie. « Celui dont je suis le plus fier est le premier, paru dans sa version initiale en 1985 et portant sur la notion de consentement. » Il se découvre à cette occasion un intérêt pour le droit et s’inscrit à un microprogramme dans ce domaine à l’Université de Montréal.

Jusqu’en 2003, il cumule diverses fonctions au sein du Collège. Il est pour un temps secrétaire du comité d’enquête sur la mortalité et morbidité périnatales (de 1987 à 2002), après quoi il est nommé directeur adjoint à la direction de l’amélioration de l’exercice et secrétaire du comité d’inspection professionnelle. Entre-temps, il entreprend d’obtenir un certificat en gestion des services de santé, qu’il termine en 1995. « Cela m’a permis d’explorer des approches différentes. »

Depuis plus d’un an maintenant, le Dr Ménard occupe le poste d’adjoint médical à la direction générale du Collège et assume la responsabilité du dossier sur les activités partageables. « La loi 90 redéfinit, pour onze ordres professionnels, ce qu’est leur champ de pratique, et a mis en place un nouveau partage des activités. Par exemple, certains actes autrefois délégués aux infirmières font maintenant partie de leurs activités réservées.

« Tous ces changements devront être intégrés au sein des établissements publics, de même que dans le milieu privé. Mon travail consiste à favoriser le dialogue entre les ordres professionnels concernés afin d’harmoniser les façons de faire. Cela constitue un défi très intéressant. Pour l’instant, les dossiers progressent bien. »

D’un point de vue strictement professionnel, cette nouvelle tâche permet au Dr Ménard d’échapper à une certaine « routine » de l’inspection. Il a acquis dans ce domaine une expérience non négligeable et a été témoin, au cours de sa carrière, de l’évolution de l’approche, de la façon de faire. « J’avais pourtant encore des objectifs à atteindre, mais maintenant, le défi est plus grand puisqu’il concerne les médecins et différents ordres professionnels.

« Par exemple, nous avons à travailler à l’émergence d’une nouvelle catégorie d’infirmières : spécialisées et praticiennes. Le rôle du Collège est de définir les activités médicales qu’elles pourront exercer et dans quel contexte. Nous devons également définir les mécanismes d’agrément des programmes, les procédés d’évaluation de leurs compétences, de même qu’il nous faut déterminer comment nous allons les habiliter à exercer.

« Ces questions nous obligent inévitablement à établir une structure de contrôle, c’est-à-dire qu’il faut prévoir comment le Collège, qui a un pouvoir de vérification, entend l’exercer à l’endroit des infirmières, qui seront surveillées par leur Ordre. Le Collège a reçu le mandat d’établir un règlement complémentaire à celui de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec.

« Le Bureau a pris position à l’effet que pour ce qui est de la formation et de l’évaluation, qui mèneront éventuellement à une habilitation, il est impossible d’avoir deux poids, deux mesures. Si nous formons des résidents à exercer une activité médicale d’une certaine manière, nous ne formerons pas les membres d’un autre ordre professionnel différemment. Il ne sera fait aucun compromis en ce qui a trait à une compétence identique.

« Les négociations sont en cours, et je dois dire que les choses ont évolué positivement depuis que nous nous sommes mis à la tâche. Les parties ont réussi à s’apprivoiser mutuellement, à créer un climat de confiance favorable à l’évolution du dossier. Il nous faut composer avec les décisions qui relèvent du pouvoir administratif et celles qui émanent du pouvoir politique. J’essaie en tout temps d’encourager la communication entre les intervenants. »

Laisser au temps…

Membre de l’AMLFC depuis trente ans, au service du Collège des médecins du Québec depuis vingt ans, le Dr Ménard se dit satisfait de sa vie professionnelle, n’ayant aucun regret. Ses confrères, tout comme sa clientèle, ont su lui témoigner leur reconnaissance, leur confiance en ses compétences. Seule une petite pointe de nostalgie l’effleure à la pensée du contact privilégié qu’il a entretenu avec les futures mamans, ses patientes. « Cet aspect de la pratique, très gratifiant, m’a beaucoup manqué. «

En 1976, j’ai été à l’écoute des mouvements en faveur de la pratique des sages-femmes. Je voulais comprendre, connaître la réponse à la question : quel est le problème avec le docteur? J’agissais un peu à contrecourant et j’en étais conscient. Côtoyer toutes ces femmes m’a conduit à remettre en question certaines notions qu’on m’avait apprises à l’université et à l’internat. » Et comme il est dans la nature profonde du Dr Ménard d’aller de l’avant...

« Au Collège, comme dans tout organisme de cette envergure, il existe un certain conservatisme. Pour apporter des changements, il est primordial d’avancer de solides arguments, de prendre le temps de convaincre. Mais il faut surtout éviter de créer des affrontements dont l’issue sera : j’ai raison. Il faut laisser le temps faire son œuvre.

« Par exemple, en ce qui concerne l’inspection professionnelle, on peut constater que l’approche a considérablement évolué. Au Collège, nous avons tenté de modifier l’image de police-répression en nous concentrant sur la prévention et la correction des lacunes dans la pratique quotidienne. Des activités d’éducation médicale continue, de maintien de la compétence ou de développement professionnel ont été organisées. L’énergie a été déployée de telle sorte que les praticiens nous perçoivent comme des aides et non comme des juges. »

Le Dr Ménard sera en poste au Collège au moins jusqu’en janvier 2007. « Après, je verrai. Je veux profiter de la vie, d’une belle retraite. » Il ne manque pas de projets outre, déjà, le bricolage et le jardinage, l’observation ornithologique, la lecture (pour garder ses neurones actifs)… Marié depuis trente-cinq ans, il confie que le couple a encore des rêves de voyage... « La vie est tellement courte et tellement belle. Il y a tant de choses intéressantes à faire et à voir! » ]


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