| Le Dr Sophie Mazur |
Parution: juin 2005
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| La famille d’abord | |
| Par Sylvie Poulin | |
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Le Dr Sophie Mazur ne se contente pas de prêcher la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale; elle en fait son mode de vie, une façon d’organiser son quotidien qui lui apporte « plus de paix et de sérénité que de maux de tête ». Sa détermination à protéger sa vie de famille révèle une grande force de caractère, une capacité extraordinaire de résister aux pressions habituelles exercées sur tous ceux qui ne consacrent pas un minimum de cinquante heures par semaine à leur travail. Elle rencontre en consultation beaucoup de mères épuisées, de parents débordés qui sont continuellement déchirés par les horaires fous qu’ils s’imposent. En accord avec son conjoint, elle est résolue à ne pas laisser sa vie professionnelle empiéter sur les prérogatives de la cellule familiale. Mère de quatre enfants, le Dr Mazur réussit à vivre en accord avec les priorités qu’elle a établies. |
![]() Le Dr Sophie Mazur et ses enfants : Ludovic, Gabriel, Emmanuelle et Étienne |
Déterminer sa vie en toute liberté
Fille d’un radiologiste, c’est par son intermédiaire que le Dr Mazur a vécu ses premières expériences en milieu hospitalier. « Je me rappelle que mon père, quand il était de garde, m’emmenait à l’hôpital s’il devait aller lire une radiographie. J’étais alors âgée d’à peine 3 ou 4 ans. Et pourtant, je me souviens très bien que j’aimais cet endroit de tout mon coeur. »
Plus tard, elle a vu dans la médecine la possibilité d’être son propre patron. « Je pressentais également que cette profession me permettrait d’explorer différentes avenues et aussi d’exploiter mes divers talents. » Elle a donc entrepris des études à l’Université de Montréal, qu’elle a terminées en 1994. Elle a consacré trois années à la résidence, parce qu’elle a donné naissance à son premier enfant pendant cette période. C’est en juillet 1997 qu’elle a débuté sa pratique au Centre hospitalier régional de Lanaudière (CHRDL), à Joliette.
« Durant mes stages, j’ai réalisé que les omnipraticiens ont plus de latitude dans leur travail que leurs confrères spécialistes. Il y a un million de choses qu’un médecin de famille peut faire et sans doute un million d’autres qui lui sont inaccessibles. Mais il a toujours la liberté de changer sa pratique, de se réorienter, de modifier le cours de son exercice. » Et cette liberté est une valeur des plus précieuses pour le Dr Mazur.
« Prenons l’exemple d’un centre de soins où vous retrouvez quatre médecins partageant une même spécialité. Vous remarquerez qu’ils n’ont pas le choix d’assurer une garde aux quatre semaines. Ils n’ont pas davantage la possibilité de refuser les demandes de consultation des omnipraticiens ni celle de refuser de nouveaux patients. D’une certaine façon, ils sont obligés de travailler à l’hôpital. Il existe tellement d’obligations dans leur vie professionnelle! Le cadre de leur pratique est, à mon avis, très contraignant.
« Pour ma part, j’ai besoin de liberté dans l’exercice de mon travail, je ne veux pas en être l’esclave. Je souhaite que ma pratique m’apporte enrichissement et satisfaction, et je veux rester maître de ce que je fais. »
En région peu éloignée
C’est d’abord pour les enfants que le Dr Mazur et son conjoint ont choisi de s’établir en dehors de la métropole. « Mais c’est aussi parce que la pratique d’un médecin de famille est plus valorisante en région. En ville, les gens ont tendance à ne vouloir consulter que des spécialistes. On dirait qu’ils considèrent les omnipraticiens comme des médecins intermédiaires, tout juste bons à fournir le papier de consultation. D’autre part, je voulais faire de l’hospitalisation. Or, dans les grands centres, les omnipraticiens ne sont pas les médecins traitants dans les hôpitaux. »
Ils ont donc privilégié la région de Joliette, installant leur petite famille à Saint-Charles-Borromée. « J’avais entendu de très bons commentaires sur Joliette par des collègues. Et j’avais pu constater de visu, lors d’un stage au CHRDL, que les médecins étaient jeunes et enthousiastes. J’avais énormément apprécié l’atmosphère de travail, le milieu de vie hospitalier. »
Le Dr Mazur explique qu’elle a rencontré son actuel conjoint lors d’un voyage en France. Après cinq années de correspondance, ils se sont retrouvés… puis il est venu s’installer au Québec, en 1991. Ayant perdu de vue plusieurs amis résidant encore en Europe, le couple a décidé de faciliter sa vie sociale en ne s’éloignant pas trop de Montréal.
Viser l’équilibre
Le Dr Mazur partage son temps entre le cabinet privé et l’hôpital. Ses patients peuvent la consulter trois jours par semaine à la clinique Saint-Louis. Elle y exerce en compagnie de huit autres médecins. Ses journées au bureau commencent à 8 h 30 et se terminent à 14 h 45.
« L’une des forces de cette clinique consiste à réunir en un même lieu des professionnels qui s’entendent très bien, où chacun organise son horaire selon ses besoins et ses priorités. Personne n’exerce de pression sur les autres pour que les pratiques s’uniformisent. Il n’y a pas de place pour cela entre nous. »
L’organisation du travail à la clinique ne s’apparente pas à celle d’un groupe de médecine familiale (GMF). « Le GMF ne constitue pas une option qui m’intéresse vraiment. Peut-être parce que je fais déjà des gardes, de l’obstétrique et de l’hospitalisation. Je me questionne sincèrement sur la nécessité d’être disponible 24 heures sur 24 pour l’ensemble des patients du cabinet alors qu’il existe des urgences où ils peuvent se présenter. »
Pour qu’un patient réveille son médecin de famille en plein milieu de la nuit, ce doit nécessairement être pour une raison très importante, une urgence en soi, selon le Dr Mazur. Les hôpitaux offrent déjà ce service à la population. De plus, une telle exigence de disponibilité impliquerait obligatoirement, pour elle, une remise en question du temps consacré à sa pratique.
Avec une semaine d’hospitalisation sur six, avec un samedi par mois aux consultations sans rendez-vous, le Dr Mazur assure qu’il est possible d’organiser son horaire, tout comme celui de son conjoint, de manière à ne pas nuire au bien-être des enfants. « Voilà notre priorité. Quant à mon travail, j’aime la variété de ma pratique. Quand arrive la semaine en centre hospitalier, je suis contente d’y aller, de m’échapper un peu du bureau. J’aime le contact avec les membres du personnel de l’hôpital, avec les patients aussi. C’est un milieu professionnel très agréable.
« Cependant, à mon retour à la clinique, j’apprécie avoir un meilleur contrôle sur le nombre de patients que je vois quotidiennement. Ma clientèle est jeune, composée principalement de femmes enceintes et de jeunes enfants. Mes patients sont majoritairement âgés entre 10 et 32 ans. Et je peux dire que la question d’actualité, tant de mon côté que de celui de ma clientèle, c’est la conciliation travail-famille. »
Le Dr Mazur a écarté de sa pratique les tâches liées à la gestion et à l’administration. « Je préfère laisser ce soin à des personnes plus compétentes que moi. De même, je ne fais pas de visites à domicile. Je n’aime pas cet aspect de notre travail, bien que je reconnaisse facilement les besoins existants. Mais je ne me sens pas dans mon élément. Alors, il est mieux pour moi de ne pas en faire. »
Nous vieillirons ensemble...
« Au moment où mes clientes cesseront d’avoir des enfants, j’arrêterai probablement de faire de l’obstétrique. Non pas que je n’aime pas ce volet de ma pratique : je trouve cela très stimulant. Mais dans quelques années, je n’aurai probablement plus le goût de me faire réveiller au milieu de la nuit. »
Jusqu’à présent, la pratique du Dr Mazur correspond assez bien à ses attentes. « Mais des frustrations, on en vit des millions. Le système de santé est loin de répondre à tous les besoins. Et malheureusement, on voit parfois des situations où ce sont les patients les moins malades qui mobilisent le plus de ressources. »
Elle explique que certaines personnes abusent du temps et de l’énergie des médecins. Parce qu’elles refusent un diagnostic qui contredit leur évaluation personnelle, les consultations dans d’autres centres ou bureaux se multiplient. Elles prennent pour acquis le dévouement et la compétence des médecins qui les soignent. « Par contre, il y a ces gens pour qui le moindre effort de notre part déclenche une vague de reconnaissance. »
Concrétiser sa priorité
À 34 ans, le Dr Mazur est mère de quatre beaux enfants: Ludovic, 9 ans; Gabriel, 7 ans; Étienne, 5 ans; et Emmanuelle, 3 ans. La maman tient mordicus à protéger sa vie familiale, de même qu’à en profiter, répétant que c’est vraiment ce qu’il y a de plus important pour elle.
« J’ai la chance immense de ne travailler que 25 heures par semaine. Je sais que certains crieraient au scandale devant ma situation, à cause des besoins immenses et des longues listes d’attente. Mais, personnellement, je me donne à 400 % durant mon temps de travail. Mon taux d’efficacité est accru du fait que je ne sens pas de déchirements ni de tiraillements entre ma vie personnelle et professionnelle.
« La féminisation de la profession a fait évoluer les mentalités. Il y a de plus en plus de femmes médecins qui jonglent avec leur horaire de façon à pouvoir être davantage présentes pour leurs enfants. Je constate que les jeunes praticiens éprouvent les mêmes besoins et que certains arrivent même à structurer leur pratique pour être plus souvent avec leur famille.
« Beaucoup de médecins se s entent une responsabilité très grande face à leurs patients. Mais qu’en est-il de celle qu’ils ont envers leurs proches? Pour ma part, il est clair que mon premier devoir concerne mes enfants, ma famille. Je fais le choix quotidien de soigner les gens et de m’occuper de ma vie personnelle. » ]
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