| Le Dr Hugues Beauregard |
Parution: juin 2005
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| Regard sur un homme authentique | |
| Par Sylvie Poulin | |
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Du grec endon, qui signifie « à l’intérieur », de krinein pour « sécréter » et de logos pour « discours »… Trois petits mots d’à peine deux syllabes chacun qui, une fois mis bout à bout, représentent la passion d’une vie, celle du Dr Hugues Beauregard, endocrinologue au CHUM, hôpital Notre-Dame. En pratique depuis plus de trente ans, il n’a pas que constaté l’évolution de l’endocrinologie au Québec, il y a participé pleinement. Normal, direz-vous, il a une longue carrière derrière lui. Mais ce natif de Montréal a su demeurer authentique, naturel et enthousiaste. Il s’est consacré depuis 1972 à soulager la misère des diabétiques en les soignant, bien sûr, mais aussi en les aidant à vivre de façon satisfaisante avec leur maladie. Il s’est intéressé plus particulièrement à la recherche, à la transplantation pancréatique et aux maladies hypophysaires. L’homme qui a vu l’homme, qui a vu… Fort de sa longue expérience, le Dr Beauregard a vécu tous les tournants de l’histoire québécoise de l’endocrinologie. Il rappelle que « deux facteurs ont contribué à transformer l’exercice de la spécialité: le développement de la biochimie et les dosages hormonaux. Ils ont rendu la pratique plus facile et surtout plus précise. L’endocrinologie ne fait pas appel à la haute technologie, contrairement à certaines spécialités. Elle est davantage basée sur l’aspect clinique. » |
![]() Le Dr Hugues Beauregard |
Il indique que le Québec est la province où il y a le plus d’endocrinologues diplômés. On en compte environ cent trente. Dans le reste du Canada, ce sont les internistes qui reçoivent en consultation la très grande majorité des gens ayant un problème endocrinien.
« Au Québec, des forces vives et significatives se manifestent dans différents domaines liés à la spécialité. On les retrouve en prévention du diabète, comme c’est le cas du Dr Jean-Louis Chiasson (CHUM, Hôtel-Dieu), qui a mis sur pied un programme international de traitement par l’usage d’un médicament. Au Centre de recherche du CHUM, des collègues travaillent intensément sur le sujet de la sécrétion de l’insuline par les îlots de Langerhans. »
Le Dr Beauregard explique que l’endocrinologie est une spécialité qui a ses exigences propres, très différentes, par exemple, des urgences qui façonnent le quotidien des cardiologues. « Je constate qu’il y a actuellement un engouement pour la recherche. À l’Université de Montréal, les endocrinologues sont ceux qui en font le plus. » Il a pour sa part collaboré à de nombreuses études, subventionnées ou non.
Il s’est également consacré à l’enseignement clinique, qu’il juge très stimulant. Mais il ne se perçoit pas comme une référence dans son champ d’action. « Je préfère favoriser l’éclosion des idées chez les autres. J’agis davantage comme un catalyseur. Et il est essentiel pour moi de rester vrai, fidèle à ce que je suis, dans ce processus de partage des connaissances. »
Rappelons qu’il a présidé le comité du programme de médecine à l’Université de Montréal à l’époque où la Faculté a amorcé une réforme en profondeur de son curriculum d’enseignement. Depuis 1994, les étudiants sont formés selon la méthode d’apprentissage par problèmes. Selon lui, cette formule s’est avérée très performante à tous points de vue pour les étudiants.
Des maladies et des hommes
Durant sa carrière, le Dr Beauregard s’est grandement intéressé à la transplantation pancréatique. « J’ai eu la chance de travailler en compagnie de chirurgiens audacieux à Notre-Dame, dont le Dr Pierre Daloze. Auparavant, il faisait des transplantations rénales. En 1984- 85, il a offert aux grands malades diabétiques la solution chirurgicale qu’est la transplantation du pancréas.
« Elle est certainement très risquée, mais très efficace. Elle délivre les patients insulinodépendants de l’obligation de s’administrer leur dose quotidienne. Cependant, il n’y a pas suffisamment de donneurs. Le pancréas est un organe fragile, qu’il faut manipuler avec délicatesse. Parce qu’il contient des enzymes digestifs, il y a un risque d’autodigestion s’il subit un traumatisme lors du prélèvement. Il est plus difficile à retirer qu’un coeur ou qu’un poumon. Il faut être extrêmement minutieux et totalement dédié à ce travail. »
Concrètement, le Dr Beauregard procède à l’évaluation et au suivi de cette clientèle. Après l’opération, le diabète disparaît. Un sourire dans la voix, il raconte que ces patients ne veulent alors plus le voir. « Ils sont bien contents de se débarrasser enfin du diabétologue qu’ils consultent depuis très ou trop longtemps! »
Un autre des intérêts marqués du Dr Beauregard concerne les maladies hypophysaires. « J’ai eu l’immense privilège de travailler avec le Dr Jules Hardy, un neurochirurgien reconnu internationalement pour ses chirurgies des tumeurs hypophysaires. Je me suis occupé d’évaluer la condition médicale de ses patients et d’assurer le suivi auprès d’eux.
« En médecine, comme dans bien d’autres domaines, un professionnel devient habile dans la mesure où il examine fréquemment des phénomènes plus ou moins semblables. La présence du Dr Hardy a drainé à l’hôpital Notre- Dame les cas de tumeurs hypophysaires, ce qui a engendré une certaine concentration des consultations pour ce motif. Nous en avons bénéficié, et par le fait même, nous avons approfondi notre expertise dans ce domaine. Mieux encore, la présence du Dr Hardy a généré une dynamique qui a eu comme effet l’augmentation du nombre de médecins chercheurs. »
Parmi les maladies endocriniennes, c’est le prolactinome qui captive le plus le Dr Beauregard. Cette tumeur hypophysaire, qu’on identifie à une sécrétion excessive de prolactine, provoque chez la femme un arrêt des menstruations de même que des problèmes de f e rtilité. Chez l’homme, elle engendre un dysfonctionnement sexuel. « Entre 1972 et 1985, c’est la chirurgie qui était utilisée pour régler le problème. Mais actuellement, cette pathologie peut être guérie par la prise d’un médicament. »
Alerte au diabète
On nous annonce une épidémie de diabète dans les années à venir. Existe-t-il un lien avec le vieillissement de notre population? « Bien sûr! répond le Dr Beauregard. Plus nous avançons en âge, plus le risque de voir apparaître le diabète augmente. Cela s’explique du fait que plus nous vieillissons, plus nous devenons sédentaires. En conséquence, nous accumulons du tissu graisseux. »
Les jeunes de notre société actuelle sont de plus en plus nombreux à abandonner l’activité physique, de plus en plus nombreux à trimbaler un surplus de poids. Des trois facteurs favorisant l’apparition de cette maladie, deux sont déjà combinés bien plus tôt qu’avant dans la vie des Québécois. « Notre seul recours est l’éducation. Il faut encourager les jeunes à rester actifs le plus longtemps possible afin d’éviter les surcharges pondérales.
« Faire de l’activité physique, c’est difficile. Spontanément, les gens n’aiment pas cela. Le pourcentage des vrais adeptes du sport est infime. On constate également que les emplois exigeant un effort physique soutenu sont de moins en moins nombreux. Les gens doivent donc profiter de leurs loisirs pour bouger. Une simple marche de trente minutes par jour a un effet significatif sur la condition médicale d’un individu. »
Le Dr Beauregard reconnaît pourtant qu’il est difficile de motiver certains de ses patients. Mais il prêche par l’exemple. Ainsi, il ne se contente pas de se rendre au bureau à pied ou en métro. Il pratique le tennis et est membre d’un club de marche. Durant ses vacances d’été, il visite l’Europe à vélo; l’hiver, il se laisse tenter par le ski de fond.
« Le diabète est une maladie prévalente. On parle de 8 % de la population. De ce pourcentage, la moitié ignorerait être malade. Il est donc primordial que le dépistage soit fait au plus tôt dans l’évolution de cette pathologie chez un patient. Si seulement nous pouvions rejoindre ces 4 % qui mésestiment leur état! Une intervention au tout début de la maladie provoquerait un impact bien plus important, nous permettant très probablement d’éviter les complications et les inconvénients inhérents au diabète. Mais pour cela, nous avons besoin de bonnes campagnes de sensibilisation, bien orchestrées. Et nous avons besoin également de médecins de famille en nombre suffisant pour répondre aux demandes provenant d’individus avisés et informés. »
Le Dr Beauregard reçoit en consultation une clientèle dont le diabète est non contrôlé. « Le médecin de première ligne devrait d’abord conseiller le traitement nutritionnel et l’activité physique, tout comme nous le faisons. Pour un diabétique de type II, ces conseils font merveille. Cependant, dans le cas du diabète de type I, donc insulinodépendant, le praticien doit calibrer le volume d’insuline prescrit en fonction de la quantité de nourriture ingérée par le patient et de la quantité d’exercices physiques qu’il fait. L’évaluation de ces deux variables complique la tâche de celui qui doit déterminer la dose d’insuline à prendre.
« Comme cela n’est pas une tâche facile, les omnipraticiens préfèrent référer cette clientèle aux spécialistes. Tous les endocrinologues sont d’excellents diabétologues du fait que le diabète est la pathologie la plus fréquemment traitée dans cette spécialité. Les plus optimistes d’entre nous envisagent qu’on découvrira un médicament qui empêchera le diabète de se développer chez un individu. C’est d’ailleurs cet espoir qui anime les chercheurs. Moi aussi, j’espère que ce jour viendra. Mais à mon avis, utiliser des moyens naturels sera toujours plus intéressant.
« Nous devons vraiment axer nos priorités sur la prévention. Parce qu’une fois déclaré, une fois commencé, le diabète est extrêmement difficile à contrôler. Cela nécessite des efforts considérables, beaucoup de ressources humaines et médicales. Les complications qui peuvent survenir coûtent très cher en argent, mais aussi et surtout en qualité de vie pour les patients. »
À deux pas de la retraite
D’ici cinq ans, le Dr Beauregard prendra une retraite tout à fait méritée. Il n’y a qu’à parcourir son curriculum vitæ pour comprendre à quel point cet homme a eu une vie professionnelle remplie. Mieux encore, il a été heureux durant ce parcours.
Il a touché à tout. Outre sa pratique médicale, il a été enseignant au pré- et au post-doctorat. La recherche l’a passionné. Il a publié 4 chapitres de livres, 85 articles parus dans diverses revues scientifiques et de nombreux textes de vulgarisation. Il a même reçu le prix de la meilleure présentation pour 3 des 86 abrégés qu’il a produits. Il a participé à l’organisation de congrès et a lui-même présenté plusieurs conférences.
« Je suis resté moi-même, celui qui n’a pas eu peur de foncer, celui qui a accepté spontanément des propositions de travail, celui qui n’hésitait pas à essayer de nouvelles choses, ni à s’associer à des gens de valeur. Je souhaite à mes jeunes confrères le même plaisir et le même désir de s’embarquer pleinement dans ce qu’ils font. » ]
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