Parution: mai 2005
26 AU 30 JUIN 2005
CONGRÈS INTERNATIONAL INTERDISCIPLINAIRE SUR LES URGENCES
Un tout nouveau congrès pas comme les autres
Par Jean Michel Taub

« Dans une société où les supports sociaux sont devenus faibles, en cas de crise ou de détresse, l’urgence est le dernier refuge », nous dit le Dr Alain Vadeboncoeur, chef du service des urgences à l’Institut de cardiologie de Montréal et président de l’Association des spécialistes en médecine d’urgence du Québec.

C’est l’une des questions clés qui ont mené à l’approche originale adoptée par le Dr Vadeboncoeur pour élaborer le premier Congrès international interdisciplinaire sur les urgences (CIIU), qui aura lieu du 26 au 30 juin 2005, à Montréal. L’initiative de ce praticien – qui a oeuvré sur le terrain et exercé pendant dix ans à l’hôpital Pierre- Boucher, à Longueuil – et de toute l’équipe organisatrice du congrès est unique à bien des égards.

Plutôt qu’un rassemblement traditionnel d’omnipraticiens, auxquels s’ajoutent parfois des infirmiers et infirmières, ou de spécialistes qui échangent leurs préoccupations en vase clos, le CIIU réunira des spécialistes de tous horizons qui, à un moment ou un autre, font affaire avec le service des urgences d’un hôpital. Cette vision interdisciplinaire est une première, et le Dr Vadeboncoeur fonde de grands espoirs sur ce qui découlera de ce congrès.


Le Dr Alain Vadeboncoeur

« La notion d’urgence est relativement récente, affirme le Dr Vadeboncoeur. Le congrès s’attardera aux liens entre les services d’urgence et les intervenants qui y ont recours. Une fois couverts les aspects techniques et pratiques de la médecine, c’est la jonction, la synapse entre ces divers corps de métier qui sera examinée. » Ouverture semble être le maître mot d’un congrès qui veut susciter des échanges nouveaux et dynamiques.

Quelle est l’originalité la plus marquante de ce congrès?

Dr Vadeboncoeur: C’est la première fois que l’on aborde la médecine d’urgence sur le plan interdisciplinaire, et ce, au niveau international. Généralement, on assiste à des réunions essentiellement médicales s’adressant aux médecins et parfois aux infirmiers et infirmières, comme ce fut le cas lors de notre congrès de 2002, qui avait réuni 1 200 personnes. Notre pari consiste à créer un congrès autour de la médecine d’urgence où sont représentées diverses disciplines pouvant avoir rapport avec cette dernière.

Médicales ou non, elles seront au nombre de quinze. On pourra ainsi entendre s’exprimer au sujet de la médecine d’urgence des médecins, psychiatres, intervenants du secteur préhospitalier, paramédicaux, gestionnaires, et même designers en aménagement de l’espace et avocats. On recevra plusieurs personnalités, dont l’un des grands responsables de la résolution de la congestion des urgences en Angleterre. Participeront également des chercheurs qui se penchent sur la compréhension du phénomène de l’urgence par rapport au système de soins dans lequel il existe.

C’est toute la chaîne de l’urgence, de son origine au niveau préhospitalier jusqu’au suivi posthospitalier, qui fera l’objet des débats.

Ne risque-t-on pas de perdre l’attention du participant en dispersant les centres d’intérêt?

Dr Vadeboncoeur: Les problèmes qui se posent à l’urgence (la congestion, par exemple) interpellent nécessairement plusieurs professions. Seul un travail d’équipe, au niveau clinique comme au niveau organisationnel, peut les résoudre. De nouveaux points de vue, accompagnés d’expertises diverses, ne peuvent qu’enrichir la réflexion de chacun.

L’interdisciplinarité est-elle de retour pour de bon?

Dr Vadeboncoeur: Je me suis beaucoup impliqué à ce sujet au cours des dix dernières années. En septembre 2003, le Collège des médecins du Québec a d’ailleurs publié un numéro spécial sur ce thème, auquel j’ai collaboré. J’ai également travaillé énormément avec des ambulanciers. À l’Institut de cardiologie de Montréal, nous avons aussi créé un comité dans cet esprit. Tout le monde a travaillé ensemble : commis, infirmières, médecins et préposés. Nous nous sommes demandé pourquoi ne pas élargir cette approche, et c’est ainsi que nous avons débouché sur l’organisation de ce congrès. C’est aujourd’hui une nécessité. On ne peut plus se contenter de travailler entre médecins et risquer par ailleurs d’alimenter des confrontations plutôt que des initiatives positives. Le réseau de la santé est complexe, il engendre des problèmes qui ne peuvent être résolus qu’en regroupant les intervenants.

Y a-t-il une autre origine à l’idée de ce congrès?

Dr Vadeboncoeur : Une rencontre avec le Dr Suzanne Lamarre, psychiatre, y a contribué. Les patients qui consultent en psychiatrie souffrent de problèmes à la fois physiques et psychologiques. Les psychiatres sont habitués à travailler en équipe. En gériatrie aussi, on reconnaît la valeur du travail en équipe.

La comparaison des différents systèmes de santé a-t-elle un intérêt?

Dr Vadeboncoeur: Elle comprend un aspect multiculturel évident. La signification des maladies, la perception que l’on en a, le vécu associé à la maladie seront abordés. Un congrès bilingue, avec traduction simultanée, facilite les rencontres entre cultures différentes. Il sera aussi question des urgences humanitaires, des situations de désastre à l’extérieur des réseaux de santé. On abordera les aspects macrologistiques. Il y a cinquante ans, je ne pense pas que les gens s’inquiétaient pour un rhume!


«L’objectif premier est de stimuler les rencontres et de favoriser le goût des gens à collaborer ensemble. Dans un deuxième temps, on espère que cet effort se poursuivra avec un autre congrès.»
– Dr Alain Vadeboncoeur  

Le sens donné à l’urgence affecte-t-il considérablement le traitement?

Dr Vadeboncoeur: Absolument. Une situation d’urgence, c’est une situation perçue comme telle. Cela varie considérablement selon les patients et l’environnement. Une multitude de facteurs entrent en ligne de compte, dont l’anxiété. Lors de la tempête de verglas, un jeune patient – qui avait eu un infarctus – se trouvait aux soins intensifs d’un hôpital bondé de la Rive-Sud. Transféré, à sa demande, à l’Institut de cardiologie de Montréal, il s’est retrouvé au fond d’un couloir parce qu’il n’y avait pas d’autre endroit disponible. Or, il se sentait beaucoup plus en sécurité ainsi, malgré qu’il ne fut plus sous moniteur et qu’il ne bénéficie plus d’une surveillance permanente. À l’urgence, surtout en cardiologie, l’inquiétude du patient est souvent plus grande que la maladie, et le plus important est de le rassurer.

Dans notre monde occidental, devoir attendre pour une analyse ou une opération chirurgicale est souvent considéré comme une catastrophe. Alors que pour 90 % de l’humanité, le simple fait d’avoir accès à un médecin une fois dans sa vie est quelque chose d’extraordinaire. J’ai encore eu l’occasion de le constater lors d’un voyage en Chine l’an dernier. Pour le reste du monde, nous bénéficions d’un système de santé incroyable qui dépasse toutes les espérances.

Vos congressistes vont-ils en débattre?

Dr Vadeboncoeur : L’objectif premier est de stimuler les rencontres et de favoriser le goût des gens à collaborer ensemble. Dans un deuxième temps, on espère que cet effort se poursuivra avec un autre congrès, en 2007, à Paris. Au moment où l’on se parle, plus de 300 conférenciers provenant de 20 pays différents (pays d’Amérique, d’Europe, Taïwan, République du Congo, Turquie, Irak, etc.) ont confirmé leur participation au CIIU et plus de 500 communications ont déjà été soumises au comité organisateur. Cela témoigne du vif intérêt soulevé par cette première mondiale. ]

Pour information: www.ciiu2005montreal.com  


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