Parution: mai 2005
Dialoguer avec le pharmacien: oui, mais comment?
Les capsules… piste de solution?
Par le Dr Jacques Étienne Des Marchais, MD
Président de l’AMLFC


Le Dr Jean-Marie Martel, Mme Christiane Mayer, le Dr Alain Desjardins, Mme Johanne Fortin, le Dr Jacques Étienne Des Marchais, le Dr Michel Racine, Mme Judith Choquette, Mme Jeannine Matte et le Dr André-H. Dandavino  

Dans la foulée de son 76e Congrès, tenu en octobre 2004 et intitulé «Médecin et pharmacien : partenaires pour le patient », l’AMLFC a tenu, le 15 janvier dernier, une table ronde à laquelle participaient quatre collègues et quatre pharmaciennes.

L’objectif était d’explorer les lendemains de ce congrès et de tenter d’identifier les zones de rapprochement possible entre ces deux professions.

Processus de la table ronde

Les pistes de réflexion suivantes ont été proposées aux participants:

  1. Comment entrevoir les lendemains de la relation médecinpharmacien?
  2. Comment identifier les écueils futurs?
  3. Quelles améliorations seraient acceptables pour les deux groupes?

Pour représenter les deux groupes, s’étaient réunis :

Merci aux trois généralistes et au spécialiste qui ont permis – en adoptant dans un premier temps une attitude d’opposition – de mieux identifier les écueils qui peuvent survenir au-delà de la zone de tolérance. On a ainsi pu constater l’absence de leadership dans l’atteinte d’un consensus thérapeutique.

Merci également aux quatre pharmaciennes, fort habiles en communication (deux d’entre elles étaient d’ailleurs des personnesressources dans l’organisation du 76e Congrès), pour avoir guidé les discussions vers des bases communes de rapprochement dans le triangle d’intervenants souhaité, à savoir le médecin, le pharmacien et le patient, ce dernier étant le grand bénéficiaire de ce trio.

Thématique osée

La thématique du congrès 2004 de l’AMLFC était-elle trop osée, compte tenu de la résistance de nos collègues à la loi 90? Cette loi a-t-elle attisé la méfiance des médecins envers les pharmaciens? Les médecins perdront-ils leur rôle de chef d’orchestre dans les soins au patient? Autant d’interrogations qui nous paraissent pertinentes à cette étape-ci de notre questionnement.

Les participants à la table ronde ont cerné une série de points d’entente entre nos deux professions.

Définir les rôles

Le modèle thérapeutique médecinpatient, auquel s’ajoutaient parfois quelques intervenants, ne tient plus. Munis des nouveaux pouvoirs que leur confère la loi 90, les pharmaciens sont aujourd’hui impliqués activement dans les soins au patient. Et il en va de même pour de nombreux autres professionnels de la santé. Le suivi de l’évolution du patient, la thérapeutique, la durée des soins ne relèvent plus uniquement du médecin traitant. Dans certaines unités, les infirmières cliniciennes se sont déjà « taillé» des créneaux particuliers. Le Collège des médecins du Québec a commencé à définir les tâches et les rôles spécifiques des médecins en regard des autres professionnels de la santé.

Les participants s’entendent pour dire que le Collège des médecins et l’Ordre des pharmaciens doivent définir conjointement les rôles spécifiques de chacun, alors que pour l’instant, tous reconnaissent le médecin comme chef d’orchestre de la relation thérapeutique.

Limite des champs professionnels

Dans cette mouvance professionnelle, plusieurs médecins deviennent résistants. Les modifications qui ont cours sont perçues comme une menace à leur expertise professionnelle. Ils donnent pour exemple la situation à laquelle ils sont confrontés avec les infirmières autorisées. Les médecins craignent de perdre le contrôle, de ne plus être les chefs d’orchestre si plusieurs professions se heurtent « pour le bien-être du patient ».

Il ressort toutefois que dans cet effritement du domaine professionnel, médecins et pharmaciens sont davantage de connivence dans le domaine spécifique du suivi médicamenteux des patients.

Impact des coûts sociaux de la médication

Nous le savons tous, le coût des médicaments est à la hausse. Du seul fait que nous prescrivions des médicaments, nous avons un impact sur les coûts de la santé. Mais le patient a aussi sa part de responsabilité à cet égard; lorsqu’il accumule les médicaments (dans une optique préventive), lorsqu’il ne respecte pas le traitement prescrit, lorsqu’il a recours à d’autres thérapies, cela a une influence directe sur les coûts.

Les participants à la table ronde suggèrent de s’inspirer de l’expérience de ceux et celles qui oeuvrent dans les pharmacies en milieu hospitalier et dans les centres spécialisés pour adapter au milieu communautaire des stratégies qui ont eu un impact définitif sur l’optimisation de la thérapie. Le patient a également un rôle déterminant, d’où la nécessité de son éducation.

Éducation du patient

Il y a rapidement consensus: l’éducation du patient est une priorité. Il doit prendre en main sa santé et être conscient de l’impact qu’il a sur le système de santé. La préparation de sa visite chez le médecin, la connaissance de son dossier médical, sa fidélité au traitement prescrit sont des points majeurs auxquels il doit être conscientisé.

Le dossier pharmaceutique – auquel pourront se référer à la fois les médecins et les pharmaciens – sera un outil indispensable à cet effet puisque nombre de patients ont l’habitude de consulter plus d’un médecin et de s’approvisionner auprès de plus d’un fournisseur en médicaments. Mais quand ce dossier sera-t-il disponible?

Enfin, il faut anticiper le moment où les patients quitteront le centre hospitalier pour retourner dans la communauté et développer des outils de communication appropriés en ce sens, toujours dans un souci d’éducation du patient.

Des capsules médiatiques

Concrètement, il est proposé que le Collège des médecins du Québec et l’Ordre des pharmaciens du Québec s’impliquent dans la réalisation de capsules de communication qui se veulent un outil rassurant définissant mieux les rôles des médecins et ceux des pharmaciens. Ces capsules devraient être élaborées conjointement par ces deux groupes. Elles auraient pour but d’améliorer les conditions de pratique et de faciliter les communications entre ces professionnels de la santé. Elles devraient faire état de situations pratiques, concrètes et spécifiques, et démontrer à l’aide d’exemples comment optimiser la collaboration entre médecins et pharmaciens dans les soins destinés au patient, partenaire central de ce triangle.

Conclusion

Le débat, qui avait débuté sur une note d’opposition, s’est conclu dans un esprit rassembleur par une série de constatations (propositions) s’adressant aux médecins et aux pharmaciens:

La communication au sein du triangle patient-médecin-pharmacien doit devenir facile et simple et permettre l’évolution des rapports entre chacun. Il doit y avoir vigilance. Autrement, les pharmaciens risquent d’avoir une surcharge de responsabilités. Or, ils ne souhaitent pas devenir « la seule source » de renseignements pour tous les patients. De leur côté, les médecins veulent continuer à être les seuls responsables du traitement prescrit. Les rôles de chacun doivent être clairement définis et les relations améliorées. Il y a urgence. ]


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