Le Dr Réjean Savoie
Parution: avril 2005

Deux fois sur le métier, il a remis son ouvrage

Par Sylvie Poulin

Selon le Dr Réjean Savoie, la qualité de vie ne se mesure pas en nombre d’heures travaillées, mais plutôt au plaisir que l’on retire de sa vie, de son travail. « Je mets le temps qu’il faut, sans calculer. Je fais ce qui doit être fait. » Son refus de chiffrer les heures passées au boulot n’a rien à voir avec l’impression qu’il pourrait donner à d’autres d’avoir une pratique surchargée. « C’est moi que je ne veux pas apeurer… »

À l’origine: aider

Du plus loin qu’il se souvienne, le Dr Savoie a toujours voulu devenir médecin. « J’avais le désir d’aider les autres, d’être utile. Tout au long de ma formation, puis de ma pratique, j’ai conservé cette notion d’aide comme fondement de ma motivation profonde au travail. »

Il rappelle que l’avènement de l’Université de Moncton, avec la structure administrative qu’on lui connaît actuellement, a été un facteur facilitant pour les francophones du Nouveau-Brunswick, qui pouvaient enfin toucher du doigt leur rêve d’études supérieures en français, chez eux. On sait bien sûr que l’Université de Moncton est le seul établissement universitaire francophone dans l’ensemble du territoire des provinces atlantiques.


Le Dr Réjean Savoie  

Diplômé en 1977 de l’Université Laval, le Dr Savoie revient donc dans sa région natale pour exercer. Enfant de la péninsule acadienne, dans la région de Tracadie, c’est plus précisément dans le village de Saumarez qu’il a vu le jour. « J’ai toujours eu l’intime conviction que je travaillerais ici, au Nouveau-Brunswick. »

À ses débuts, il consacre six mois à l’urgence de l’hôpital Dr-Georges- L.-Dumont pour voir comment les choses fonctionnent. Ensuite, avec deux collègues, il s’installe dans une clinique privée et commence sa pratique de médecin de famille. Après trois années, il déménage sa clientèle à l’unité de médecine de famille qui s’est ouverte à Georges- L.-Dumont. On l’a invité à y exercer, mais aussi à y enseigner.

Les quatre années qui suivent sont remplies par l’urgence, l’obstétrique, les visites à domicile; bref, par la gamme complète des volets de la pratique d’un omnipraticien. Le Dr Savoie s’y plaît, tant pour la diversité des tâches qu’il doit accomplir que pour les défis présentés par l’enseignement. « Côtoyer les résidents nous stimule et nous incite à ne jamais abandonner notre vision de l’excellence. »

Toujours plus loin

Au détour de l’année 1985, le Dr Savoie est amené à s’engager dans un tournant professionnel qui bouleversera sa vie et celle de sa famille. Il faut savoir qu’à l’époque, la région ne compte qu’un seul obstétricien-gynécologue, ce qui est nettement insuffisant pour assurer des services adéquats à la population. « Le recrutement était très difficile, la plupart des finissants préférant s’installer dans d’autres régions. De plus, la main-d’oeuvre francophone était extrêmement rare. Le besoin était criant, urgent.

« On m’a fait la belle proposition de me spécialiser dans ce domaine. Je ne pouvais renoncer à cette occasion, bien que la décision fut difficile à prendre. J’étais en effet comblé par ma pratique. » C’est ainsi que le Dr Savoie entreprend sa spécialisation à l’Université de Montréal. « Cela a représenté un gros changement dans ma vie. J’étais patron, avec ma propre clientèle, un salaire plus que convenable : tout fonctionnait à la perfection. Me retrouver à l’université, devoir faire une nouvelle résidence a été exigeant pour moi, tant physiquement que mentalement. »

La première année a été la plus ardue et l’adaptation fut laborieuse. Suffisamment pour que le Dr Savoie reconsidère son choix. « Ma femme a été extraordinaire, précieuse. » Soutenu, aidé, encouragé par sa conjointe, il termine enfin sa résidence en 1989. « En bout de ligne, je me suis rendu compte qu’il s’agissait simplement de persévérer. Jusqu’au moment où il m’est devenu aussi difficile de songer à abandonner que cela l’avait été à l’idée de continuer. »

Durant les six années suivantes, le Dr Savoie fait partie du personnel médical de Georges-L.-Dumont. Puis, on assiste à l’ouverture du centre d’oncologie Dr-Léon- Richard. Évidemment, un poste en gynéco-oncologie est créé, mais demeure désespérément vacant. « C’est déjà une discipline qui compte peu de représentants. Imaginez un francophone… C’est alors qu’on m’a dit : “Tu l’as fait une fois; tu peux le faire une autre fois’’. »

Séduit par ce nouveau défi, le Dr Savoie entreprend en 1995 un fellowship en gynéco-oncologie, toujours à l’Université de Montréal. « Je croyais que ce serait plus facile que ma spécialisation en obstétrique- gynécologie. Mais ce fut très exigeant, très lourd, compte tenu des volets tels que la chirurgie, la chimiothérapie, la radiothérapie. »

Toute la famille s’installe donc à Montréal pour deux ans. « Cette expérience a été profitable pour chacun de nous. Elle a contribué à resserrer les liens familiaux, de même qu’elle nous a permis de nous ouvrir à une nouvelle façon de vivre. » Le Dr Savoie reconnaît l’apport inestimable de sa conjointe tout au long de sa carrière. « Elle est tout simplement extraordinaire. Je suis aussi très fier de nos trois enfants. »

Tournés vers l’avenir

De retour au centre Dr-Léon- Richard, le Dr Savoie – seul spécialiste en gynéco-oncologie au Nouveau-Brunswick – se voit confier la tâche de mettre sur pied ce nouveau service. Il s’y est attelé avec enthousiasme et ténacité. Sa persévérance a eu pour résultat que le centre offre actuellement un service complet dans ce domaine. « Nous avons mis en place quelque chose de solide. Nous pouvons envisager l’avenir avec confiance.

« Bien sûr, un tel service n’a pas été élaboré en un jour. Au départ, j’étais seul. Malgré mon expérience, il a fallu que j’élargisse et que j’approfondisse mon expertise. Aujourd’hui, l’organisation du travail au quotidien reste à être clairement définie. Le fonctionnement optimal du service est un objectif à long terme. Je suis moi-même en processus d’apprentissage dans cette démarche. Cinq ans plus tard, je peux toutefois affirmer que tout est à sa place et que le service est stable. »

Suffisamment pour recruter un deuxième spécialiste en gynécooncologie, avec qui le Dr Savoie pourrait partager le travail. « Bien que je ne songe aucunement à la retraite, il me semble important d’assurer la relève dans ce champ spécifique de la médecine au Nouveau-Brunswick. » Il souligne que l’oncologie n’est pas l’affaire d’une seule personne. « C’est l’équipe qui est importante. Individuellement, chacun d’entre nous n’est qu’un maillon de la chaîne de soins. »

Contre le cancer: la prévention

Le Dr Savoie attache énormément d’importance à la prévention et à l’éducation de la population en matière de cancer. De même, il affirme que tous les intervenants dans le domaine de la santé ont besoin de formation continue en oncologie gynécologique. « C’est à nous, spécialistes de troisième ligne, d’organiser et de diffuser l’information. En tant que médecins traitants, il nous faut voir plus large, plus tôt. Parce que peu importe la beauté et la qualité d’une chirurgie, on ne guérit personne si celle-ci est réalisée trop tard. Le succès de la chirurgie dépend du moment où l’on attaque le cancer. »

Membre de l’Association canadienne des organismes provinciaux de lutte contre le cancer (CAPCA), le Dr Savoie apporte aussi sa contribution à la Société des obstétriciens et gynécologues des provinces atlantiques, du Québec et du Canada. De plus, il consacre temps et énergie au comité directeur en oncologie du Nouveau-Brunswick.

« Il faut dégager une vision globale à l’échelle provinciale en matière d’oncologie, et pas seulement en oncologie gynécologique. Ensuite, il faut évaluer les ressources en place et les services offerts actuellement. Enfin, il faut réorganiser le processus de soins, soit la prévention, l’éducation, le dépistage, le traitement et le suivi.

« Le Nouveau-Brunswick, comme les autres provinces canadiennes, doit réévaluer ses programmes. Cet exercice a déjà débuté; j’espère que les résultats seront positifs. Il est vrai que nous habitons une petite province, mais nous pouvons en tirer avantage en faisant les choses plus rapidement, nous pouvons innover et mettre sur pied un nouveau modèle de soins, puis le présenter ailleurs au Canada. »

La vie est si fragile

« Je ne crois pas que j’aurais pu avoir en début de carrière le genre de pratique que j’ai présentement. Cela requiert un certain recul, de la maturité. En oncologie, nous sommes confrontés à la mort quotidiennement. Et cela nous fait réaliser que la vie n’est pas éternelle. Actuellement, je peux exercer dans ce domaine et avoir du plaisir à le faire. J’apprécie d’autant plus la vie que je la sais fragile. »

Du fait que le Dr Savoie continue de partager les gardes à l’hôpital Dr-Georges-L.-Dumont, il est appelé à travailler occasionnellement à la clinique Conceptia, un centre privé de traitement de fertilité établi depuis l’année 2000. « J’aime cet aspect de ma pratique. Il m’évite la routine et me permet de garder mes connaissances à jour en matière de fertilité. Vous savez, l’oncologie, ce n’est jamais joyeux au départ. La clinique Conceptia me procure un certain équilibre parce que j’y aborde le début de la vie, ce qui est en soi plus heureux. »

Le Dr Savoie s’occupe également de recherche. « C’est un aspect de la médecine que je considère très important. Il faut continuellement se battre, foncer et tenter de s’approprier des ressources pour que la recherche avance. Au Nouveau- Brunswick, la recherche médicale est appelée à connaître un essor. Une chose est sûre : le statu quo n’est pas une option. »

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le Dr Savoie a la ténacité et l’endurance d’un coureur de fond. Sans feux d’artifice, il s’efforce de rendre notre monde meilleur, chaque jour. Il s’est aussi fixé des objectifs pour les années à venir. De façon générale, il entend faire connaître davantage l’oncologie gynécologique dans sa propre province. Il tient également à finaliser le programme provincial de prévention et de dépistage du cancer du col de l’utérus.

« La restructuration des soins de santé au Nouveau-Brunswick concerne tous les habitants. Ce travail, auquel s’ajoute la réévaluation du programme d’oncologie, permettra – je l’espère vraiment – la mise sur pied d’unités de soins auxquelles les citoyens auront accès plus facilement, et ce, près de chez eux.

« Certains aspects du traitement, dont la chimiothérapie ou le suivi post-cancer, peuvent être facilement orchestrés en région. En tant qu’experts en soins tertiaires, nous pourrions tout simplement agir comme conseillers auprès de nos confrères. Il ne faut pas se leurrer : les ressources seront toujours limitées. Notre tâche est de préparer et d’assurer la relève. » ]


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