| Le Dr Bruno Piedboeuf |
Parution: avril 2005
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| Par amour des tout-petits | |
| Par Jean Michel Taub | |
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La chaleur de la voix, l’enthousiasme immédiat, direct et communicatif sont présents dès le premier échange. Le Dr Bruno Piedboeuf aime la médecine, il aime la recherche et, par-dessus tout, il adore sa spécialité : la néonatologie. Arrivé au pays à l’âge de 9 ans, il a fait toutes ses « classes » au Canada, études de médecine à Montréal, pédiatrie à l’hôpital Sainte- Justine, puis spécialisation en néonatologie à Montréal. Il part ensuite pour un séjour de trois ans à Rochester (New York), aux États- Unis, suivre une formation approfondie en recherche fondamentale, qu’il avait commencé à explorer à l’hôpital Sainte-Justine pendant sa formation en pédiatrie. Très actif, le Dr Piedboeuf s’implique dans sa pratique, la recherche et l’administration. Toutefois, son poste le plus important, tient-il à souligner, est celui de père de famille. Mais revenons à la recherche. « J’ai développé un laboratoire comprenant entre autres des activités de recherche clinique, et je me suis impliqué dans l’organisation de la recherche pédiatrique à Québec. Ma collègue, le Dr Aida Bairam, et moi nous sommes mis en quête de chercheurs et avons constitué une équipe de recherche fondamentale jeune et dynamique, dont les travaux sont axés principalement sur le développement des maladies congénitales chez les nouveaunés. Il y a également un groupe qui s’intéresse au contrôle de la respiration. » |
![]() Le Dr Bruno Piedboeuf |
De la mort subite du nouveau-né aux arrêts respiratoires soudains des prématurés, les champs de recherche explorés par l’équipe du Dr Piedboeuf sont à la fois riches et symboliques. « On essaye de comprendre comment se fait la maturation du contrôle de la respiration. La compréhension de ce phénomène pourrait nous permettre de venir en aide aux bébés branchés à des respirateurs et qui oublient de respirer…
« J’ai choisi la néonatologie parce que j’adore les bébés. Je me souviens du plaisir que j’avais à essayer de les faire sourire lorsque j’étais de garde pendant ma résidence. Quel beau métier j’ai choisi! Jouer avec un bébé à deux heures du matin en fait partie. La néonatologie est une spécialité extraordinaire. Il y a, bien sûr, l’intérêt pour la science et les soins intensifs; mais surtout, il y a cet émerveillement pour le nouveau-né, même s’il est un grand prématuré. Après quinze ans dans cette discipline, je suis toujours aussi fasciné par un nourrisson : il est tout petit, mais en même temps déjà tellement présent, tellement attentif; c’est formidable! »
Du fait que sa spécialité a connu une évolution rapide et majeure, et qu’elle touche autant de domaines à la fois, elle a encore plus d’attrait pour le Dr Piedboeuf. Au sujet de l’éthique de sa profession, il nous rappelle : « Lorsque j’ai commencé ma résidence, on se préoccupait essentiellement de survie. Tout ce que nous souhaitions, c’était que les bébés survivent jusqu’au lendemain matin. Mais peu après, notre souhait s’allongeait, et nous espérions alors les accompagner jusqu’à la fin de notre stage. Puis carrément jusqu’au moment de leur congé.
« Aujourd’hui, comme médecin, je me préoccupe beaucoup de la qualité de vie des enfants. Mes travaux sur la fonction respiratoire ont une visée de santé à long terme. Mon but n’est pas seulement que les bébés malades s’en sortent et quittent l’hôpital. Mon voeu est qu’ils recouvrent la santé. J’aimerais les revoir à l’adolescence et même une fois devenus adultes, savoir comment ils se portent. De plus en plus, la recherche se préoccupe des résultats à long terme, de la qualité de vie. Même si nous ne disposons pas des ressources nécessaires pour suivre ces toutpetits jusqu’à ce qu’ils aient 20 ans, nous pouvons tout de même le faire jusqu’à l’âge de 2 ou 3 ans. La vie future de l’enfant nous importe.
« Nous sommes convaincus que les premiers moments de l’existence ont des aspects déterminants pour cette future qualité de vie. Et même si nous avons parfois l’impression de jouer aux apprentis sorciers, nous ne pouvons nous empêcher d’être passionnés par ce que nous découvrons. En même temps, nous réalisons vite à quel point nous connaissons peu de choses. C’est à la fois excitant et inquiétant. Tout ce que nous faisons au nourrisson a une influence. La nourriture que nous lui donnons quantité, qualité , la manière dont il est nourri, le contact avec sa mère, la douleur qu’il peut vivre… tout cela va influencer, jusqu’à un certain point, le développement de l’enfant, ou son sous-développement cérébral, et son potentiel à long terme.
« Par contre, ce qui est fascinant et c’est l’un des grands plaisirs de la pédiatrie , c’est la capacité d’adaptation et de réparation de ces enfants-là. Si on les traite bien, ils sont capables de se remettre très rapidement. On parle ici d’enfants profondément malades qui, sitôt qu’ils commencent à guérir, le font extrêmement vite. Ça ne prendra pas deux ou trois semaines; quelques jours seulement. Même psychologiquement, ils récupèrent très vite. Cette faculté de récupération après des chirurgies lourdes (des chirurgies cardiaques, par exemple) est proprement stupéfiante. Vingt-quatre heures plus tard, on a devant soi des enfants qui boivent et se sentent bien. C’est extraordinaire!»
Il n’est pas étonnant que le Dr Piedboeuf s’intéresse à la fonction respiratoire des nouveau-nés. À l’écouter s’exprimer, c’est le souffle de la vie qui semble porter c e médecin. Son travail touche à la vie dès sa naissance, et c’est véritablement une fièvre de santé qui l’habite. Il ne mentionnera que discrètement sa vie de famille il a quatre enfants et ses autres responsabilités qui s’ajoutent aux soins qu’il prodigue à tous ces petits qu’il aime tant.
« Il faut dire que je prends la vie du bon côté. Je suis de ceux pour qui le verre est toujours à moitié plein. Travailler en soins intensifs exige d’avoir le goût de se battre. Mais plus que cela, c’est l’optique de la guérison et de la qualité de vie à long terme qui sous-tend la recherche en néonatologie qui suscite mon enthousiasme. Les gens qui font de la recherche commencent maintenant à poser les vraies questions. Évidemment, ce n’est pas toujours facile. Ce changement d’approche et de vision ne va pas toujours de pair avec les décisions que l’on peut prendre à court terme.
« Prenons l’exemple suivant : au cours des trente dernières années, de grands progrès ont été réalisés dans la prévention des accouchements prématurés. Les médicaments que nous utilisions auparavant étaient peu ou pas efficaces pour prévenir le travail des prématurés, alors qu’aujourd’hui nous disposons d’un médicament qui est vraiment efficace. Par contre, il a des répercussions sur le foetus.
« Si vous n’avez qu’un objectif à court terme, vous donnerez ce médicament à votre patiente et le travail s’arrêtera pendant 24 à 48 heures. Comme c’est le but souhaité, vous pourrez être tenté de le prescrire à toutes les femmes qui sont dans cette même situation. Pourtant, la vraie question n’est pas tant d’arrêter le travail, mais bien d’améliorer l’avenir du nouveau-né. Bien sûr, on peut se dire qu’en arrêtant le travail, on contribue au mieux-être du bébé à naître. Mais lorsqu’on évalue l’ensemble des données en cause, il faut aussi considérer le fait que ce médicament a un impact sur le foetus. Il est donc essentiel de se demander si, dans ce cas précis (et ce, pour chaque cas), les effets bénéfiques surpassent les effets négatifs.
« La recherche ne doit pas uniquement mener au développement de nouveaux traitements : il faut s’assurer que les nouveaux médicaments ont des effets bénéfiques à long terme. Malheureusement, trop souvent, les nouveaux produits et les nouvelles technologies sont évalués en fonction de critères à court terme. Il est bien sûr plus difficile de démontrer les effets à long terme, car de nombreux facteurs entrent en ligne de compte. Par contre, je dois dire que les chercheurs sont de plus en plus sensibles à cet aspect des choses, et cela me réjouit. Il y a eu un tournant, au cours des cinq dernières années, dans le milieu de la recherche. On ne se contente plus de faire des études avec dix ou quinze patients seulement. On assiste à un changement d’attitude. Les études se font maintenant sur une vaste échelle et les résultats n’en sont que plus probants. »
Le Dr Piedboeuf est tout de même bien conscient des limites de ces études : « On ne peut pas trouver réponse à tout. Il y a tellement de questions qui se posent à nous. » Pour lui, la grande découverte demeure le changement d’attitude qui a cours actuellement, où l’on redonne leur place aux soins et où on reconnaît leur importance plutôt que de s’acharner à découvrir à tout prix un médicament miracle. « C’est une série infinie de petites choses qui va contribuer à l’amélioration totale des soins que l’on apporte aux patients. »
Depuis l’automne 2003, le Dr Piedboeuf est directeur du département de pédiatrie du CHUQ (pavillon CHUL). Son travail le passionne et il a toujours le feu sacré. « J’aimerais pouvoir infuser cet enthousiasme aux résidents et aux jeunes médecins, leur communiquer cette soif de connaître et de s’améliorer sans cesse qui anime notre équipe. Une des difficultés auxquelles on fait face dans l’enseignement de la médecine est de susciter un intérêt réel et non éphémère pour la recherche. Il faut engendrer de l’enthousiasme face à l’évolution des soins, stimuler l’envie de trouver des réponses.
« Je n’ai jamais aimé les recettes. Parce qu’elles changent sans cesse. Ce qui est adéquat maintenant ne le sera fort probablement plus (ou différemment) dans vingt ou trente ans. La façon d’aborder la médecine aura changé. Le plus important est de continuer à s’interroger, à essayer de comprendre, à vouloir trouver des solutions tout en demeurant conscient des limites de nos traitements. Même si tout le monde n’est pas destiné à faire de la recherche, il est primordial de s’y intéresser véritablement et de se pencher sur les questions qu’elle soulève. Alors, peut-être, d’autres se consacreront-ils à la recherche pour trouver des réponses, tout comme je le fais moi-même. » ]
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