| Le Dr Alain Couët |
Parution: février 2005
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| Sur fond de musique et de vélo | |
| Par Sylvie Poulin | |
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Le Dr Alain Couët est natif de la ville de Québec, où il a acquis une solide formation musicale. Sa mère aimait beaucoup la musique et, très tôt vers l’âge de 5 ans , il étudie le piano. Puis, « tout naturellement, à un moment donné, j’ai choisi un instrument à vent ». Ce fut le saxophone. Il entre ensuite au Conservatoire de musique de Québec, à l’âge de 13 ans. Ces études musicales se poursuivront de front avec les études générales jusqu’au début de l’âge adulte. À la sortie du Conservatoire, en 1973, le futur Dr Couët est en deuxième année de médecine. Il doit alors faire un choix. « J’ai beaucoup hésité. Je souhaitais aussi faire des études supérieures en musique. » Il choisit finalement de poursuivre ses études médicales, peut-être inspiré en cela par sa mère, infirmière, son grand-père et deux de ses oncles, tous trois médecins. |
![]() Le Dr Alain Couët |
Le Dr Couët décide de s’orienter vers la médecine familiale plutôt que vers une spécialité. « Ce qui m’intéressait, c’était la variété des cas et le contact continu avec les patients. » Il mise sur la relation de confiance et de respect que le médecin peut développer avec ses patients lorsqu’il y a un suivi à long terme. C’est ce qui lui importe. Il a à coeur d’établir un véritable contact avec la personne (et non seulement le patient) qui est venue le consulter. « Les patients sont sensibles à notre intérêt lorsqu’il est vrai. »
À la fin de sa résidence, le nouveau médecin accepte un poste à l’urgence de l’hôpital Saint- Sacrement à Québec. C’est un hôpital qu’il connaît bien puisqu’il y a fait la plus grande partie de ses stages. « J’aimais travailler dans ce centre hospitalier, je connaissais tout le monde [...] J’aimais beaucoup ce milieu. » Il y restera de 1980 à 1986.
En marge de sa pratique médicale, le Dr Couët continue à nourrir sa passion pour la musique. Il fait partie d’un quatuor et donne des concerts dans des écoles ou pour des associations culturelles locales.
Puis, en 1985, il quitte l’hôpital Saint-Sacrement et accepte un poste au CLSC des Chenaux à Sainte-Geneviève-de-Batiscan. Il occupe ce poste pendant près d’un an, tout en continuant d’être de garde à l’urgence de Saint- Sacrement à l’occasion.
L’aventure européenne ou le début de la véritable médecine familiale
À l’été 1986, le Dr Couët, accompagné de sa famille, quitte pour la base de Lahr en Allemagne. Il y soigne les familles des militaires et des employés civils. À l’occasion, il traitera aussi certains militaires. Pour le jeune médecin, c’est tout un changement de pratique professionnelle. « C’est là que j’ai vraiment commencé à faire ce pour quoi j’avais été formé. Enfin, après sept ans, je pratiquais la médecine familiale. » De son passage en Allemagne, il dira : « L’expérience a été magnifique. »
En janvier 1989, la famille Couët revient au pays et s’installe à Vanier, en banlieue d’Ottawa. « De retour au Canada, j’ai dû repartir à zéro sur le plan professionnel, c.-à.-d. trouver un nouveau lieu de pratique, etc. J’ai été absent pendant deux ans et demi. » Avec l’aide de confrères de classe, le Dr Couët ouvre son cabinet privé. Jusqu’en 1991, il occupera aussi un poste à demi-temps à la clinique communautaire, le centre médical Sainte-Anne.
De 1990 à 1992, le Dr Couët met le pied dans l’enseignement et devient membre associé de l’hôpital de Gatineau. Il est en charge de la supervision de résidents à l’unité de médecine familiale (à temps partiel). On le retrouve ensuite à l’hôpital Montfort, où sont hospitalisés ses patients. « C’est un complément naturel que de suivre ses patients durant leur séjour à l’hôpital. Il est donc important de bien connaître le fonctionnement des centres hospitaliers. »
Une autre raison l’a motivé à s’intéresser à Montfort : « Le département de médecine familiale de l’Université d’Ottawa prévoyait établir une unité d’enseignement de la médecine familiale, en français, à l’hôpital Montfort. » Peu de temps après, c’est chose faite. Le Dr Couët y sera professeur adjoint et, pendant un an, assumera les fonctions de chef de l’unité de médecine familiale. À ce jour, il est encore professeur adjoint au département de médecine familiale de l’Université d’Ottawa.
C’est la rumeur de la fermeture éventuelle de l’hôpital Montfort, en 1996, qui le pousse à déménager sa pratique à Aylmer. Il reçoit au même moment une offre d’une clinique qui cherche un cinquième associé, et décide de faire le saut. À l’instar de ses nouveaux collègues, le Dr Couët devient membre actif du centre hospitalier des Vallées de l’Outaouais, au pavillon de Hull.
Quand la médecine devient plus difficile
Quatre ans plus tard, l’hôpital de Hull fait face à une pénurie d’effectifs. « Quand j’ai commencé là-bas, il y avait plus de vingt médecins qui hospitalisaient en médecine générale. Quand j’ai décidé de partir, il n’en restait plus que huit. J’ai été parmi les derniers à partir, dans le creux de la vague. » La situation en est une de crise et elle est difficile à gérer.
« Ça finit par nous avoir à l’usure. Quand j’ai quitté, j’avais atteint ma limite. J’ai décidé de mon départ le jour où j’ai débuté ma semaine de travail à l’hôpital avec une liste de 50 patients. » Pour dénoncer cette façon de pratiquer la médecine, il a cette comparaison-choc : « Je n’irais pas faire d’alpinisme dans l’Himalaya en raison du danger, et je pense que travailler dans les conditions décrites ici présente de grands risques. »
Depuis le début de l’été 2000, la pratique du Dr Couët a cours exclusivement en cabinet privé. Il continue de recevoir des stagiaires de première année et, à l’occasion, des externes. Autant tout ce qui touche à la gestion l’a toujours rebuté, autant il aime enseigner à la relève.
On le retrouve d’ailleurs comme examinateur au Collège des médecins de famille du Canada depuis 1990. Il n’y a pas de rémunération proprement dite pour les examinateurs. Par contre, il en retire des bienfaits sur trois plans majeurs. « Premièrement, il y a l’intérêt personnel et professionnel. Deuxièmement, l’apprentissage (sur ce qu’est le rôle du médecin et sur la relation médecinpatient). Troisièmement, l’interaction avec un grand nombre de candidats différents (ce qui permet d’observer les multiples façons dont vont réagir les futurs médecins à une même situation).
Le Dr Couët entraîne aussi les patients simulés ce sont des comédiens amateurs dans le cadre des examens du Conseil médical du Canada, et ce, depuis 1994. « Je joue le rôle du candidat. Alors, c’est un peu comme si je passais l’examen à 36 reprises. » Cette expérience est également des plus enrichissantes pour le Dr Couët.
La qualité des médecins... et la qualité de la médecine
Au sujet des candidats qui se présentent aux examens de fin de formation, le Dr Couët a ces bons mots : « Je n’ai aucune crainte quant à la qualité des médecins qui obtiennent leur diplôme. Je pense qu’ils sont aujourd’hui mieux formés que nous ne l’étions à notre époque. La médecine a beaucoup évolué, elle est devenue plus complexe. Leurs connaissances sont plus approfondies. »
C’est plutôt le futur de la pratique qui inquiète le Dr Couët. « Je suis un peu pessimiste quant à l’avenir de la profession médicale et aux conditions de la pratique de la médecine. » Il estime que le lien de confiance entre les médecins et la société a été rompu. « Je pense que la société, ou ses représentants, ne fait plus confiance à la communauté médicale et que les médecins, collectivement, ne font plus confiance à la société pour tout ce qui touche à l’amélioration du système des soins de santé. »
La passion du vélo
Le Dr Couët est un grand passionné de vélo. Il fait de la bicyclette depuis vingt-cinq ans. Il utilise son vélo pour aller au travail et pour ses déplacements en ville, de neuf à dix mois par année. Il y a trois ans, il a vendu sa voiture. « Je ne voulais plus avoir la possibilité immédiate de me rendre au travail en voiture. » Il parcourt en moyenne 5 000 km par année.
Se tenir en forme est certes une préoccupation importante pour le Dr Couët, mais il y a aussi une motivation écologique derrière tout cela. Il a d’ailleurs fait un peu de militantisme sur le sujet au club de vélo de sa région et a même animé des ateliers vélo-boulot.
Le vélo, c’est aussi pour les vacances. Il aime faire au moins un voyage cycliste par année, au Canada ou outre-mer. Lors des grandes randonnées, il parcourt en moyenne 200 km par jour. « Je fais des voyages quand je le peux, aussi souvent que je le peux. » L’été dernier, il a roulé 300 km en 15 heures! « C’est un défi pour soi, pas une compétition. » Sa dernière grande virée vélo-camping l’a amené en France, plus particulièrement en Provence et dans le Vercors.
Encore et toujours la musique
Il y a un peu plus d’un an, le Dr Couët a recommencé à jouer de son instrument, le saxophone baryton. Il fait partie de la chorale du Conservatoire de Gatineau à titre de chef de pupitre pour les basses. Comme il y a peu de saxophonistes au Conservatoire, il collabore aussi à l’occasion aux concours d’élèves (si un finissant a choisi de présenter une pièce avec quatuor de saxophonistes, par exemple).
L’amour de la musique unit aussi le Dr Couët et sa conjointe Dominique Simon, qui chante professionnellement. Elle donne des concerts comme soliste dans diverses chorales. Parfois, ils chantent tous deux à un même concert, elle comme soliste et lui comme choriste.
Et la vie continue...
À court terme, le Dr Couët veut continuer sa pratique en médecine familiale. Il souhaite ralentir son rythme de travail lorsque cela sera possible financièrement, soit d’ici cinq ou six ans probablement. « À l’âge de 55 ans, j’espère être capable de travailler à demi-temps seulement. D’ici là, je voudrais recommencer à jouer de la musique plus sérieusement. » C’est le bonheur qu’on lui souhaite. ]
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