Le Dr Sophie Galarneau
Parution: janvier 2005
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Par Sylvie Poulin

Lundi matin, au CLSC des Faubourgs. Le Dr Sophie Galarneau s’apprête à commencer une semaine de travail bien chargée. Elle rappelle que les CLSC sont issus d’un mouvement social très fort, canalisant des volontés communes. Mais la réputation accolée aux professionnels de la santé oeuvrant dans ce type d’établissement l’agace grandement. « D’ailleurs, c’est de moins en moins tranquille dans les CLSC. Bien sûr, l’horaire demeure raisonnable et permet une certaine qualité de vie. Cependant, la lourdeur des cas qui y sont traités exige un investissement d’énergie considérable. Et ma pratique est passionnante! »

C’est son immense besoin d’aider ses semblables qui l’a poussée vers la médecine. Au début, elle était surtout attirée par les approches parallèles, par les médecines alternatives où il lui semblait qu’elle pourrait entre autres utiliser au maximum ses habiletés manuelles. « Ce fut pour moi une décision difficile, mais j’ai finalement opté pour la médecine traditionnelle, avec l’intention de revenir plus tard à ces approches si mon intérêt persistait. »

Bien qu’originaire de Montréal, c’est à l’Université de Sherbrooke qu’elle décide d’entamer sa formation. « Pour moi, la médecine de famille allait de soi. C’est au cours de mes études, mais plus particulièrement lors de ma résidence, que ce choix m’est devenu tout naturel. J’y ai découvert la plénitude qu’apporte le contact avec le patient dans une relation continue. » Le Dr Galarneau n’a donc jamais envisagé de faire une spécialité. « Je voulais aider les gens dans toutes les facettes de leur vie. Je retire une profonde satisfaction à m’impliquer au niveau du suivi à long terme de mes patients. »


Le Dr Sophie Galarneau

Son parcours académique et l’ensemble des activités entourant sa pratique en témoignent : le Dr Galarneau a continuellement été préoccupée par l’approche globale de l’individu. Elle a terminé plusieurs formations, dont certaines à Montréal, sur la psychothérapie psychanalytique et les supervisions cliniques en médecine psychosomatique. Une bourse d’études l’a conduite jusqu’à Rome, où elle a suivi un stage de perfectionnement sur le traitement des affections psychosomatiques par l’approche systémique.

« J’ai effectué ma résidence au CLSC Centre-Sud, devenu le CLSC des Faubourgs par la suite. J’y ai découvert une équipe de travail stimulante et accueillante. Et j’ai tout simplement eu envie d’y revenir. »

Le Dr Galarneau explique qu’il y a deux types d’organisation du travail dans les CLSC. « Au CLSC des Faubourgs, les médecins sont regroupés dans les services courants. Ces derniers sont divisés en secteurs, tels que enfance-famille, adultes, personnes âgées, maintien à domicile. Sont aussi offerts des programmes spécifiques, comme ceux sur le VIH, l’urgence, l’aspect psychosocial.

« Nous avons adopté un fonctionnement d’équipe médicale qui forme le coeur d’une pratique en collaboration avec le personnel infirmier. Tous les médecins ne participent pas à chacun des comités existants. Nous avons choisi de faire autrement. Les intérêts de chacun sont pris en considération, de sorte que le praticien investit temps et énergie dans les discussions, les réunions ou les activités planifiées qui le passionnent. »

Au rythme de ses passions

Il existe deux grands axes dans la vie professionnelle du Dr Galarneau : la santé mentale et la relation entre le médecin et son patient. « En médecine familiale, il arrive un moment où on réalise – et c’est parfois tout un choc – qu’on sait rarement quelque chose. Cet aspect de la pratique engendre un sentiment d’insécurité. Les gens se présentent souvent avec des symptômes flous, et nous avons à naviguer dans un monde indéfini, incertain. »

Elle estime que près de 30 % de la clientèle qui consulte en médecine familiale éprouve un problème d’ordre psychologique. « Cette composante n’est pas à négliger. Le praticien doit posséder les outils nécessaires lui permettant d’établir une saine relation avec son patient. S’il prend le temps d’évaluer en profondeur les malaises de la personne devant lui, il découvre souvent toute une gamme d’impacts provoqués par la maladie. Et ce ne sont pas seulement des symptômes; il y a aussi des émotions vives. »

Aborder le registre affectif

Elle enchaîne en expliquant que l’aspect psychologie médicale est inhérent à la pratique. « Le médecin de famille est un peu le gardien de la santé des gens, et tout ce qui affecte cette dernière présente un intérêt pour lui. En conséquence, l’évaluation clinique doit tenir compte d’une multitude de facettes de la vie du patient. »

L’expérience du Dr Galarneau lui a démontré que les résidents, en général, ont des difficultés à évoluer dans un tel cadre, où ils se sentent intrusifs. « Ils ont peur d’entrer dans l’intimité du patient sans savoir s’ils ont le droit de le faire. D’emblée, certains ont des habiletés de communication. Mais dans le cas contraire, rien n’est perdu, car on peut apprendre. Et cet apprentissage devrait toujours se doubler d’une réflexion sur soi, pour pouvoir aller plus loin dans nos capacités empathiques à l’égard de la clientèle. L’enseignement a cet objectif d’amener le médecin à se forger une image globale de la personne, de façon à intégrer également la notion de prévention. »

Selon le Dr Galarneau, la relation médecin-patient se vit à deux. « Il faut constamment réfléchir à la façon dont notre intervention sera reçue par l’autre, et à ce que l’autre nous amène à vivre – malgré la relation d’autorité ou de pouvoir. Je n’ai jamais douté de l’importance pour un médecin d’atteindre une certaine maturité dans sa vie professionnelle de personne aidante. Moi, je veux aider les gens ordinaires, avec des problèmes ordinaires. »

La médecine urbaine

La fusion des CLSC Centre-ville et Centre-Sud a donné naissance au CLSC des Faubourgs, qui se divise maintenant en un établissement et trois points de service. « On note une différence de clientèle selon chaque point de service, constate le Dr Galarneau; mais pour la plus grande part, cette clientèle est défavorisée. J’ai découvert la triste réalité de la pauvreté, de ce que vivent quotidiennement les gens dans une cruelle nécessité, les prostituées, les itinérants. »

Le Dr Galarneau reçoit en consultation des gens de tous âges. « Je suis appelée à voir davantage d’enfants maintenant que le phénomène de la pauvreté a déclenché une migration vers l’est de la ville des familles à faible revenu. Mais j’aime la médecine urbaine, qui possède ses propres caractéristiques, qui est tout aussi particulière que la médecine en région, par exemple. »

Demeurer au coeur du processus

Depuis 1998, on retrouve au Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM) un programme de soins partagés en psychiatrie (PSPP). « Une certaine partie de notre clientèle – et c’est vrai pour tous les médecins de famille – aurait besoin de soins psychiatriques. Toutefois, ces personnes refusent de consulter, souvent pour des raisons inhérentes à leur condition. D’autres patients, quant à eux, n’ont pas nécessairement à être vus par un psychiatre. Par contre, l’omnipraticien qui les traite bénéficierait pleinement d’être encadré, guidé par un spécialiste. Le PSPP offre ce soutien. Les psychiatres qui en font partie agissent à titre de consultants auprès des médecins de famille. »

Responsable de la médecine de famille au département de psychiatrie du CHUM, le Dr Galarneau assume également la coordination de l’enseignement psychiatrique aux résidents. Elle a participé activement à la réorganisation du canevas de base régissant les activités d’apprentissage des stagiaires, qui propose maintenant aux étudiants une formation au PSPP, en psychogériatrie, en pédopsychiatrie, en psychosomatique, à l’urgence psychiatrique et en suivi de patients sous observation.

« Ce que cette formule a changé, c’est le délai d’attente. Maintenant, un patient est vu à l’intérieur d’une période de deux semaines. Cela constitue une nette amélioration. Les échanges sont facilités, non seulement avec les spécialistes, mais aussi avec toute l’équipe des intervenants auprès de la clientèle. Cependant, le médecin de famille demeure le médecin traitant, au coeur du processus. »

Les Faubourgeoises

Il ne s’agit pas d’une pâtisserie, même si les Faubourgeoises sont une forme de gâterie pour les résidents qui effectuent un stage. « Il est plutôt question d’une initiative pédagogique par laquelle nous entendons développer rapidement le sentiment d’appartenance à l’UMF du CLSC. »

Le Dr Galarneau a participé aux travaux d’un comité sur le stress de la résidence. « Nous avions alors décidé de nommer un résidentchef au CLSC. Parallèlement à cela, nous tenions une journée de réflexion, une fois par année, sur l’enseignement et l’orientation de l’UMF, à laquelle le résident-chef était invité. C’est sur la base de l’un des rapports qui en ont découlé que les Faubourgeoises ont vu le jour. À raison de six ou sept rencontres par année, nous regroupons les résidents et les patrons pour favoriser l’échange et le partage des expériences individuelles, dans un contexte ouvert où la discussion est encouragée. »

Elle précise que la résidence se déroule de telle sorte que certains étudiants ne sont accueillis au CLSC (pour un stage intensif en médecine de famille) qu’à la fin de leur première année pratiquement. « On les reçoit souvent pour une simple demi-journée par semaine. Ils n’ont pas l’occasion de rencontrer ni de connaître l’ensemble du personnel soignant et des enseignants. Le fait qu’il y ait différents points de service n’aide pas non plus; cela crée plutôt un certain éparpillement. Les Faubourgeoises se veulent le moteur de base d’un excellent esprit d’équipe. »

Responsable des Faubourgeoises, le Dr Galarneau consulte par sondage les participants et s’enquiert des thèmes qui sont en mesure de les rejoindre, de les toucher. « Nous avons chaque fois des rencontres très enrichissantes et pertinentes en ce qui a trait au quotidien du médecin. Nous abordons des sujets comme : faut-il traiter ou non ses proches, la discrimination sexuelle en médecine, la santé internationale, ou encore les moyens à notre disposition pour rester à jour sans nous noyer. »

Rayonner

Le Dr Galarneau met en pratique ce qu’elle prêche. Sa participation à divers comités l’a conduite à travailler de façon active à l’organisation de congrès, de conférences ou d’ateliers au cours desquels elle a agi à titre de présentatrice ou d’animatrice.

Déjà responsable de la formation clinique à l’UMF du CLSC, elle a réalisé en 1994, à l’Université de Montréal, un fellowship en médecine familiale. « C’était pour moi une façon d’aller chercher des outils qui me seraient utiles dans ma tâche d’enseignante. L’idéal, c’est évidemment de pouvoir marier la pratique et l’enseignement. Travailler dans un CLSC permet cela. »

Son intérêt marqué pour la communication dans la relation médecin-patient explique sa détermination à relever le défi d’uniformiser l’enseignement de ce sujet dans toutes les UMF rattachées à l’Université de Montréal. « L’enseignement s’est développé selon les ressources et les intérêts locaux. Il me semble important de produire un corpus de base. » Le Dr Galarneau ne semble pas manquer d’énergie ni d’enthousiasme pour atteindre cet objectif. ]


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