Le Dr Marc Klasa
Parution: janvier 2005
La vie, sans compromis
Par Sylvie Poulin

Rencontrer le Dr Marc Klasa, c’est faire l’expérience d’une explosion d’énergie et de joie de vivre. Médecin de famille à la clinique médicale Whitehorn, à Calgary, ce Montréalais d’origine exprime de façon enjouée son enthousiasme pour cette profession qu’il exerce depuis près d’une dizaine d’années.

Ses grands-parents paternels ont émigré au Canada alors que leur fils (le père du Dr Klasa) n’avait que 4 ans. Sa mère, d’ascendance polonaise elle aussi, est née à Montréal. « Comme la plupart des familles d’immigrants, nous avons conservé une partie de la culture de nos ancêtres. Je pense ici à la nourriture ou à la religion catholique. Mais dans les faits, je n’ai eu que peu de contacts avec la communauté polonaise de Montréal.

« Chez nous, la langue parlée en famille était l’anglais. Mes parents considéraient toutefois que l’apprentissage du français était très important. D’ailleurs, mon frère aîné a fait tout son primaire dans une école francophone. Quand est venu mon tour de choisir une école secondaire, mes parents et moi avons eu une longue discussion.

« Trois éléments ont été pris en compte. D’abord, la certitude que j’habiterais Montréal encore un bon bout de temps. Ensuite, le fait qu’à cette époque, j’étais vraiment très intéressé par les ordinateurs. La Rosemount High School en possédait davantage que les autres écoles, ce qui signifiait moins d’élèves pour chacun d’eux. Mais surtout, le fait que cet établissement scolaire offrait un programme d’immersion en français. »


Le Dr Marc Klasa

Libre

Le Dr Klasa déclare qu’il a toujours voulu faire sa médecine. Mais n’ayant pas été admis dans cette discipline à l’Université McGill, il entreprend une formation en biochimie. Durant cette première année d’études, il accumule les cours d’informatique. Puis, il se réoriente vers la chimie, parce que les professeurs le stimulent davantage, parce que l’atmosphère de ce département convient mieux à son tempérament.

Deux années plus tard, l’Université McGill accepte sa demande d’admission en médecine. « Mon frère est médecin. Pour moi, cette profession est synonyme d’action, de changement. Ma mère disait à la blague que, enfant, je souffrais du trouble de déficit d’attention, malheureusement jamais diagnostiqué! En fait, je voulais un métier où il y aurait constamment de la variété.

« C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles je ne suis pas devenu spécialiste. En médecine de famille, on peut se perfectionner dans différents domaines. Pour ma part, j’ai développé une expertise dans les soins au patient diabétique. Je suis appelé à donner de la formation sur trois aspects de cette maladie : la prise en charge, la prévention du rein diabétique et de l’hypertension diabétique, ainsi que le traitement de la douleur non cancéreuse. »

Libre d’aller et de venir

Au moment d’expédier des demandes de résidence, le Dr Klasa prend conscience de l’état d’ébullition qui secoue le programme de médecine en Colombie-Britannique. Cette province adopte, avec l’approbation de son Collège des médecins, un règlement qui stipule que les études de médecine ou de spécialité doivent avoir été faites sur son territoire pour que le droit d’y pratiquer soit accordé à l’étudiant diplômé.

« Je savais que l’Université McGill offrait une résidence de très bonne qualité au centre hospitalier St. Mary. Mais je me suis dit que si l’ensemble des provinces adoptaient un règlement semblable à celui mis en place en Colombie-Britannique, je serais alors coincé au Québec, condamné à pratiquer ici. Et s’il y a une priorité dans ma vie, c’est bien ma liberté de vivre, d’étudier et de travailler où je veux, d’un bout à l’autre du pays. »

Il envoie donc des demandes dans la très grande majorité des hôpitaux à l’extérieur du Québec. « Je ne connaissais pas vraiment les autres écoles de médecine, à l’exception des très renommées. À chacune des entrevues auxquelles j’ai été convoqué, j’ai pris le temps de visiter la ville, de parler aux résidents en cours de programme. Après tout, ils étaient les mieux placés pour évaluer avec justesse la valeur de leur formation.

« Et puis, comme tous les jeunes hommes de mon âge, j’attachais à tous les aspects du verbe "manger" une très grande importance. C’est donc Edmonton qui a gagné mon coeur, d’abord pour le haut niveau d’éducation médicale, ensuite pour la qualité de sa gastronomie. Je dirais que les restaurants étaient aussi bons et variés qu’à Montréal, et il m’en coûtait 40 % de moins! »

Durant deux années consécutives après sa résidence, le Dr Klasa effectue des remplacements à Edmonton. Puis, en novembre 1997, il accepte l’invitation de ses amis de les rejoindre à Calgary (pourquoi pas?). Ainsi, un peu plus au sud seulement, il continue de faire des remplacements jusqu’en avril 1998. Puis, il décide de se joindre à l’équipe de la clinique médicale.

« Calgary est une ville très animée, multiethnique, où l’on mange bien. La qualité et le style de vie qu’elle offre sont extraordinaires. Tout près des Rocheuses, les habitants ont droit à un spectacle époustouflant, une vraie beauté. Je dois dire que j’ai pas mal voyagé, et j’ai la certitude qu’il n’existe aucun lieu plus beau dans toute l’Amérique du Nord. »

Libre de pratiquer à sa manière

En janvier 2004, trois partenaires se sont joints au Dr Klasa à la clinique médicale Whitehorn. Il s’agit des Drs Kuldip Hayer et Robert Wong, d’origine indienne et d’origine chinoise respectivement, qui ont tous deux grandi en Alberta. Quant au troisième partenaire, le Dr J. Ghuman, il devait bientôt quitter le groupe pour faire un fellowship à l’Université McMaster en Ontario.

La clinique médicale Whitehorn attire une clientèle composée de 25 % de francophones. Il faut préciser qu’à Calgary, on ne retrouve que trois médecins suffisamment bilingues pour exercer en français. Il s’agit, pour le Dr Klasa, d’un autre trio de collègues devenus amis. « La population est très jeune dans notre ville – 33 ans en moyenne. Les jeunes ne sont pas réellement mal à l’aise en anglais. Mais lorsqu’ils réalisent que Calgary est vraiment la "terre promise", ils font venir leurs parents qui, eux, ont besoin d’un médecin francophone.

« Je fonctionne à pleine capacité. Mais je laisse la porte ouverte à toute personne qui a besoin d’être traitée en français. » Du lundi au vendredi, il reçoit ses patients à la clinique. « C’est occupé, mais cela me convient. Au moins, je ne deviens pas déprimé à regarder mon bureau! »

Le Dr Klasa n’a pas remis les pieds à l’hôpital depuis 1998. Tout simplement parce qu’il existe, à Calgary, une nouvelle spécialité, les médecins hospitalists. Comme l’explique le Dr Klasa, ces médecins de famille décident, par choix, de ne travailler qu’en milieu hospitalier. Ils ont pour tâche d’admettre les personnes qui se présentent à l’urgence et dont le médecin traitant ne fait pas d’hospitalisation. « Ce système fonctionne très bien. Parce que le pire problème pour un médecin de famille, c’est de voir son patient hospitalisé par un spécialiste qui lui envoie son rapport trois mois plus tard. » 


« Je fonctionne à pleine capacité. Mais je laisse la porte ouverte à toute personne qui a besoin d’être traitée en français. »
– Dr Marc Klasa  

La clientèle du Dr Klasa est également composée, dans une proportion d’environ 40 %, de personnes diabétiques. Il a particulièrement à coeur cette population, étant lui-même atteint de cette maladie. « On a diagnostiqué mon diabète vers l’âge de 14 ans. Mais je n’ai pas vécu cette annonce comme un drame. J’étais assez vieux pour avoir dépassé la période ‘‘sucrée’’ de l’enfance, et encore assez jeune pour manifester de la souplesse en ce qui concerne les aliments à éviter. Je n’ai pas trouvé difficile de m’adapter à cette réalité. »

Libre de vivre sa passion

Il était donc tout à fait normal que le Dr Klasa se spécialise dans ce domaine de la médecine. Depuis plus de deux ans, il est embauché par des universités, des associations et des sociétés pharmaceutiques afin de donner de la formation. Il s’adresse aussi bien aux médecins de famille qu’aux spécialistes. « Il est très stimulant de présenter des conférences devant des confrères. Les questions qui me sont posées sont toujours d’une grande pertinence et m’aident à poursuivre ma propre réflexion. »

Naturellement, le Dr Klasa s’organise pour garder ses connaissances à jour par la participation à des colloques ou à des séminaires. Parmi les résidents qu’il a formés, certains font maintenant partie de son équipe. Mais il précise que cela n’est pas systématique pour lui. Il encourage d’abord les étudiants en médecine qui désirent travailler dans la communauté où ils ont grandi. De la même façon, ceux qui brûlent d’en apprendre davantage sur le diabète sont les bienvenus à ses côtés. Il considère sincèrement que la ferveur des futurs médecins doit être alimentée et soutenue.

Car cette profession demande, exige même, beaucoup de temps et d’énergie de la part de ceux qui l’embrassent. « Heureusement, ici en Alberta, les choses sont plus faciles qu’au Québec, et ce, à bien des égards. La réforme du système de santé a grandement amélioré les conditions de travail des professionnels, mais aussi la situation de la clientèle. Je vous dirai qu’à Calgary, on va faire tout un cirque médiatique si un patient devant être hospitalisé ne l’est pas dans un délai de huit à dix heures. Alors que dans certains hôpitaux québécois, j’ai vu des gens attendre jusqu’à cinq jours dans un corridor. »

Le Dr Klasa confirme que dans le réseau de santé albertain, il y a un peu plus d’argent, un peu plus d’équipement et un peu plus de chambres disponibles dans les hôpitaux. « Il ne faut pas se leurrer cependant. Le système de santé public, tel qu’il est, accessible à tous, coûte très cher. Mais en Alberta, on essaie constamment de bonifier la situation. Le gouvernement appuie un grand nombre d’études qui ont pour objectif de définir, par exemple, dans quel délai une personne souffrant de telle maladie doit être vue, puis traitée, etc.

« Toutefois, on ne verra jamais ici ce qui se fait aux États-Unis, à savoir que des individus fortunés, grâce à leur régime d’assurance privé, ont accès au same day service, qui garantit au patient une consultation médicale dans un délai maximum de 24 heures. Soyons honnêtes cependant; si l’on se compare à d’autres provinces, il est clair que nous sommes très bien traités en Alberta. Médecins y compris : au Québec, le médecin de famille reçoit moins de la moitié du montant de la rémunération accordée ici pour une visite médicale. C’est le pire tarif qu’on puisse trouver des deux côtés de la frontière canadienne! »

Dans ces conditions, il devrait y avoir une affluence continue de jeunes professionnels de la santé vers l’Alberta. « Pourtant, nous vivons, nous aussi, une pénurie de médecins. Bien que la province soit celle qui accueille le plus grand nombre de cliniciens, c’est aussi ici que la population augmente le plus rapidement, du fait de l’immigration interne au Canada. »

Libre d’être ce qu’il est

« Je regarde les Alouettes pour le plaisir, et les Canadiens par loyauté! » Le Dr Klasa ne se contente pas d’être un sportif de salon. Avec sa conjointe, massothérapeute, il profite de la plus grande piste cyclable offerte dans une métropole nord-américaine ou se rend à Banff pour des randonnées pédestres, quand il ne se livre pas avec ses amis à des parties de touch football. Membre fidèle de l’Association canadienne-française de l’Alberta, il participe avec plaisir aux événements organisés par celle-ci. De plus, le couple voyage au pays, notamment pour assister au match de la coupe Grey, et aux États-Unis.

« Et pour relaxer, il n’y a rien de mieux que de lire un bon roman. » Mais les histoires les plus excitantes sont souvent celles que l’on vit soi-même. Le Dr Klasa a vécu une expérience qui l’a propulsé à la une du journal The Sun de Calgary. Ayant reçu en consultation un patient qui ne se sentait vraiment pas bien, il a demandé pour celui-ci des tests sanguins. Lorsque les résultats lui sont parvenus, il était clair pour le Dr Klasa que le muscle cardiaque de cet homme était en très mauvais état.

« Il aurait pu mourir d’une minute à l’autre. J’ai tenté de le joindre chez lui, mais sa fille m’a dit qu’il était avec sa femme dans un bar. Incapable d’obtenir le numéro de téléphone, je suis parti de toute urgence en voiture et j’ai prévenu mon patient qu’il devait se rendre, en ambulance, à l’hôpital. Les examens ont prouvé qu’il avait eu une crise cardiaque silencieuse. Il en a d’ailleurs fait une autre, plus sérieuse, après son admission. »

Le Dr Klasa s’est dit fort surpris de l’attention générée par ce geste, qu’il considère tout à fait normal. « Le scepticisme des gens, nombreux à me dire que leur propre médecin n’aurait pas eu cette impulsion, me chagrine. L’image de la profession et de ceux qui l’exercent se ternit. Je crois plutôt qu’il faut faire confiance au sens moral des médecins, à leur engagement. » Le Dr Klasa a su démontrer, pour sa part, qu’il est digne de notre admiration. ]


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