Le Dr Serge Montplaisir
Parution: janvier 2005
L’homme qui plantait... des sous et des projets
Par Sylvie Poulin

Une détermination sans bornes à préparer un meilleur environnement pour les générations futures – là s’arrête la parenté, tout de même non négligeable, avec le célèbre film. Parce que l’homme en question, plutôt que de planter des arbres, a vu à la transfusion de millions de dollars vers la faculté de médecine de l’Université de Montréal (UdeM) dans le cadre de la grande campagne de financement Un monde de projets de l’UdeM.

Ils sont nombreux, les donateurs éventuels, à avoir cédé à l’argumentaire du Dr Serge Montplaisir, qui se présentait sous le manteau de directeur du Bureau de développement de la Faculté, manteau qu’il a porté jusqu’au début de 2004. Ses collaborateurs aussi ont été infectés par l’enthousiasme de « cet homme de vision doté de la foi du pionnier, [...] ce fin stratège qui a fait preuve d’un don de soi et de son temps incommensurable », comme le soulignait le Dr Jean Rouleau, doyen de la Faculté, lors d’un Hommage au développement rendu en mars dernier au Dr Montplaisir.

L’immense succès de cette collecte de fonds tient en quelques mots : l’ambitieux objectif de 30 000 000 $ a été très largement dépassé. « Une fois tout collecté, les résultats tourneront autour de 50 000 000 $. C’est ma coupe Stanley! » dit le Dr Montplaisir. L’UdeM dans son ensemble, incluant l’École polytechnique et l’École des hautes études commerciales, a quant à elle recueilli environ 200 000 000 $, bien au-delà également de son objectif initial (125 millions). À elle seule, la Faculté y aura donc contribué pour 25 %.


Le Dr Serge Montplaisir

Deux mots expriment la vision du Dr Montplaisir tout au long de cette campagne. DÉCENTRALISATION d’abord : la responsabilité de la sollicitation et de la gestion des fonds doit revenir aux unités départementales. « C’est plus dynamique ainsi et l’argent est mieux utilisé : un département de chirurgie, par exemple, sait mieux que toute autre “instance” ce dont il a besoin. C’est le département qui doit gérer la chaire en chirurgie et former un comité pour en choisir le titulaire. »

Autre mot clé : CAPITALISATION. « Plus de 85 % des fonds que nous avons récoltés sont capitalisés – une première au Canada. Et contrairement aux apparences, il n’est pas facile de capitaliser, c’est-à-dire de faire accepter à la société XYZ qu’on ne va pas utiliser immédiatement son argent, mais seulement une partie des intérêts, alors qu’elle aimerait voir son nom affiché sur l’autoroute tout de suite... Vous voyez le travail! »

Plusieurs premières

Les chiffres du diagramme ci-contre ne montrent pas les idées, les efforts et les nouveautés qui en forment l’arrière-plan, ni les réalisations qui en ont découlé. Les voici, en rafale :

Un « dû » de 200 millions

Savez-vous que dans les campagnes de financement des universités nord-américaines, 80 % des dons proviennent des individus (y compris les successions) et 20 % des « corporations » (entreprises et fondations)? Or, la campagne de la Faculté a affiché une proportion parfaitement contraire, fait remarquer le Dr Montplaisir.

« Il y a, chez les individus qui ont un lien avec la faculté de médecine de l’Université de Montréal (ne seraitce que les 20 000 diplômés), un bassin de donateurs qui s’ignorent... Si on avait mis toute la vapeur pour les rejoindre, ce qui se fera d’ailleurs, on aurait dû recueillir de leur part, à l’instar d’une université américaine et toutes proportions gardées, quatre fois les 40 millions fournis par les corporations (des sociétés pharmaceutiques et plusieurs établissements bancaires). » Et 160 + 40 = 200 millions.

« Les anciens de Harvard donnent. L’Université McGill a moins d’anciens diplômés que l’UdeM, mais plus de donateurs parmi eux. Nos anciens à nous ne sont pas assez nombreux à faire un don testamentaire ou à inscrire un don dans leurs dépenses annuelles. » Le peu d’éducation aux activités philanthropiques des francophones n’expliquerait pas tout. Selon le Dr Montplaisir, il se trouve que pour diverses raisons, l’institution n’a pas su fidéliser ses anciens, accoler une fierté au geste de don et en démontrer le bien-fondé, ou encore amener ses diplômés à réfléchir à quel point ils sont importants pour leur alma mater.

Son message est on ne peut plus clair : « Un médecin doit donner à son alma mater au moins 1 000 $ par année, voyons! Ces dons individuels assurés année après année par les anciens, aucun doyen ne veut plus vivre “sans”. Réfléchissez aussi en faisant votre testament... Votre alma mater, c’est la relève, vos petits-enfants, eux qui monteront au front bientôt. Si le milieu peut leur fournir ce qu’il y a de meilleur, ils auront moins le goût d’aller ailleurs et pourront démarrer sur un très bon pied. C’est important, ça. »

S’il est une chose que l’on ne pourra jamais reprocher au Dr Montplaisir, c’est de manquer d’intérêt pour la relève, justement. Cela est manifeste dans sa haute opinion du rôle de l’enseignant (il est professeur titulaire en microbiologie). « Je sens que les jeunes aiment entendre une personne ayant une vision non livresque, capable de faire une synthèse à laquelle ils se livreront peut-être à leur tour dans dix ans... Et puis, un bon professeur est souvent le démarreur d’une carrière. Alors moi, les cours, j’y vais avec le sourire! »

On ne lui reprochera pas non plus d’avoir « tout naturellement » mis le nez – et le reste – dans diverses instances facultaires et universitaires. Il a notamment été membre de l’Assemblée universitaire (élu par la faculté de médecine), puis de la Commission des études (comme représentant du corps professoral de l’UdeM). Par ailleurs, il a cofondé la Société canadienne de mycologie médicale et siège aujourd’hui aux conseils d’administration d’Héma-Québec et de la Fondation Héma-Québec. « Si je peux être utile, ça me fait grand plaisir. C’est ma participation à la collectivité. »

Cet homme de laboratoire, davantage immunologiste qu’infectiologue, avait choisi la médecine pour faire de la psychiatrie, curieux qu’il était des profondeurs de l’âme humaine. Mais un premier stage désastreux lui fait craindre de devenir un patient... (Si vous croisez le Dr Montplaisir, faitesvous raconter ce terrible épisode, aussi drôle que désolant.) C’est donc « en faisant le tour » des autres stages et « par élimination » qu’il trouvera sa voie.

Aux couleurs de confiance

« L’orientation de ma carrière doit beaucoup à mon mentor, un microbiologiste rencontré par pur hasard (le Dr Bernard Martineau). Il m’a été d’un appui énorme, et surtout une source de réflexion sur mon avenir. Il m’inspirait. C’est lui qui m’a encouragé à faire une carrière de chercheur professionnel. Alors, j’ai entrepris des études fondamentales. »

La maîtrise, à Montréal, sera suivie d’un fellowship au Centre international d’immunologie, à Buffalo, puis d’un doctorat d’État en France (à l’institut Pasteur et à l’hôpital Necker, Paris). « Là, je me suis retrouvé avec deux autres mentors : le Dr Jean Hamburger, un grand bonhomme qui m’avait pour ainsi dire adopté et qui me faisait confiance, et le Dr Jean- François Bach, son bras droit et futur remplaçant, un grand immunologiste. »



Le Dr Serge Montplaisir


Sainte-Justine est le port d’attache du Dr Montplaisir depuis toujours. Quand il y revient après ses études à l’étranger, en 1974, il reçoit pour mandat de mettre sur pied un premier laboratoire de séro-immunologie de tout premier ordre, vraiment moderne. « Toutefois, ce qui m’a accaparé le plus en début de carrière a été d’organiser des cours de rattrapage en immunologie pour les médecins du Québec. Il y avait un tel besoin de formation dans le domaine! Et comme j’arrivais tout fringant avec mon bagage flambant neuf… »

Trente ans plus tard... « J’ai eu tellement de joies dans ce que j’ai fait que je ne regrette rien », déclare-t-il avec conviction, bien qu’il ait connu son lot de déceptions. Par exemple : « J’aurais aimé que mon père vive plus longtemps, pour échanger avec lui sur certains succès que j’ai connus, surtout qu’il avait fait beaucoup d’efforts et de sacrifices pour mes études. Lui, c’est mon mentor “supérieur”, un être qui m’a fait confiance sans réserve dès mes 8 ans. Il m’a donné des leçons de vie qui me suivent encore. Entre autres que mon “instruction” ne devait pas servir mes intérêts mais ceux des autres.

« Et sur le plan professionnel, le plus beau cadeau qu’on m’ait fait, ce sont les marques de confiance qu’on m’a témoignées. Parce qu’à un certain niveau, il n’y a pas de médailles ou de diplômes qui tiennent. Quand on vous demande de prendre un dossier en main, c’est la confiance qui joue et qui fait très plaisir à recevoir. »

Le personnage privé

Le Dr Montplaisir vibre émotionnellement en quadrichromie. Petit a : le patrimoine. Il habite dans le Vieux- Montréal une maison construite en 1750 et possède à la campagne une maison de ferme datant de 1800, laquelle lui assure la proximité du fleuve. Petit b : les jardins. ( Je suis un fou des fleurs.) Il en entretient un avec amour à la campagne.

Petit c: les voyages. ( J’ai souvent pris des jours, voire des semaines pour prolonger un séjour de congrès.) Ses fonctions à l’Association internationale des universités de langue française lui ont notamment permis d’explorer le Vietnam ainsi que plusieurs pays de l’Afrique francophone. Petit d : la peinture et la sculpture. Dans sa collection d’art québécois et canadien, on trouverait semble-t-il autant du figuratif que du très abstrait. (Ce qui m’intéresse le plus, c’est découvrir le créateur derrière l’oeuvre.)

Alors qu’il pense tout doucement à la retraite, il ne souhaite rien d’autre que la santé pour toutes ces choses qu’il aimerait encore réaliser. Travailler avec les artistes, entre autres... ]


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