| Le Dr Vania Jimenez |
Parution: décembre 2004
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MOT DE LA LAURÉATE DE LA MÉDAILLE DU MÉRITE 2004 DE L’AMLFC ET DE LA BOURSE BANQUE NATIONALE DE L’EXCELLENCE |
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MONSIEUR LE PRÉSIDENT, Tout d’abord, je salue l’Association des médecins de langue française du Canada pour son oeuvre de rayonnement extraordinaire. Ensuite, du fond du coeur, je la remercie, ainsi que le Dr Wilhelm B. Pellemans, pour ce prix. Plus particulièrement, je remercie M. André de Sève : par ses qualités de communication, non seulement il sut me convaincre d’abord de me laisser filmer, ensuite d’inclure ma famille dans l’événement, il accomplit enfin le tour de force de faire accepter à mon mari non seulement de participer au film, mais aussi au gala! |
![]() Le Dr Vania Jimenez |
J’aimerais vous parler d’une « tresse ». Une tresse comme une tresse de cheveux. Car ce soir, ma reconnaissance va à cette tresse. Le premier brin de cette tresse est le « langue française du Canada » dans AMLFC. Moi, arménienne d’origine, née en Égypte, j’ai la nette impression que la providence pour moi a souvent pris la forme de la langue française. Non, mon histoire n’est pas celle d’un exil chagriné. Heureux hasard déjà que, née dans un pays certes accueillant pour les exilés arméniens (qu’étaient mes grands-parents et parents), mais dont la langue dominante était l’arabe, le français devienne non pas ma langue maternelle (puisque c’est l’arménien), mais ma première langue.
Deuxième hasard ou providence, les conflits moyen-orientaux vouant déjà la région à une situation d’instabilité, je choisis le Canada comme lieu d’immigration. Cependant, je ne connaissais pas à ce moment grandchose au « fait français » de Montréal et encore moins du Canada. Car, curieusement, cette langue ne fut pas nommée lorsque, m’adressant à l’ambassade du Canada au Caire, je m’informai d’une faculté de médecine à Montréal. On ne cita que l’Université McGill. McGill ce serait donc. Troisième hasard, tout en étudiant à McGill, je croisai une fois de plus la langue française. Une rencontre fortuite me mit sur le chemin de la clinique des citoyens de Saint- Jacques, première clinique communautaire et francophone d’avant l’assurance maladie, avant les CLSC.
Enfin, toujours par hasard, je m’installai à Saint-Ours, village francophone de la Rive-Sud, à quelques kilomètres du village des patriotes de Saint-Denis. C’est là que je découvris un autre français, savoureux : le français québécois. Donc, la langue française.
Deuxième brin de la tresse : une autre constante, un autre fil conducteur dans tout cela. L’Université McGill. Vénérable institution à laquelle j’aboutissais et à laquelle je revenais toujours. Car, après y avoir fait un baccalauréat en sciences, après la formation en médecine, y compris l’internat, je tentai de m’en éloigner en allant pratiquer, à la fin de ma formation, à Saint-Ours. Peine perdue. Revenue à Montréal, je suis devenue membre de son personnel et, pour tout dire, plutôt fière de pouvoir enseigner et faire de la recherche pour mon alma mater! La langue française, et l’Université McGill, anglophone. Deux forces, complémentaires.
Mais j’ai trop tressé les cheveux de mes six filles pour ne pas savoir que pour faire une tresse, il faut trois brins : la troisième composante de cette tresse est faite des histoires de mes patients. Tous mes patients, et toutes leurs histoires. Ceux de Saint-Ours et ceux de Côte-des- Neiges, qui viennent de 150 pays d’origine différents.
Ce soir, ma reconnaissance va à cette tresse. Mais aussi à la chaîne, en amont de cette tresse. Cette chaîne dont je suis un maillon. La chaîne de mes ancêtres, mes ascendants, dont la trajectoire m’a menée jusqu’ici. M’a fait épouser d’abord un merveilleux Costa Ricain à moitié québécois, aujourd’hui décédé, puis ce génial Québécois « puresouche, pure-laine ». Et les sept merveilles, mes enfants, qui en sont issues.
Et une autre chaîne encore : la lignée de médecins, d’enseignants, de chercheurs et d’écrivains qui nous ont précédés tous. Cette lignée qui m’a montré le chemin.
Et voilà. Ma chance, mon bonheur est ce moment précis dans le temps. Tout cela et rien que cela. On dirait que cette chaîne devait passer par cet instant, par l’AMLFC.
Je terminerai par l’essentiel. Rien de tout cela n’aurait de sens sans l’amour. Une tresse ne « tient » que si elle est bien attachée. Cette attache, cette assise, est ma famille. Mes parents, mon mari, mon poteau comme je me plais à l’appeler, et mes sept enfants, dont cinq sont ici ce soir.
Puis, il y a mes collègues. Ceux de la clinique, ceux de l’université. Sans eux non plus, tout cela n’aurait aucun sens. Et tous ceux avec qui j’ai (et avec qui j’ai eu) le privilège de travailler. Une chaîne, disaisje, un collier tressé. «C’est avec joie que j’accepte ce prix, en mon nom et au nom de tous mes collègues. Merci encore.»]
Vania Jimenez, MD
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