Mot du président
Médecin et pharmacien : partenaires
pour le patient
Parution: décembre 2004


En partenariat avec l’Ordre des pharmaciens du Québec, l’AMLFC a opté pour un thème innovateur pour son 76e Congrès, tenu les 28 et 29 octobre dernier à Montréal. La loi sur la pharmacie 2003 et la loi 90 ont été l’occasion de confrontations entre les deux partenaires que sont le médecin et le pharmacien.

On sait déjà que « l’exercice de la médecine consiste à évaluer et à diagnostiquer toute déficience de la santé de l’être humain, à prévenir et à traiter les maladies dans le but de maintenir la santé ou de la rétablir. » (Article 31 de la loi médicale 2003)

Les activités que sont 1) diagnostiquer les maladies; 2) prescrire les examens diagnostiques; 3) utiliser les techniques diagnostiques invasives ou présentant des risques de bénéfices; 4) déterminer le traitement médical; 5) prescrire des médicaments et d’autres substances constituent les éléments fondamentaux de l’exercice de la médecine. Dans leur pratique, les médecins exercent ces activités tout en surveillant la condition des patients dont l’état de santé présente des risques.

Par ailleurs, la loi sur la pharmacie 2003 modifie largement les interactions entre médecins et pharmaciens puisque, dans le cadre de l’exercice de la pharmacie, le pharmacien sera maintenant appelé à « évaluer et assurer l’usage approprié des médicaments afin, notamment, de détecter et prévenir les problèmes pharmacothérapeutiques, à préparer, à conserver et à remettre des médicaments dans le but de maintenir ou de rétablir la santé. »

Grâce à cette nouvelle loi, les pharmaciens ont maintenant le droit et la responsabilité d’émettre une opinion pharmaceutique, voire « initier ou ajuster, selon une ordonnance, la thérapie médicamenteuse en recourant, le cas échéant, aux analyses de laboratoire appropriées. » (Article 17)

Plusieurs considèrent que nous sommes à l’orée d’une révolution dans le suivi des thérapies médicamenteuses à cause du nouveau pouvoir donné au pharmacien par le législateur dans le cadre de la promotion de la santé et de la prévention de la maladie.

Pourtant, cette implication des pharmaciens n’est pas si nouvelle. Le Dr Jacques Gagné, ancien doyen de la faculté de pharmacie de l’Université de Montréal, nous a dressé le tableau de l’évolution – depuis la création de l’assurance hospitalisation en 1960 jusqu’à l’implantation du régime d’assurance maladie en 1970 et la création de l’Office des professions – des diverses étapes législatives qui ont conduit progressivement la pharmacie et les pharmaciens à s’impliquer davantage dans l’administration, l’observance suivie et le contrôle du médicament.

Mais pourquoi en sommes-nous rendus là?

Le Dr Jean-Louis Brazier, professeur titulaire à la faculté de pharmacie, a présenté le nœud gordien de cette interrogation, à savoir le pourquoi et le comment des interactions médicamenteuses. Tout vient et retourne à la biologie. Il y a quarante ans, peu de médicaments étaient disponibles. Aujourd’hui, la variété de ceux-ci ne fait que croître. Ils se précipitent tous, par le cytochrome P450 et ses variétés, pour pénétrer dans la cellule et y appliquer l’effet d’une molécule.

Les acteurs de l’interaction médicamenteuse sont nombreux : les substrats, les inhibiteurs, les inducteurs… À tel point que l’effet du médicament ne dépendra plus uniquement de sa dose, mais aussi des caractéristiques génétiques du receveur, qu’il ait un métabolisme lent, moyen ou très rapide. Dans cet équilibre dynamique, le Dr Brazier nous a bien démontré qu’une seule règle s’applique : règle s'applique : tout ce qui est entré doit en ressortir. Chaque patient est unique et pourra réagir différemment aux multiples substances que nous lui proposons : antidépresseurs, antipsychotiques, antihistaminiques, narcotiques, bêtabloqueurs…

Prescrire des médicaments n'est pas une mince affaire. Tout ce qui entre dans l’être biologique doit en ressortir par des voies différentes et avec un minimum d’interférence. Que le pharmacien devienne ainsi partenaire du médecin, en interdisciplinarité, ne fait plus aucun doute. D’ailleurs, de nombreux logiciels sont utilisés dans toutes les pharmacies du Québec pour surveiller et contrôler l’observance de la prise de médicaments et le danger d’apparition d’interactions médicamenteuses.

Déjà, les médecins impliqués dans le traitement du diabète ou de l’asthme ont appris à apprécier, dans leur pratique quotidienne, la part inestimable du pharmacien comme partenaire pour de meilleurs soins aux patients. Nous sommes à l’orée d’une révolution dans les communications entre médecins et pharmaciens. De grands défis nous interpellent, surtout nous médecins. Très bientôt, demain peut-être, le suivi thérapeutique en pharmacothérapie sera complètement différent.

Dr Jacques Étienne Des Marchais
Président de l’AMLFC

 P.-S. : Dans de prochains articles, de nouvelles exigences de communication entre médecins et pharmaciens ainsi que le futur immédiat de la loi 90 seront abordés.