| Le Dr Anne-Marie Charest |
Parution: novembre 2004
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Médecine tous risques |
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| Par Sylvie Poulin | |
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Vous souvenez-vous de cette expédition québécoise qui s'est mesurée au Cho Oyu (Himalaya) en 1998? Elle en était, à titre de membre et de médecin. Néophytes, s'abstenir... Pour sa part, le Dr Anne- Marie Charest avait déjà gravi quelques sommets importants de l'Amérique du Sud. « Être membre de l'équipe canadienne universitaire de ski alpin m'a fait voyager, notamment pour des courses en Europe. Là, j'ai découvert de vraies montagnes! Mais mon coup de foudre, je l'ai eu en première année de médecine, au cours d'un petit stage d'été que je m'étais organisé dans un dispensaire en Bolivie. J'étais en altitude et je voulais aller “en haut” de ces incroyables montagnes entourant La Paz. Je me suis jointe à un groupe. Ce fut ma première véritable expérience d'alpiniste. » Dire qu'elle a eu la piqûre serait un euphémisme… Elle était dorénavant marquée au fer rouge. |
![]() Le Dr Anne-Marie Charest |
Suivront différents projets d e montagne, dont un stage de médecine sportive en Suisse et une « grimpe » en Équateur. Toujours pendant ses études. Bien avant ces équipées, elle avait également obtenu un certificat de plongée sous-marine, terminé un baccalauréat en éducation physique (1988-91), donné des cours en médecine aéronautique...
Il y a deux ans, c'est à la traversée de l'Atlantique qu'elle s'attaquait, pour ramener au pays un catamaran de 65 pi qui s'est retrouvé en France au terme d'une course. Comme médecin de bord, bien sûr, et comme membre d'équipage. « Mon intérêt pour l'eau existait bien avant celui pour la montagne. J'ai fait beaucoup de planche à voile. Par contre, c'était ma toute première expérience d'une traversée de ce genre. Quoique j'aie eu peu à faire comme médecin, il me fallait tout de même bien connaître les pathologies susceptibles de survenir lors de ce voyage. Chaque milieu est unique. Il est clair que cela n'avait rien à voir avec le lac des Deux- Montagnes. »
C'est en s'adonnant à différentes activités sportives et en lisant beaucoup que le Dr Charest a apprivoisé la médecine des « situations extrêmes », un champ encore virtuel chez nous. « Je ne me considère absolument pas comme une experte dans ce domaine, simplement une passionnée qui acquiert peu à peu des connaissances. » Sur le plan personnel aussi, ces équipées sont riches d'enseignements.
« En testant ses limites, on découvre plein de choses sur soimême, sur les autres, la vie, le milieu naturel. Dans une situation hors norme, périlleuse ou inconfortable à l'extrême, il n'y a pas de place pour les faux-semblants. Impossible de se changer les idées. Quand on sent que sa peau dépend de ce que le groupe va faire, on n'a pas d'autre choix que d'être “vrai”. Ça vient chercher au plus profond de soi. Par ailleurs, qu'on revienne d'un pays en développement ou d'un voyage d'aventure, on apprécie différemment le quotidien. Notre regard sur ce qui a de la valeur ou non n'est plus le même. On découvre et redécouvre toujours des choses, quelles qu'elles soient. »
De la pure magie
Plus récemment, en janvier 2003, le Dr Charest ajoutait à son tableau d'honneur un haut fait d'un autre ordre, le 1er Colloque franco-québécois de médecine de montagne et d'aventure, qu'elle a organisé pratiquement sans aucun moyen, sinon les fonds tirés de sa poche et un certain parrainage logistique de l'AMLFC. Le succès a dépassé toutes ses espérances. « Les gens étaient emballés, et nous aussi! »
Pendant cinq jours (en semaine), les participants ont eu droit à une formation théorique, assisté à des démonstrations et participé à des simulations pour mettre leur nouveau savoir à l'épreuve. « Sur le terrain! Dehors! Habillés chaudement! L'ambiance était formidable. Bien des médecins et infirmiers m'ont dit que mis à part le plaisir de rencontrer des gens de partout (Nouveau-Brunswick, Suisse, Île de la Réunion), c'est le type de congrès dont nous avons besoin, parce que c'est “différent”. Tant dans la forme (action-apprentissage) que dans les sujets abordés (hyper/hypothermie, blessures de ski et de canot en eau vive, médecine des courses et raids d'aventure, accidents de deltaplane/ parapente, etc.). » La semaine était bien sûr émaillée d'activités permettant de s'oxygéner et de faire du sport.
Le prochain colloque, qui se tiendra du 24 au 28 janvier 2005 dans la région de Mont-Tremblant (voir www.montagnart.com), mijote depuis quelque temps déjà. Au programme, il y aura entre autres la plongée sous-marine… « puisque ce n'est pas seulement en montagne que l'on court des risques. »
Le Dr Charest a déjà été blessée elle-même. « Pas gravement, heureusement. J'ai fait assez de raids d'aventure pour savoir d'expérience comment on peut se blesser ou encore être coincé en pleine nature. Une fois, j'ai dû être évacuée par hélicoptère en montagne. C'était en France. Leur système de secours est extraordinaire : on est carrément venu me chercher sur place. Au Cho Oyu, j'ai eu des symptômes d'altitude (hypoxie). »
Cela ne fait pas obstacle à d'autres tentatives, précise le Dr Charest. « Divers facteurs d'acclimatation entrent en jeu. Ce n'est pas parce que ça n'a pas bien été une fois que ça ira toujours mal. Cependant, depuis que j'ai des enfants, j'ai modifié mon programme. Je n'ai aucun grand projet sportif en vue actuellement, mais les rêves ne manquent pas. J'opte plutôt pour de petites aventures tout au long de l'année, en famille et avec des amis. Ce qui me déçoit, c'est que je n'ai qu'une vie à vivre et que je ne pourrai peut-être pas réaliser tout ce que je voudrais. C'est ma croix personnelle que d'assumer cela. »
D'action et de plein air
Personne ne sera surpris d'apprendre que cette omnipraticienne de formation a été chef de l'urgence et responsable du comité de traumatologie à l'hôpital de Ste-Annedes- Monts (1999-2002). Ni de la retrouver aujourd'hui, depuis son retour d'un congé de maternité, à l'urgence du centre hospitalier de L'Annonciation, sauf le mercredi, qu'elle consacre au bureau privé et à la clinique des voyageurs du Médiclub au Sanctuaire (à Montréal).
« Au terme de ma formation, je ne savais pas où j'allais m'établir. Alors, pendant un an, j'ai sillonné la province, offrant mes services comme médecin dépanneur en salle d'urgence. Sans chez-moi fixe. C'est comme ça que j'ai découvert des gens drôlement accueillants à Ste-Anne-des-Monts. L'ambiance, le plein air et les monts Chic-Chocs aidant, il n'a pas été difficile de me convaincre de rester. Bref, j'ai commencé ma pratique à ne faire que de l'urgence. L'hospitalisation, la participation à divers comités et les consultations au bureau s'y sont ajoutées peu à peu. »
Pourtant, le Dr Charest a longtemps résisté à la médecine. « Je me dirigeais franchement vers le sport. Ça avait toujours été clair dans mon esprit. Jusqu'au jour où je me suis retrouvée à enseigner dans un gymnase et où je me suis rendu compte que j'étouffais. Ce n'est pas que je ne crois pas à l'éducation physique, mais ce n'était pas pour moi. Mon père, médecin, me l'avait dit bien des fois, mais je ne voulais pas faire comme lui. (rires) Je trouvais qu'il travaillait trop. C'était tellement important pour moi d'avoir une vie... dehors! Et je ne me voyais pas étudier aussi fort, aussi longtemps.
« C'est une rencontre avec un étudiant en médecine qui m'a fait changer d'idée. Malgré ses études médicales, il continuait de se consacrer à ses activités en plein air. Il m'a fait entrevoir la possibilité de concilier vie sportive et vie professionnelle. Aujourd'hui, après six ans de pratique, je peux dire qu'il faut savoir imposer ses limites. Avec la demande actuelle, on est toujours poussé à travailler davantage. Et puis, j'ai deux enfants (un garçon de trois ans et demi et une fille d'un an). J'arrive à faire le tour, mais ce n'est pas parfait.
« L'urgence, ça colle complètement à mon tempérament. Il faut que ça bouge! Le hic, c'est qu'on n'arrive jamais à prendre un rythme, à cause des horaires. Au bout d'une journée à l'urgence, on est vidé. Il est difficile alors de prévoir une sortie ou une session d'entraînement. »
Pourtant, par amour de l'action, le Dr Charest ne changerait pour rien au monde sa pratique présentement. Au centre hospitalier de L'Annonciation, devenu un établissement de soins primaires, elle veut reprendre ce dans quoi elle s'était engagée en Gaspésie, à savoir la formation au secteur préhospitalier. Elle trouvera du temps pour le faire, dit-elle. « Ça entre dans mes cordes : tout ce qui concerne le sauvetage et les premiers secours me plaît.
« Pour le moment, ce secteur ne s'adresse qu'aux ambulanciers. J'aimerais que soit mis sur pied tout un programme de secours-sauvetage en milieu éloigné. Pensez seulement au parc de La Vérendrye. Des gens partent à l'aventure : s'il leur arrive quelque chose, ils doivent se débrouiller avec les moyens du bord. Il n'y a pas de plan d'intervention. Chaque parc a son propre plan, bien entendu. Mais trop souvent, celui-ci n'est pas réellement mis en pratique.
« L'an dernier, des congressistes ont fortement réagi au fait que nous soyons si “arriérés” dans ce domaine par rapport à l'Europe. Le prochain colloque comprendra donc une table ronde pour amorcer des échanges entre divers intervenants. Quand il y aura suffisamment de gens intéressés, prêts à relever leurs manches, les choses commenceront à bouger (je l'espère), et ce, malgré les budgets peu généreux avec lesquels on doit composer. Pourquoi ne pas se greffer aux réseaux de premiers répondants et secouristes, aux programmes d'urgence des municipalités? Il faut que chacun sache quoi faire en cas d'accident. Peut-être aurions-nous un taux moins élevé de morts si nous pouvions extirper les gens du lieu où ils sont coincés ou se sont blessés pour les amener rapidement vers les lieux d'accès aux soins. »
La passion du Dr Charest pour la formation au préhospitalier est née lors d'un cours de perfectionnement en médecine de montagne-sauvetage à Grenoble. Là-bas, ce sont des médecins et des non-médecins qui interviennent. Mais ici, médecins ou non, « nous ne sommes pas formés à avoir les bons réflexes en situation “extrême”. C'est bien dommage, parce que de plus en plus de gens s'adonnent à des activités de plein air, des excursions, du vélo, des voyages plutôt sportifs ou d'aventure. Alors, que peut-on faire pour aider quand on est loin des ressources de la salle d'urgence? Cela suppose des techniques différentes qui ne s'extrapolent pas directement dans notre contexte (faute de montagnes), mais les apprendre nous rend plus débrouillards. Et c'est passionnant! »
Qui dit montagne dit ski alpin, escalade, alpinisme. Faut-il être soimême adepte de ces sports pour savoir quoi faire, comme médecin, en cas d'accident? « Ça ne collerait pas vraiment dans le cas contraire. On peut bien parachuter un médecin sur les lieux d'un accident; s'il n'a pas de notions du milieu où il se trouve, il va s'y sentir mal à l'aise et peut-être nuire plutôt que d'aider vraiment. Parce que les secouristes auront à le protéger, lui, en plus de prendre soin de la victime. N'oublions pas que le “terrain” peut être accidenté. Il en va de même lorsqu'il s'agit de sortir une personne du bois, à 1 km de marche de la route.
« Pendant que j'étais à l'hôpital de Ste-Anne-des-Monts, il y a eu deux morts dans une avalanche. Puisqu'il y avait décès, les services des médecins n'ont pas été requis. Mais même s'il s'était trouvé des personnes blessées (fracture de la jambe, luxation de l'épaule…), nous n'aurions pu répondre à cet appel parce que nous ne disposions pas d'une équipe de sauvetage (deux ou trois sauveteurs et un médecin capables d'atteindre la zone d'avalanche, par exemple) et que nous ne pouvions pas compter sur un hélicoptère pour nous rendre sur les lieux.
« C'est en rencontrant des intervenants et des médecins qui oeuvrent dans le domaine du secours en montagne, en France, que j'ai pu apprécier leur expertise et constater leur intérêt à développer cette discipline chez nous, où rien n'existe en ce sens. Je crois que ce type de médecine en passionne bien d'autres que moi. »
À suivre lors du prochain colloque… ]
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