| Le Dr Denis Chauret |
Parution: octobre 2004
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| En accord avec ses choix | |
| Par Sylvie Poulin | |
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Le Dr Denis Chauret, interniste à l'hôpital Montfort à Ottawa, n'est pas de ceux qui aiment les conflits, mais il ne recule jamais devant la bagarre. Il sait que la réussite dépend en grande partie du travail et des efforts fournis, et il entend bien réussir tout ce qu'il entreprend. Originaire de Hull, en Outaouais, le Dr Chauret est l'heureux mélange issu d'une mère franco-ontarienne et d'un père québécois. Après un baccalauréat en biologie à l'Université d'Ottawa, il est admis en médecine à l'Université de Montréal. « Le programme d'études étant de juridiction provinciale, je devais poursuivre ma scolarisation au Québec. D'autre part, même si l'Université d'Ottawa était plus proche physiquement, elle n'offrait qu'un programme en anglais et donnait la priorité aux candidatures des étudiants ontariens. À l'Université de Montréal, notre groupe n'était pas homogène, mais il était des plus stimulants.» Le Dr Chauret a choisi la médecine parce qu'il déteste la routine. « Cette profession offre un éventail incroyable de possibilités. J'aime toucher à toutes les facettes du métier, que ce soit dans une perspective scientifique, sociale, administrative, de recherche ou d'enseignement. Tout m'intéresse! » S'il a préféré la médecine interne, c'est tout simplement parce que cette spécialité générale comprend treize sous-spécialités. « J'aime le défi et surtout l'étendue que cette discipline suppose. » En pratique depuis cinq belles années, il avoue ne jamais s'être ennuyé. |
![]() Le Dr Denis Chauret |
Disponible et présent
Il obtient son premier poste à l'hôpital Montfort, dans la capitale nationale. « Je suis arrivé en 1998, juste au moment où on annonçait sa fermeture. En plein dans la lutte pour sa survie! On me trouvait bizarre parce que je débutais ma carrière dans un établissement moribond. Mais je n'ai jamais eu peur et j'ai toujours cru que Montfort garderait ses portes ouvertes. »
C'est avec la même ferveur qu'il débute sa pratique, rapidement devenue imposante. Il confie qu'il est parfois difficile de le suivre au cours d'une journée de travail. D'abord, il reçoit ses patients en consultation, une journée par semaine, à son cabinet privé. Mais la plus grande partie de son temps est consacrée à l'hôpital, à raison de trois jours par semaine. Ce travail inclut les soins intensifs, l'urgence et les consultations sur les étages. Le Dr Chauret profite de ces moments pour se consacrer à l'enseignement clinique auprès des résidents. Il est aussi responsable de la formation médicale continue et des rencontres scientifiques à l'hôpital Montfort.
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« Montfort a été le symbole de la lutte des francophones. En gagnant son droit à l'existence, il a remporté une victoire tellement plus significative! » - Dr Denis Chauret |
Le temps qui lui reste est réparti entre la recherche, les tâches académiques et administratives, ainsi que les cliniques satellites. En effet, le Dr Chauret parcourt un vaste territoire couvrant tout l'est de l'Ontario, de Hawkesbury à Ottawa. « Plutôt que de demander aux patients de se déplacer, nous nous rendons dans leur communauté pour rencontrer les médecins sur place et assurer le suivi des dossiers. Il s'agit ici de petits villages francophones. À une journée par mois, ce n'est pas trop prenant, et c'est extrêmement gratifiant, intéressant, valorisant. Nous donnons de la formation aux professionnels de l'endroit, mais nous apprenons aussi beaucoup d'eux. »
Le Dr Chauret cumule également un poste de professeur au département de médecine de l'Université d'Ottawa et la coordination de l'externat francophone. « Cela peut vous paraître surprenant, mais je travaille de 8 h 30 à 17 h, tous les jours. Je suis seulement quelqu'un de très bien organisé, et activement soutenu dans l'ensemble des tâches que j'ai accepté de mener à bien. En fait, ce qui peut être tuant dans notre profession, c'est ce que j'appelle les heures après les heures. Voilà pourquoi je n'effectue que quatre gardes par mois, de 24 heures chacune. Ce sont des conditions très acceptables. »
La priorité va à sa vie familiale. « Je ne me laisse pas dépasser par une situation, je ne m'éparpille pas. Je suis tout à fait capable de me retirer d'un projet si je constate qu'il exige trop de moi. Je refuse de me laisser envahir, de ne pas profiter de ma petite famille. Alors, je fais des choix conséquents, qui me permettent de faire ce que j'aime, mais surtout de donner corps à mes valeurs, à ma vie personnelle. »
Le Dr Chauret est père de deux enfants en bas âge. Sa conjointe a accepté de mettre en veilleuse sa carrière d'enseignante pour s'occuper de leurs filles. « J'éprouve énormément de respect pour elle. Sa contribution est un apport considérable. Nous en bénéficions tous. De mon côté, je passe tous mes moments libres avec elles. C'est sacré, intouchable. Nous faisons en sorte de nous offrir du temps de qualité. »
Sous le signe de la francophonie
« Montfort a été le symbole de la lutte des francophones. En gagnant son droit à l'existence, il a remporté une victoire tellement plus significative! D'abord, il s'est acquis le respect et la fierté de la population du fait qu'il a réussi à renverser une décision gouvernementale. Aujourd'hui, les honneurs pleuvent sur cet hôpital doté d'un mandat constitutionnel.
« Montfort accueillera bientôt les vétérans canadiens puisque l'hôpital de la Défense nationale doit fermer ses portes. Il a aussi reçu le mandat du Consortium national de formation en santé (CNFS) de former des étudiants francophones en médecine, des gens qui proviennent de communautés où le français est en situation minoritaire. Le but sousjacent est toujours de voir ces élèves diplômés retourner dans leur milieu. »
L'Université d'Ottawa offre deux programmes d'études de médecine, l'un en anglais et l'autre en français. Le Dr Chauret rappelle que beaucoup de jeunes médecins ont participé à l'élaboration de ce programme en créant de nouveaux modèles, en développant de nouveaux stages. « Nous avons commencé avec huit étudiants. Aujourd'hui, nous en accueillons quarante. » Le Dr Chauret a apporté sa contribution par la création d'un stage d'externat en médecine interne.
Actuellement, il consacre ses énergies au développement d'une année de résidence francophone, toujours en médecine interne. « C'est un travail de planification : les objectifs, les milieux de stage, les formes d'évaluation. » Il a même acquis une formation complémentaire en pédagogie médicale afin de donner sa pleine mesure une fois de plus.
« Montfort s'est révélé être un très beau milieu de travail. On m'a accueilli avec beaucoup de générosité, on a encouragé mes initiatives, on m'a fourni les outils nécessaires. Je ressens pour cela une immense gratitude. Pratiquer à Montfort ne relève jamais de la corvée. Ce n'est vraiment pas un centre hospitalier comme les autres.
« En fait, il s'agit bien plus d'un hôpital communautaire, avec un mandat d'enseignement universitaire. Cela fait une énorme différence, puisqu'on ne retrouve pas ici la lourdeur des hôpitaux universitaires. Les patients apprécient cette façon de faire, ils considèrent avec justesse que c'est leur hôpital, avec leurs médecins. » Si Montfort reçoit surtout une clientèle francophone, le Dr Chauret précise toutefois que près de 20 % des patients sont anglophones. « Ils sont souvent agréablement surpris par la chaleur de l'accueil, par l'atmosphère qui règne entre ces murs. »
Le Dr Chauret ajoute que près de 20 % de sa clientèle provient du Québec. « Ils sont sincèrement les bienvenus. Je sais que plusieurs médecins ontariens refusent les malades québécois, parce qu'ils sont alors moins bien payés. Cela ne compte pas pour moi. » Mise à part la rémunération, on retrouve peu de distinctions entre les systèmes de santé québécois et ontarien. « La seule différence notable, c'est la fameuse médecine de corridor. Ici, une loi interdit de laisser les patients dans le corridor. On doit donc leur trouver des lits. Quand il n'y en a pas, on se voit obligé d'en ouvrir d'autres. Ce n'est qu'une question de budget, parce que la pratique médicale en soi est la même. Le personnel soignant se dévoue de la même façon, de cela je suis convaincu. »
Le Dr Chauret souligne que l'Ontario ne subit pas de pénurie d'internistes. « Pas de cruel manque, mais nous sommes toujours en situation de recherche. Montfort est appelé à s'agrandir, et le programme d'enseignement évolue. Nous aurons très bientôt besoin de plus de ressources pour la formation et pour la pratique. Et encore, nous sommes dans un grand centre. Qu'en est-il de la réalité des petites villes du nord de la province? »

Le Dr Denis Chauret
Essaimer
Le Dr Chauret s'est consacré à la bonification des soins apportés aux communautés francophones de l'Ontario. Il a pour ce faire choisi différents véhicules. D'une part, il est membre du Bureau des affaires francophones, qui s'attache au développement et à la promotion de la francophonie. Le Dr Chauret a pour tâche de trouver et d'encadrer de nouveaux sites de stages. « Montfort tourne à pleine capacité de ce côté-là. Nous nous tournons donc vers le Québec, de même qu'ailleurs en Ontario, et jusqu'à Winnipeg.»
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« La seule différence notable, c'est la fameuse médecine de corridor. Ici, une loi interdit de laisser les patients dans le corridor. » - Dr Denis Chauret |
Il fait partie également du Consortium national de formation en santé, qui relève d'un mandat du gouvernement fédéral. Le Consortium a pour objectif premier d'améliorer les services donnés en français aux communautés canadiennes. « À titre de professeur, je m'occupe pour cet organisme des activités de recherche et de formation médicale continue. Mais le travail ne concerne pas seulement le développement et la promotion du fait français. Il inclut des mandats de recherche. Et nous ne nous limitons pas à la médecine. C'est l'ensemble des sciences de la santé qui sont concernées. »
En toile de fond, toujours cette détermination à encourager et à favoriser l'autonomie : celle des petits villages francophones de l'Ontario, tout comme celle des étudiants qui peuvent enfin recevoir une formation de qualité dans leur langue maternelle. Voilà pourquoi le Dr Chauret a accepté, en 2001, la charge de coordination de la Journée Montfort. « C'est notre congrès, une journée complète de conférences et d'ateliers, offerts en français. Cette activité s'adresse autant aux médecins d'ici qu'à ceux d'ailleurs, de même qu'aux autres professionnels de la santé. Le nombre de participants a plus que doublé lors des deux premières années. Nous espérons bien poursuivre sur cette lancée. »
Finalement, le Dr Chauret participe, en tant qu'investigateur principal, à une étude internationale sur l'utilisation des bêtabloquants commandée par l'Université McMaster. « Il s'agit principalement d'un travail d'analyse, de coordination et d'organisation. »
Prendre le temps
Le Dr Chauret envisage de prendre bientôt une année sabbatique. « Ma conjointe et moi caressons ce rêve de partir en Europe pendant une année entière. Nous pourrions voir à l'éducation de nos enfants et j'aimerais en profiter pour écrire un livre à suspense médical. »
À peine âgé de 35 ans, il peut déjà inscrire sur sa page de vie un nombre impressionnant d'actions significatives en rapport avec le fait français. Il n'est peut-être plus l'étudiant intensément engagé qu'il a été, mais il est devenu un homme profondément attaché à concrétiser ses valeurs. ]
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