Le Dr Chantal Ducasse
Parution: septembre 2004

Canapé à deux places pour salle d'attente unique en son genre

Par Sylvie Poulin

« J'ai deux passions : la médecine et le sport. Je crois profondément que la santé tient à nos habitudes de vie, aux activités physiques que l'on pratique, à notre alimentation. On manque le bateau dans notre système public parce qu'on n'a pas le temps d'en faire la promotion. » Le Dr Chantal Ducasse a entrepris de faire les choses comme elles doivent être faites dans sa propre clinique privée, au sens littéral du terme, à l'Île-des-Soeurs.

Après une année d'études en biologie cellulaire à l'Université de Sherbrooke, elle entreprend en 1985 un baccalauréat en activité physique, toujours au même endroit. Puis, elle obtient un doctorat en médecine en 1995. C'est sur la base militaire de Saint-Jean-sur-Richelieu que débute sa carrière. « Parce qu'on y retrouve principalement des recrues, j'ai pu mettre à profit mes connaissances en médecine sportive. »


Le Dr Chantal Ducasse

Par la suite, le Dr Ducasse travaille comme urgentologue à l'Hôpital du Haut-Richelieu et au Centre hospitalier de Verdun. « J'adore pratiquer à l'urgence. Je suis "capable d'en prendre", même sous forte pression, et j'aime l'adrénaline. » C'est d'ailleurs avec la même énergie déterminée qu'elle choisit de quitter le système de santé public et de fonder le Centre Multi-Medic pour faire le genre de pratique qu'elle désire.

Ouvert depuis mai 2002, ce gigantesque projet a mobilisé toute sa créativité et son dynamisme. « Mettre sur pied un tel centre, c'est un peu fou comme charge de travail. Mais j'aime ça. Je préfère vivre l'insécurité financière et avoir cette chance formidable de créer et de contrôler mon type de pratique plutôt que le contraire. J'aime que les choses bougent, que les idées cheminent et prennent corps. Pour avancer, il est essentiel de s'entourer de gens qui partagent une même vision. »

La beauté du geste

Née à Montréal, le Dr Ducasse a grandi dans la municipalité de Les Méchins en Gaspésie. « J'étais la sportive de la famille et même du village. Enfant, j'aimais déjà le mouvement. On disait de moi que sur le plan sportif, j'étais une naturelle. Indépendante, je voulais faire mes propres expériences. » Elle a préféré la diversité et une performance moyenne partout plutôt que d'opter pour une seule discipline et de viser l'obtention de médailles. « C'est d'abord la beauté du geste que j'aime, peu importe la victoire ou la défaite. Je suis aussi comme ça dans la vie. »

Le Dr Ducasse a reçu plusieurs distinctions en tant qu'athlète, de même qu'elle a participé à de nombreuses compétitions de niveau provincial. Elle a pratiqué avec talent le tennis, le handball, le volleyball et le hockey. Elle a d'ailleurs joué au hockey jusqu'au moment où elle a entrepris sa résidence en médecine. Parce qu'elle a côtoyé les membres de l'équipe nationale de hockey féminin sur la patinoire, l'entraîneuse Danielle Sauvageau lui a demandé de les accompagner à titre de médecin de l'équipe. « Il s'agit d'un travail bénévole, mais passionnant! »

Elle a aussi été (depuis 1977) médecin d'équipe dans d'autres disciplines. « Il y a peu de diplômés de l'Académie canadienne de médecine du sport. J'ai suivi cette formation pour la reconnaissance et la crédibilité qu'elle confère, et tout particulièrement pour la possibilité d'aller aux compétitions majeures. Travailler avec des athlètes de haut niveau est très exigeant, mais ô combien valorisant! Ils représentent l'élite, et notre désir de les voir gagner égale le leur. Maintenant, j'accorde mon temps aux meilleurs athlètes du golf et du tennis. »

À l'oeuvre, on reconnaît l'ouvrière

« Le système de santé public est bon à plusieurs égards. Il en faut un. Mais l'obligation qu'ont les médecins de se plier aux exigences de la bureaucratie et aux contingences administratives sclérose l'ensemble de la machine. » Le Dr Ducasse précise que, comme chacun de ses collègues, elle a fait des sacrifices de toutes sortes au cours de sa pratique en milieu hospitalier. Elle souligne le très grand nombre d'heures de travail qu'on exige des praticiens. « N'importe quel syndicat interdirait qu'un employé travaille autant d'heures. Mais pour les médecins, il n'y a pas de limite. Socialement, on nous positionne comme étant l'élite, mais on nous manque de respect en nous menaçant et en nous infligeant des pénalités.

« Je le constate encore plus clairement depuis que j'oeuvre dans le domaine privé. Plusieurs personnes nous racontent avoir eu des expériences négatives dans le système de santé actuel. Ce n'est pas la faute du médecin; c'est le manque de ressources qui crée cette situation difficile. Chez Multi-Medic, le patient est au coeur de l'intervention mise en branle. Nous nous donnons les moyens de privilégier une approche globale, différente. Du côté administratif, c'est plus facile parce qu'il y a moins de paliers décisionnels. Ainsi, la décision se prend plus rapidement et est davantage ciblée, tout comme l'est la phase d'exécution. »


« Une bonne condition physique augmente la capacité de récupération, l'estime de soi et le sentiment de vivre pleinement.»
- Dr Chantal Ducasse

Le Centre Multi-Medic est situé dans la bâtisse du Club de tennis de l'Île-des-Soeurs. On y offre une nouvelle façon de concevoir et de recevoir des soins de santé. D'une part, les patients ont accès rapidement à une multitude de services. D'autre part, ils voient leur dossier géré efficacement du fait que l'ensemble des ressources dont ils ont besoin se trouvent disponibles au même endroit. « Au début, je voulais concentrer ma pratique en médecine sportive. Mais j'ai constaté une demande grandissante en omnipratique. J'ai donc décidé d'élargir l'éventail des services offerts. Aujourd'hui, je redécouvre la médecine familiale. Cela m'est justement possible parce que j'ai le temps de le faire. J'ai l'impression d'avoir un contact plus chaleureux, plus gratifiant avec mes patients. L'enrichissement humain qui en découle m'est précieux. »

Selon le Dr Ducasse, les médecins, même sensibilisés, ne disposent pas de suffisamment de temps pour promouvoir efficacement l'activité physique auprès de leur clientèle. Au centre, on reçoit des gens de tous âges et de toutes conditions. « On constate dans la population adulte une tendance à mieux s'occuper de son corps, de sa santé en général. Nous offrons des conseils et proposons des outils pour atteindre un état de bien-être satisfaisant.

« Nous traitons également les enfants. J'aime bien ce volet de pédiatrie sportive. Le Club attire plusieurs jeunes qui sont parmi les meilleurs de leur discipline. Il nous faut les sensibiliser à l'utilité d'un examen annuel par un médecin du sport. Il arrive parfois que le médecin détecte un problème pour lequel il recommandera une orthèse ou un bon programme de flexibilité. Cela permet d'éviter bien des blessures. » Dans les années à venir, le Dr Ducasse entend mettre l'emphase sur l'information aux entraîneurs pour que les jeunes athlètes ne se surentraînent pas et se blessent le moins possible.

Au Centre, les clients se voient proposer un forfait santé. Ce dernier comprend un examen annuel, une rencontre avec la diététiste, une évaluation de la condition physique, des prises de sang, un examen ophtalmologique et un examen sur tapis roulant. « Tout cela a lieu en une seule matinée. Nous produisons toujours un rapport écrit pour le patient. Il est ainsi à même de constater les progrès accomplis d'année en année.

« Dans le régime de santé actuel, les gens ne peuvent obtenir rapidement un rendez-vous avec leur médecin. Entre-temps, les besoins du patient peuvent changer, se transformer, si bien qu'il peut omettre de se présenter à son r e ndez-vous le moment venu. Chez Multi-Medic, ce genre de situation ne se produira pas. Je sais que je ne changerai pas le monde, mais ceux qui viendront nous voir constateront que nous nous occupons très bien d'eux.

« Nous invitons notre clientèle à se prendre en main, à remplacer ses mauvaises habitudes de vie par de plus saines. Nous demandons d'abord au patient ce qu'il aime faire comme activité physique. Le centre de conditionnement physique n'est pas la formule gagnante pour tous. Qu'il soit seul ou en groupe, assujetti à des horaires ou non, l'important pour le client est de bouger. Notre responsabilité est de voir à une fréquence et une intensité adéquates. »

Le Dr Ducasse explique qu'elle s'est entourée d'une équipe multidisciplinaire, de professionnels « dont les yeux pétillent » à l'idée d'exercer dans cet environnement qu'est le Centre. « On constate dans le système actuel que les médecins de famille, par manque de temps, orientent toujours davantage de patients vers les spécialistes, lesquels sont alors contraints de faire une médecine de première ligne. Au Centre, nous ne procédons pas ainsi. En première ligne, je prends le temps de faire le bilan de santé du patient. Les spécialistes qui oeuvrent au Centre agissent à titre de consultants, me laissant assurer la suite des choses. »

On retrouve au Centre Multi- Medic des spécialistes en urologie, cardiologie, physiatrie, psychologie et psychiatrie, orthopédie, chirurgie, de même qu'en kinésiologie. Il y a également une clinique pour les gens souffrant d'anxiété, ayant des crises de panique ou des troubles du sommeil. Dans un avenir rapproché, le Dr Ducasse espère aussi voir l'ouverture d'une clinique de réadaptation pour les femmes ayant eu un cancer du sein. « Je me sens privilégiée d'être si bien entourée; je me répète souvent que je vis dans l'abondance.

« Outre le tennis, on peut pratiquer le racquetball, le squash et le power yoga au Club. Les propriétaires ont l'intention d'investir dans la construction d'un gymnase à plates-formes multifonctionnelles, de sorte qu'on y proposera chaque jour des activités tels le tae-bo ou l'aérobie. L'entraînement devrait se faire avec des ballons suisses et des petits poids. Nous voulons promouvoir le self care (autosoins), donner aux gens les outils adéquats. »

Le Dr Ducasse a encore beaucoup de projets et possède l'énergie, semble-t-il, pour les mener à bien. « J'écoute les gens qui viennent travailler avec moi, je veux savoir ce qu'ils aiment faire, ce qui les intéresse. Par exemple, l'un de mes collègues du début était musicien. Cela nous a inspirés et nous allons inviter les membres de l'OSM à venir au Centre pour leurs problèmes d'épicondylite ou d'anxiété de performance. Nous souhaitons procéder de même avec les danseurs professionnels. Une bonne condition physique augmente la capacité de récupération, l'estime de soi et le sentiment de vivre pleinement. »

Cette façon de concevoir sa pratique se reflète jusque dans la salle d'attente, où l'on ne retrouve qu'une causeuse. « Au début, il n'y avait qu'une seule chaise. La causeuse n'avait pas encore été livrée... Un jour, j'avais un petit retard de cinq minutes, et deux patientes se sont retrouvées là en même temps. Je les entendais rire et répéter à quel point c'était spécial, une seule chaise dans une salle d'attente! »

Elle compare Multi-Medic et son avènement à une activité sportive où « il faut compter des buts quand c'est le temps, avoir de bons ailiers et des stratégies adéquates : gagner un match est un travail d'équipe. » Elle ajoute qu'elle gardera toujours un oeil sur la gestion, « parce que c'est mon bébé et que je le connais de A à Z. Mais je suis d'abord médecin. C'est ma mission première, ce que j'aime le plus. Je veux être à la fine pointe en ce qui a trait à la médecine du sport, à la fine pointe dans le domaine de la santé. »

Le Dr Ducasse juge que l'aventure qu'elle a tentée est énergisante, palpitante, excitante. La formule qu'elle a élaborée lui apporte satisfaction et défis. Et n'essayez surtout pas de la culpabiliser en ce qui a trait à la médecine privée. « Je ne vole rien, à personne. Si les gens sont prêts à payer, en plus de leurs impôts, où est le mal? Avoir de l'argent, ce n'est pas un défaut. C'est comme si on obligeait Air Canada à se départir de sa première classe sous prétexte que certains n'ont pas les moyens de se la payer! La vérité, dans toute cette histoire, c'est que je ne fais pas de mal aux gens, je leur fais du bien. » ]


Article précédent dans ce Bulletin
Article suivant dans ce Bulletin