| Le Dr Renald Dutil |
Parution: septembre 2004
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| L'engagement comme horizon | |
| Par Sylvie Poulin | |
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Le Dr Renald Dutil est originaire de la Beauce. Après l'obtention d'un baccalauréat ès arts au Petit Séminaire de Saint-Georges, il s'oriente immédiatement vers la carrière que l'on sait. « J'avais eu une appendicectomie et deux ou trois petits problèmes qui avaient nécessité une hospitalisation vers l'âge de 10 ou 12 ans. Ce fut mon premier contact avec le monde de la médecine. Je crois que c'est à partir de ce moment-là que j'ai pensé à en faire ma profession. » À peine est-il diplômé de l'Université Laval que la carrière en chant classique de son épouse l'amène à Montréal. Il exercera en clinique privée et au centre hospitalier Fleury de 1969 jusqu'au milieu des années 1990. En outre, le Dr Dutil sera membre actif du service d'obstétrique de l'hôpital du Sacré-Coeur de Montréal de 1982 à 1994. « Avoir pour patients un jeune couple, les accompagner dans la planification familiale, faire le suivi de grossesse, mettre l'enfant au monde, assurer la continuité du suivi médical pour toute cette famille par la suite : pour moi, c'était cela, l'essence même de la médecine familiale. J'avais des patients de tous les âges, bien sûr; mais j'ai toujours axé davantage ma pratique sur la périnatalité, l'obstétrique et la gynécologie. Pendant 25 ans. J'estimais que tant que j'aurais la capacité de m'émouvoir, de m'émerveiller à l'arrivée d'un nouveau-né, j'aurais encore ma place en obstétrique. » |
![]() Le Dr Renald Dutil CRÉDIT PHOTO : EMMANUÈLE GARNIER - LE MÉDECIN DU QUÉBEC |
Petit retour en arrière... « Durant les cinq ou six premières années de ma pratique, j'ai cultivé le rêve de reprendre les études pour me spécialiser. Je suis donc retourné à Québec en 1974 et me suis inscrit au programme d'ophtalmologie. J'y ai fait un an seulement - je m'ennuyais énormément de la médecine générale. Autant l'ophtalmologie était intéressante, autant je trouvais le champ d'études limité. Il m'a fallu ce stage en médecine spécialisée pour réaliser que ce que j'appréciais le plus en médecine, c'était vraiment la branche de la médecine familiale. Alors, je suis revenu à Montréal et je n'ai plus jamais remis en question mon choix d'être médecin omnipraticien. C'est à partir de là que j'ai commencé à m'engager davantage dans des sphères autres que cliniques. »
En route vers la FMOQ
Le Dr Dutil a-t-il jamais rêvé de devenir président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ)? « Pas du tout! répond-il. C'est une question de cheminement. J'ai commencé par m'investir dans le centre hospitalier où je pratiquais. Ce fut pour moi une expérience intéressante que de le faire à une époque trouble dans la vie de cet établissement. J'ai pris un certain goût aux questions médico-administratives. Je voulais avoir mon mot à dire, ne pas être un spectateur passif. La politique et les sciences politiques - plus que la participation partisane - m'ont toujours intéressé. Quand j'ai commencé à m'engager sur le terrain, j'y ai trouvé un intérêt certain, un alliage entre la médecine et l'action politique.
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« Moi qui croyais travailler fort lorsque j'étais en pratique clinique... Je travaille encore plus fort depuis que je suis à la présidence de la Fédération. » - Dr Renald Dutil |
« Et puis, cela s'est enchaîné. Au cours de mon passage au centre hospitalier Fleury, j'ai commencé à être connu des médecins de famille de Montréal. Dans le milieu des années 1970, il y a eu beaucoup de reportages mettant en évidence les omnipraticiens de Fleury. Ceux-ci venaient de lancer un mouvement d'humanisation des soins de l'accouchement. Un de mes amis, actif au sein de l'Association des médecins omnipraticiens de Montréal (AMOM), a proposé ma candidature comme secrétaire de l'Association. Je dois dire que je me suis fait tordre le bras avant d'accepter. L'année précédente avait été très prenante à l'hôpital et j'avais le goût d'avoir au moins une année sans activités médicoadministratives pour me consacrer à ma clientèle. Il y a eu une élection et je suis devenu secrétaire de l'AMOM. De fil en aiguille, j'ai grimpé les échelons. Puis, on m'a à nouveau tordu le bras pour que je préside l'AMOM. Je n'avais pas prévu occuper cette fonction, mais les choses se sont passées autrement. J'ai été élu au bureau de la FMOQ la même année et tout le reste a déboulé très vite par la suite.
« Je suis entré à la FMOQ en 1981. À cette époque, la Fédération assumait un rôle moins large qu'aujourd'hui. Le pouvoir était davantage concentré autour du président, ce qui était alors normal. Aujourd'hui, la fonction de président est toujours importante, mais le rôle des dirigeants politiques du bureau de la FMOQ s'est considérablement élargi. Et je pense que compte tenu de la complexité des dossiers que nous avons à traiter, il serait impossible pour un président de mener à bien le mandat qui lui est confié sans s'appuyer sur l'équipe qui l'entoure : l'équipe politique du bureau, mais aussi l'équipe du personnel permanent.
« L'essentiel de ma fonction découle du mandat de la FMOQ, qui est d'améliorer les conditions d'exercice des médecins omnipraticiens, pas uniquement leur rémunération mais aussi leur environnement et leur statut professionnel. Même si ce n'est pas écrit dans la définition de notre mission, notre rôle est d'être un partenaire majeur dans l'organisation des soins du système public de santé. J'ai toujours été d'avis qu'il était possible de concilier les deux. Je considère que les valeurs premières des médecins omnipraticiens sont encore de poser des actes médicaux de qualité et de répondre le mieux possible aux besoins de la population.
« Lorsque je suis devenu président, en décembre 1995, mon programme se résumait à redonner ses lettres de noblesse à la médecine familiale. Non pas qu'elle les ait perdues... Mais depuis un certain nombre d'années, je constatais qu'on délaissait ce modèle de pratique pour des pratiques plus pointues. Il devenait de plus en plus difficile pour les gens, dans certains milieux, de trouver un médecin qui accepte de les prendre en charge et de les suivre à titre de médecin de famille. Mon premier objectif était donc de valoriser le modèle de la médecine familiale. En le faisant, je crois que nous avons redonné aux médecins omnipraticiens le goût de faire ce pour quoi ils ont été formés.
« Les choses ont progressé depuis 1995, mais pas aussi vite que je l'aurais voulu, et ce, pour diverses raisons. Afin de redorer le blason de la médecine familiale, il fallait agir à différents niveaux, d'abord sur le plan des ententes et des modes de rémunération qui viennent valoriser la prise en charge et le suivi. Il fallait donc faire en sorte que les plus grandes bonifications aillent vers ce modèle de pratique. Nous avons réalisé beaucoup de progrès, particulièrement ces trois dernières années. Les objectifs que je m'étais fixés ne sont pas encore pleinement atteints (je savais que cela prendrait plusieurs années), mais ils sont en bonne voie de l'être.
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« Au-delà des ententes, il faut travailler à l'organisation des soins. Dans cet esprit, le groupe de médecine de famille (GMF) est un modèle que nous aimons beaucoup. Il valorise la pratique de la médecine familiale, mise sur l'ouverture à d'autres professionnels et établit des liens avec le réseau. Il y a encore beaucoup de médecins qui exercent en solo, et il faut respecter leur choix. Cependant, il est évident que les jeunes générations de médecins omnipraticiens veulent travailler en équipe. Les GMF ne constituent pas le seul modèle adéquat - d'autres peuvent être mieux adaptés à la réalité des milieux. Mais le dénominateur commun demeure le même : revenir à une prise en charge et au suivi d'une population. « Ce qui est le plus frustrant dans les fonctions que j'exerce, c'est de se heurter à de l'inertie, aux tracasseries administratives, purement technocratiques. Le réseau est une très grosse machine et la structure est trop lourde. Quand on travaille à l'intérieur de cette machine, on en devient un peu prisonnier. Ça engendre inévitablement beaucoup d'insatisfaction, et je peux imaginer que plusieurs de mes vis-à-vis du ministère de la Santé ressentent eux aussi ces "irritants". |
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« Spontanément, si je songe à une autre activité, c'est au retour à la pratique clinique. J'ai été formé pour être médecin, j'ai toujours aimé cela. » - Dr Renald Dutil |
« Les relations avec les médias sont également source de nombreuses frustrations, mais elles sont essentielles à un poste comme le mien. Souvent, on va expliquer un dossier en y mettant toutes les nuances qu'il faut. Par contre, lorsqu'on lit le compte rendu le lendemain, les nuances ne sont pas là et les positions que nous avons présentées ont été polarisées. Dans une société où l'image prend beaucoup d'importance, une fédération comme la nôtre n'a pas d'autre choix que d'apprendre à travailler avec les médias et de les respecter. Je ne suis pas de ceux qui critiquent constamment le travail des journalistes. Je pense qu'il faut se dire que si l'on est toujours mal cité, c'est probablement parce que l'on n'exprime pas clairement ce que l'on veut dire. Alors, je m'efforce de développer davantage d'habiletés, dans le sens de toujours faire attention à ne pas dire quelques mots malheureux qui, pris dans leur ensemble, ne portent pas à conséquence; mais lesquels, cités hors contexte, peuvent avoir une tout autre signification. »
Et puis, la tâche est lourde. « Moi qui croyais travailler fort lorsque j'étais en pratique clinique... Je travaille encore plus fort depuis que je suis à la présidence de la Fédération. Je n'hésite pas à dire parfois que dans toute ma carrière professionnelle, ce sont sûrement les années les plus difficiles. Les premières, surtout, ont été particulièrement pénibles. Je suis arrivé à la présidence de la Fédération juste au moment où l'on commençait à appliquer les coupures budgétaires. Pendant mon premier mandat, on devait mettre en place des mesures qui se traduiraient par une réduction de 2 % de l'enveloppe budgétaire qui nous était consacrée.
« Par la suite est arrivée la loi 104, qui réduisait de 6 % nos enveloppes budgétaires. Encore là, il a fallu se débattre et négocier des compressions, mettre de l'avant toutes sortes de mesures qui pénaliseraient le moins possible les omnipraticiens. Bref, de 1995 à 1999, j'ai eu à gérer des compressions et à tenter d'amoindrir leur portée sur la pratique des médecins omnipraticiens. Cela a été extrêmement difficile. Si je n'avais pas eu le soutien d'une excellente équipe et bénéficié de la confiance des instances politiques, je ne serais jamais passé au travers.
« Il n'est pas facile non plus d'en décrocher. Le soir, j'apporte toujours des dossiers chez moi, j'en apporte aussi la fin de semaine et même en vacances. J'ai une épouse qui est très compréhensive... Mon prédécesseur, Clément Richer, m'avait dit : " Tu vas vite réaliser que tu ne peux pas décrocher. " Et effectivement, je l'ai fort bien réalisé. Ce poste-là coûte beaucoup à la vie de famille. Heureusement, mes enfants sont maintenant de jeunes adultes. »
Que réserve l'avenir au Dr Dutil? « Je vais continuer. Nous avons des mandats d'un an à la Fédération, et je prends vraiment les choses une année à la fois. Je ne suis pas mûr pour la retraite. Mais il arrive un jour - je le sais très bien - où il faut savoir quitter pour permettre à une équipe plus jeune, qui a des idées nouvelles, de prendre la relève. Je me suis constamment soucié de former cette relève. J'ai moi-même été formé par mon prédécesseur, et je l'ai apprécié. Sur le plan politique, je crois avoir contribué à préparer ceux et celles qui vont prendre ma place et celle des autres membres du bureau de la Fédération.
« Spontanément, si je songe à une autre activité, c'est au retour à la pratique clinique. J'ai été formé pour être médecin, j'ai toujours aimé cela. C'est encore ce qui me valoriserait le plus. J'ai couru toute ma vie. Je ne suis pas quelqu'un qui aspire à une retraite très rapidement. » ]
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