Le Dr Daniel Picard
Parution: août 2004
Les pérégrinations du Dr Picard
Par Sylvie Poulin

À la ligne de départ

Avant d'arrêter son choix sur la profession médicale, le Dr Daniel Picard envisage d'étudier en physique nucléaire. « Mais après m'être informé sur le sujet, je me suis rendu compte qu'il était impossible de travailler en physique nucléaire au Québec, que c'était très ésotérique comme recherche et que ça ne correspondait à rien de concret pour moi. »

Tout bien considéré, il préfère s'orienter vers la médecine nucléaire. « Je me suis dit qu'une fois devenu médecin, je pourrais faire ce que je voudrais : soins aux patients, administration, physique... J'ai toujours eu un esprit logique, de déduction, très pragmatique, et j'ai pensé que la médecine allait répondre à mes besoins. Je suis donc entré en médecine sans trop savoir où je m'en allais, mais avec la certitude que je voulais traiter des patients. »


Le Dr Daniel Picard

Une fois devenu résident, le Dr Picard travaille pendant deux ans à l'urgence du centre hospitalier de Joliette. « C'est là que je me suis aperçu que j'adorais ça. L'urgence, c'est passionnant mais éreintant. Ce fut une expérience très enrichissante pour le contact avec les patients et sur le plan intellectuel. »

Le parcours

« Ce que j'aime beaucoup dans ma spécialité - et que j'appréciais à l'urgence -, c'est cette capacité d'obtenir rapidement une réponse à une question. À l'urgence, sitôt qu'un patient arrive, on doit répondre à nombre de questions dans l'instant. Le temps compte. De quelle maladie s'agit-il? Est-ce que le patient doit être hospitalisé? Quel acte médical faut-il poser en premier lieu? D'une certaine façon, il en va de même en médecine nucléaire, à l'exception du facteur temps. Tout comme à l'urgence, le patient se présente avec une symptomatologie et j'ai la capacité de déterminer ce qu'il a. »

Pendant sa dernière année de résidence, en 1982, le Dr Picard quitte momentanément le Québec pour aller faire une maîtrise en sciences à Londres. De retour l'année suivante, il exerce sa spécialité à l'hôpital Saint-Luc. « C'est une spécialité orientée principalement vers le diagnostic et qui comporte un peu de thérapeutique. Ça comble mes besoins. J'aime la composante scientifique, très technologique de la médecine nucléaire.

« Ma pratique clinique comprend entre autres le diagnostic, le traitement et le suivi complet des patients ayant des problèmes thyroïdiens de même que la synovectomie radioactive pour les patients atteints d'arthrite rhumatoïde. Dans ces cas-là, nous sommes souvent le dernier espoir avant la chirurgie. Notre intervention est donc particulièrement significative pour ces patients.

« Nous faisons aussi des examens diagnostiques en cardiologie. Nous surveillons des patients pendant leur simulation pour déterminer s'ils ont vraiment une maladie du coeur ou pas. C'est la dernière étape avant la procédure invasive. Le patient est souvent anxieux. Même si le contact est de courte durée, on peut rassurer le patient pour ce qui touche aux symptômes qu'il présente ainsi qu'à l'examen comme tel. C'est ce que j'appelle poser des actes diagnostiques thérapeutiques, c'est-à-dire que la réponse apportée par le diagnostic est souvent une thérapie pour le patient. »


« Les modifications apportées à la thérapeutique à la suite de résultats obtenus avec la TEP sont majeures. Dans environ 30 à 40 % des cas, on modifie le traitement prévu. »
- Dr Daniel Picard

Le Dr Picard a été le premier nucléiste à utiliser un ostéodensitomètre à double énergie, le DXA. Son intérêt pour l'ostéoporose remonte au milieu des années 1980. « En 1985, les membres du service de médecine nucléaire ont acheté l'appareil d'ostéodensitométrie (au coût de 80 000 $) avec leur argent personnel. C'était tellement nouveau que les bases de données étaient pratiquement inexistantes. Il a fallu faire nos classes.

« Nous avons été les premiers à nous servir de cet appareil en clinique. Ceux qui avaient disposé de la machine avant nous l'utilisaient pour la recherche. J'ai développé une expertise relativement unique dans le domaine de l'ostéoporose. Il n'y a pas si longtemps, on vieillissait, on avait des rides et on souffrait d'ostéoporose. Aujourd'hui, l'ostéoporose est toujours là, mais on peut traiter les personnes atteintes. C'est une avancée majeure.

« La médecine nucléaire est très changeante. De tous les examens que je faisais il y a vingt ans, il y en a un grand nombre que je ne fais plus parce qu'ils ont été remplacés par d'autres. D'un autre côté, l'inverse est aussi vrai. Je fais maintenant des examens que je ne faisais pas par le passé, dont c e rtains examens du cerveau. Auparavant, on étudiait l'anatomie du cerveau; de nos jours, on s'intéresse à son fonctionnement. Nous sommes capables de voir si, tout en étant normale sur le plan de l'anatomie, une partie du cerveau est fonctionnelle ou non. Les examens du foie ont changé aussi. Ce sont des champs nouveaux qui sont apparus dans notre discipline et ça continue de bouger sans arrêt.

« Le meilleur exemple en est la TEP (tomographie par émission de positrons). Les modifications apportées à la thérapeutique à la suite de résultats obtenus avec la TEP sont majeures. Dans environ 30 à 40 % des cas, on modifie le traitement prévu. Ça peut vouloir dire que la patiente que l'on croyait malade ne l'est pas du tout, ou qu'une personne malade n'est plus opérable, ou que telle autre qu'on croyait ne pas pouvoir opérer peut l'être finalement. Cela éclaircit notre choix thérapeutique de façon considérable.

« Actuellement, on étudie le métabolisme du glucose. Plus tard, ce sera une autre substance. Toute l'évolution de la médecine s'oriente de plus en plus vers la molécule. Nous sommes capables de voir une molécule - théoriquement.

« Sur la scène internationale, je dirais que c'est au Québec que l'expertise en médecine nucléaire est la meilleure. Nous pouvons être très fiers quand nous nous comparons aux Américains. Nos résidents réussissent aux examens de façon exceptionnelle. Et par rapport aux Européens, on peut dire que nous sommes de niveau semblable, sinon meilleurs. Ici, la spécialisation en médecine nucléaire dure cinq ans, ce qui n'est pas le cas partout dans le monde. Je crois d'ailleurs qu'il faut défendre cette optique un peu élitiste de la médecine nucléaire et dire haut et fort que ne devient pas spécialiste en médecine nucléaire qui veut, que ça ne se fait pas n'importe comment. »

Le Dr Picard est professeur agrégé à la faculté de médecine de l'Université de Montréal et il publie régulièrement. Il se montre particulièrement intéressé par la recherche et l'enseignement. « J'apprécie beaucoup communiquer mon savoir aux autres. J'aime enseigner, vulgariser, démythifier la spécialité pour les patients. Rendre simples les choses compliquées m'intéresse énormément. Souvent, les gens ont peur avant d'arriver au pont. Le traverser n'est pas trop pire. Mais avant, il y a les appréhensions, la peur de ce qui va se passer, etc. Aider les gens à se rendre au pont et les assister dans le passage vers la prochaine étape est un défi que j'aime relever. »

Ça roule

Parallèlement à son travail clinique, le Dr Picard s'engage auprès des associations de médecine nucléaire. « Il faut représenter notre spécialité et savoir la vanter. Je suis secrétaire-trésorier de l'Association des médecins spécialistes en médecine nucléaire du Québec depuis six ans et viceprésident de l'Association canadienne de médecine nucléaire. » Il est aussi président organisateur du 42e Colloque international de médecine nucléaire de langue française, qui se tiendra à Pointe-au-Pic du 30 septembre au 7 octobre 2004.

Actuellement, le Dr Picard siège au comité exécutif d'Ostéoporose Québec. Il en a été le viceprésident pendant douze ans. Il a aussi été membre de la Société de l'ostéoporose du Canada. Par ailleurs, il a présidé pendant sept ans l'association de parents de l'école Augustin Roscelli et il milite au sein d'un regroupement qui fait la promotion de la protection de l'environnement au lac des Français, où il possède un chalet.


« La dernière fois, nous sommes partis en Europe avec une carte et un guide vert. »
- Dr Daniel Picard

Son horaire de travail débute à 8 h 30 et se termine à 17 h 30. S'ajoutent à cela au moins deux soirs de réunions par semaine, plus quatre à cinq heures consacrées à la rédaction. Le conditionnement physique se fait avant le travail, le matin.

Et puis, « la famille est ma priorité. Les enfants savent que je ne vais pas m'amuser avec eux, mais qu'il y a des choses essentielles - comme tout ce qui est relié à leurs études - pour lesquelles il n'y a pas de limite. Ils peuvent me demander n'importe quoi. J'ai déjà annulé ma participation à une réunion parce que ma fille m'a appelé et m'a dit : "Papa, j'ai un examen demain. Et là, je ne comprends pas." Je suis rentré tout de suite à la maison. »

Pédaler, pédaler

Le Dr Picard est un mordu du vélo. « Tout l'été, je voyage en vélo matin et soir pour aller au travail et en revenir. Le reste de l'année, je me déplace en métro. Je fais ça pour bouger. À vélo, je me sens bien. J'aime être dehors, sentir le vent, être près de la nature. Ça permet la rêverie. On va moins vite et on prend le temps d'être en contact avec son environnement. »

Son épouse et lui font aussi du cyclotourisme pendant les vacances. Ils ont visité la Toscane et la Corse avec des groupes de cyclistes organisés. « La dernière fois, nous sommes partis en Europe avec une carte et un guide vert. L'itinéraire était choisi chaque matin. Nous avons visité un coin de la Bretagne, la partie sud-ouest, au nord de Nantes. C'était mon premier voyage cycliste non organisé en Europe. Auparavant, nous avions tenté cette expérience en prenant le train pour aller randonner deux semaines en Nouvelle-Écosse. » Jusqu'ici, le Dr Picard a parcouru quelque 10 000 km.

Il aime bouger. « Je fais de la danse aérobique depuis plus de vingt ans. J'aime que ce soit organisé. Il y a de l'ambiance, je suis les instructions du professeur et je n'ai pas besoin de me poser de questions. C'est moins dur pour les jambes que la course. C'est une bonne gymnastique, avec de la musique, et je suis toujours le seul homme du groupe. Mais je ne m'en plains pas! Et puis, faire seulement du vélo, ce n'est pas suffisant parce que ça ne sollicite pas les muscles des bras, par exemple.

« Je suis en forme. Par ailleurs, je ne fais pas du sport de façon compétitive. J'ai suffisamment de pression dans ma vie professionnelle pour ne pas en ajouter aux autres aspects de ma vie. » Pour se détendre, le Dr Picard s'évade aussi au lac des Français, près de Saint- Jean-de-Matha, au nord de Montréal. « Je ne pars pas en voyage durant les vacances d'été parce que je veux passer du temps avec les enfants au chalet. »

Où la route mène...

En 1997, le Dr Picard a terminé une maîtrise en sciences de la santé. « J'ai appelé ça la psychothérapie de mes 40 ans. Je travaille dans un centre hospitalier universitaire où il se prend toutes sortes de décisions administratives, selon une logique que je ne comprenais pas. Ma formation en administration de la santé m'a permis de mieux comprendre et d'apprivoiser ce monde-là. Ça m'a permis de voir la forêt dans son entier.

« Après 55 ans, j'aimerais bien me consacrer à l'administration à temps plein, sans retourner à la pratique par la suite. Ma spécialité en est une où la technologie évolue très rapidement. Je ne voudrais pas prendre du retard et me sentir moins compétent. L'administration est une possibilité de deuxième carrière. Présentement, je n'essaie pas d'être président de comités ou d'associations - je m'engage et j'écoute. J'apprends beaucoup des autres. Lorsque je ferai le saut, je pense que je pourrai apporter une contribution positive au milieu de la santé. » ]


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